Photo : Les colons israéliens mènent des raids à Masafer Yatta © Mohammad Hureini
Le Fonds national juif, connu en hébreu sous le nom de Keren Kayemeth LeIsrael, met fin à la majeure partie de son financement des programmes menés dans les fermes des avant-postes de colons en Cisjordanie.
Le président du JNF, Eyal Ostrinsky, a déclaré au journal Haaretz qu’une décision officielle visant à mettre fin à ces activités avait été adoptée à l’unanimité par le comité exécutif de l’organisation lors de sa dernière réunion, qui s’est tenue il y a deux semaines.
« Malheureusement, sous le prétexte de l’éducation, il s’est avéré que nous soutenions des activités visant à attirer des jeunes en difficulté vers les colonies afin de contribuer à l’expulsion des Palestiniens de leurs terres », a-t-il déclaré.
« Ces avant-postes mis en place par [Bezalel] Smotrich et [Orit] Strock, nous ne voulons plus y être associés », a déclaré Ostrinsky, faisant référence à deux des ministres les plus radicaux du gouvernement, qui ont tous deux encouragé les activités illégales des colons.
Sous la pression de ses représentants issus du mouvement réformiste, le conseil d’administration du JNF avait déjà voté l’année dernière le gel temporaire de tout financement destiné aux fermes des avant-postes. Sur recommandation d’Ostrinsky, qui a pris la tête de l’organisation en janvier, le comité exécutif a décidé que ces subventions ne seraient pas renouvelées, sauf dans quelques cas où il avait été établi qu’elles servaient à financer des programmes « purement éducatifs ».
Il a également déjà annoncé que sous sa direction, le JNF n’achèterait plus de terres en Cisjordanie. Ses projets d’extension de certaines colonies par le biais d’acquisitions foncières se sont heurtés à une vive opposition il y a plusieurs années lorsqu’ils ont été soumis à l’approbation du conseil d’administration.
La correspondante du Haaretz, Hagar Shezaf, a rapporté en 2023 que le JNF avait investi des millions de shekels dans un programme offrant une formation professionnelle à des jeunes en difficulté dans des avant-postes agricoles en Cisjordanie. Ces avant-postes agricoles – principalement des fermes d’élevage – sont devenus la forme la plus courante d’avant-postes en Cisjordanie, tous illégaux, même au regard de la loi israélienne. Les colons envoient souvent leurs troupeaux brouter les cultures des Palestiniens locaux, leur causant ainsi des pertes financières. Ils les font également paître près des habitations palestiniennes afin de les forcer à fuir.
Les fonds du JNF ont été versés à plusieurs groupes qui, sous couvert d’activités éducatives et professionnelles, ont recruté des jeunes en décrochage scolaire pour les envoyer dans ces avant-postes. Bien que les participants fussent censés rentrer chez eux à l’issue de leurs programmes de formation, beaucoup sont restés sur place et se sont impliqués dans des activités visant les Palestiniens. En conséquence, le JNF, par le biais de son programme, a involontairement contribué à transformer de nombreux jeunes en situation de vulnérabilité en « jeunes des collines » – une expression souvent utilisée pour décrire les jeunes colons extrémistes qui lancent des attaques violentes contre les Palestiniens depuis des avant-postes illégaux en Cisjordanie.
Parmi les groupes ayant reçu des fonds du JNF à ces fins figuraient Artzenu, une organisation qui a recruté des volontaires pour l’un des avant-postes de colons les plus violents, et le Conseil régional de Mateh Binyamin, qui administre les avant-postes et les colonies dans le centre de la Cisjordanie. Conformément à la décision prise lors de la dernière réunion du comité exécutif, aucun des deux ne recevra plus de financement du JNF.
Un rapport publié fin 2024 par les groupes israéliens anti-occupation Peace Now et Kerem Navot a révélé que le JNF avait alloué 4,7 millions de shekels à ces programmes dans les avant-postes depuis 2021. Près de 4 millions de shekels de ce montant total ont été versés à Artzenu et à Mateh Binyamin.
« Ces jeunes, qui vivent dans les avant-postes, participent souvent à des actes de violence contre les Palestiniens », indique le rapport. « Ce financement constitue une ressource essentielle qui contribue à maintenir ces jeunes dans les avant-postes et incite davantage de jeunes Israéliens à s’y installer. »
Un autre bénéficiaire du financement du JNF dans les avant-postes est une organisation à but non lucratif qui gère un programme destiné aux jeunes ultra-orthodoxes en difficulté dans un avant-poste appelé Lechatchila, près de la colonie de Mitzpeh Yericho. Bien que cet avant-poste soit connu pour être particulièrement violent, le JNF a l’intention de renouveler le financement du programme de formation professionnelle qui y est dispensé.
« Ce programme particulier n’est pas utilisé pour s’emparer de terres palestiniennes, nous n’avons donc pas vu de raison de jeter le bébé avec l’eau du bain », a déclaré M. Ostrinsky, expliquant cette décision.
Selon le rapport publié par Peace Now et Kerem Navot, ce programme spécifique d’avant-postes a reçu près de 900 000 shekels du JNF en 2023 et 2024.
Ostrinsky, qui entretient des liens de longue date avec le Parti travailliste de gauche (qui a récemment fusionné avec Meretz pour former les Démocrates), a été choisi pour diriger le JNF lors du Congrès sioniste mondial qui s’est tenu à Jérusalem en octobre.
Bien que les partis et mouvements religieux de droite disposent d’une faible majorité au Congrès – souvent décrit comme le « parlement du peuple juif » –, le camp libéral a su exploiter les luttes intestines au sein du Likoud pour faire passer sa candidature. Le JNF est l’atout le plus important contrôlé par le mouvement sioniste international.
Traduction : AFPS




