Le Mandat britannique (1920-1948)

Jean Paul Chagnollaud, jeudi 17 février 2005

La période 1920-1948 est extrêmement foisonnante et il faudrait des heures pour en approfondir l’étude. Pour tenter de présenter une brève synthèse, j’ai choisi un plan chronologique en dégageant quelques éléments importants.

Trois points sont à retenir. D’abord les conditions historiques qui ont conduit à ce mandat britannique en Palestine. Ensuite, les vingt ou vingt-cinq ans de mandat. Enfin, naturellement, les conditions de l’achèvement du mandat qui conduiront au partage de 1947.

Les conditions historiques qui ont conduit au mandat
Les tractations pendant la guerre contre l’Empire ottoman
La conférence de Paris en 1919

Les principales étapes du mandat en Palestine
1922
1929
1936

La fin du mandat
L’impasse de l’après-guerre
Un partage est imposé par les Nations unies
Ce partage se fera par les armes

Débat

Documents

Les conditions historiques qui ont conduit au mandat britannique

Il faut distinguer deux temps. D’abord les tractations des Alliés pendant la Première Guerre mondiale : les Français et les Britanniques pensaient que l’Empire ottoman allait se disloquer avec la défaite. Puis, deuxième temps, la conférence de la paix en 1919 à Paris. On ne dira jamais assez à quel point cette conférence a préparé les guerres futures en Europe et au Proche-Orient.

Premier temps : les tractations pendant la guerre contre l’Empire ottoman

Les Français et les Britanniques ont tenté de se placer pour l’avenir. Si l’on évoquait le Liban et la Syrie, la France serait en cause. S’agissant de la Palestine, ce sont les Britanniques qui prennent les décisions et qui portent des responsabilités écrasantes. Ils ont discuté avec les Arabes et ont passé un accord avec eux ; ils ont discuté aussi avec les Français et le mouvement sioniste. Ils ont donc négocié avec tous les acteurs et ont fait des promesses aux uns et aux autres, tout à fait contradictoires.

En 1915, la Grande-Bretagne a mené une négociation avec le leader arabe de La Mecque, Hussein : c’est la correspondance Mac Mahon-Hussein qui conduit les Britanniques à promettre, malgré certaines ambiguïtés, la création d’un État arabe au lendemain de la guerre. Les Britanniques veulent en effet que les Arabes se révoltent contre l’Empire ottoman et deviennent ainsi leurs alliés.

Or les territoires revendiqués par le chérif Hussein représentaient finalement l’ensemble du monde arabe, excepté l’Égypte, de la Turquie à Aden, sur le Golfe Persique et à la Mer rouge ; donc l’ensemble de la péninsule avec les pays devenus aujourd’hui l’Irak, le Liban, la Syrie, la Transjordanie, la Palestine et l’Arabie Saoudite.

Mais quelques jours après la fin de la correspondance Hussein-Mac Mahon, les Britanniques vont discuter avec la France du partage des influences au Proche-Orient. Voyez la carte des accords Sykes-Picot qui sont tout à fait essentiels. Ces négociations ont commencé en 1915 avec l’idée d’un partage de la région. Sur la carte, on voit bien que le Nord est sous l’influence ou le contrôle de la France tandis que le Sud est sous l’influence ou le contrôle britannique. Avec les accords Sykes-Picot, on s’aperçoit que la préoccupation fondamentale des Britanniques était de pouvoir passer du Golfe arabo-persique à la Méditerranée. Sur la carte, apparaît la profondeur stratégique de la zone britannique qui permettait de contrôler la région mais surtout, et c’est vraiment essentiel, la route des Indes. Au Sud, le port de Bassorah avait une importance stratégique.

Dans ce partage, la France obtenait ce qu’on appellera plus tard la Syrie et le Liban ainsi que Mossoul, c’està-dire la zone qui est aujourd’hui le nord de l’Irak et une partie de la Turquie.

Quant à la Palestine, la carte indique quelle doit être placée sous contrôle international. Les Britanniques qui ont déjà Bassorah ont aussi besoin d’un port sur la Méditerranée : ce sera Haïfa. C’est la seule concession qui leur est faite à ce moment en ce qui concerne la Palestine.

Mais assez rapidement Londres cherche à remettre en question ce partage. En décembre 1918 se déroula une discussion entre Clemenceau et Lloyd George ; nous n’en avons aucun procès-verbal mais simplement des échos. Lors de cette discussion qui eut lieu à Londres, Lloyd George demanda à Clemenceau Mossoul et la Palestine. L’affaire se régla très vite : Mossoul passe sous mandat britannique et est intégré au mandat irakien et la Palestine qui devait être sous contrôle international passe sous contrôle britannique.

Entre-temps, il y a eu l’autre promesse, à la fois fondamentale et sans doute fondatrice des malheurs de cette région, la déclaration Balfour. Le 2 novembre 1917, Lord Balfour affirme au mouvement sioniste qui existe depuis une vingtaine d’années que le gouvernement de sa Majesté envisage favorablement l’établissement d’un foyer national pour le peuple juif ; quelques lignes plus loin, il est dit qu’on ne portera atteinte ni aux droits civils ni aux droits religieux des collectivités non juives existant en Palestine. Le texte parle de droits civils et religieux mais n’évoque pas de droits politiques.

Il y aura ensuite des négociations avec la France qui voulait que, dans le mandat, les droits politiques soient insérés. Un problème sémantique s’est posé puisque « civil rights » peut se traduire par droits politiques ; mais, en définitive, le terme droits politiques n’a jamais été repris.

De ce premier point, retenons que les Britanniques ont fait des promesses contradictoires. Aux Arabes, ils promettent tout ; aux Français un partage de la région ; et au mouvement sioniste, un foyer national juif en Palestine alors qu’à ce moment, il y a 10 ou 12 % de Juifs en Palestine ; certains sont là depuis très longtemps mais la plupart se sont installés dans les premières colonies qui datent de 1882.

Deuxième temps : la conférence de Paris en 1919

À cette conférence, ce sont les Français avec Clemenceau et les Britanniques avec Llyod George qui ont le plus de poids. Les Italiens se retirent du jeu assez vite ; les Américains sont présents avec le président Wilson, ce qui va susciter beaucoup d’espérance parmi les peuples de la région, notamment chez les Arméniens, les Kurdes et les Arabes.

La conférence de paix reçut de nombreuses délégations (arabe, sioniste, arménienne, kurde...) qui viennent exposer leurs revendications. Les Arabes réclament l’indépendance mais il y a des revendications plus spécifiques. Par exemple, les Libanais veulent un grand Liban.

Le projet sioniste est présenté par Weizmann, l’homme qui a obtenu la déclaration Balfour. La carte précise la revendication sioniste : elle concerne toute une partie de la Palestine jusqu’à la ligne de chemin de fer qui va vers le Hedjaz, c’est-à-dire vers l’Arabie et inclut au nord les sources aquifères et toutes les réserves d’eau de ce qui sera le Liban. Le contrôle des fleuves importants, en particulier du Litani, est une revendication majeure des sionistes. On voit bien se dessiner les problèmes qui se poseront plus tard, l’occupation du Sud- Liban et celle du Golan pour contrôler toute cette zone au nord de la Galilée.

Ces revendications sont donc contradictoires et l’on tranche à San Remo, en avril 1920, en faveur des puissants. Le Proche-Orient sera lié aux intérêts des Britanniques et des Français. Pour l’essentiel, on appliquera les principes qui ont été arrêtés par les accords Sykes-Picot, avec les modifications que j’ai indiquées. La Société des Nations (SDN) va donner des mandats aux Français et aux Britanniques. La France obtient un mandat sur la Syrie et un autre sur le Liban. C’est elle qui décide de la frontière et bâtit un grand Liban. Par contre, au nord, la France est perdante parce que Mustapha Kemal Ataturk refoule l’armée française qui occupait la Cilicie. Les Français doivent se replier en Syrie et au Liban.

Les Britanniques obtiennent un mandat sur la Mésopotamie qui va devenir l’Irak et un autre sur la Palestine puisque la France, en décembre 1918, l’a accepté. Il reste une zone entre la Palestine et l’Irak que les Britanniques érigent en territoire à part : ce sera la Transjordanie qui va du Jourdain jusqu’à la frontière de ce qui va devenir l’Irak.

Si l’on met de côté l’Arabie Saoudite et les Émirats du Golfe, on constate que partout le principe du mandat a triomphé. Tout est imposé par les Britanniques et les Français et partout, sauf au Liban où les Maronites ont eu gain de cause, il y a des révoltes : en Syrie, en Irak, en Transjordanie. En Irak, par exemple, en 1920, éclate une révolte extrêmement importante que les Britanniques brisent par les armes. Même chose en Syrie avec les Français. Pourtant, l’objectif est bien, en dix ou quinze ans, d’aboutir par étapes à l’indépendance. Les Britanniques progressent d’ailleurs dans cette direction plus vite que les Français. En Transjordanie, par exemple, dès 1923, on voit apparaître un État sous tutelle britannique ; en 1932, l’Irak est indépendant mais sous la même tutelle.

Par contre, pour la Palestine, la conférence de San Remo a repris, pratiquement mot à mot, la promesse Balfour pour l’insérer dans un document international ; et dans la charte du mandat que la SDN établit pour la Palestine, on retrouve encore la déclaration Balfour.

En 1922, lorsque le mandat commence, nous avons une situation tout à fait différente des autres pays. En Palestine, il y a une population arabe, majoritairement musulmane, avec une minorité chrétienne, qui voudrait avoir l’indépendance comme les autres ; mais il y a la réalité de ce foyer national juif qui représente à peu près 12 ou 13 % de la population avec une déclaration Balfour désormais entérinée par ce qu’on pourrait appeler la communauté internationale.

Je résume en deux mots : d’abord, des promesses contradictoires pendant la guerre ; ensuite, une conférence qui décide du destin des peuples et deux États qui ont décidé des frontières : la France et la Grande-Bretagne.

Les principales étapes du mandat en Palestine

On peut retrouver ces étapes en trois dates : 1922, 1929, 1936. Et un fil rouge : d’un côté, le nombre et de l’autre la terre. Trois dates avec le nombre et la terre. Il suffit alors d’articuler les différentes configurations de cet ensemble.

1922 : le mouvement sioniste s’intègre dans la structure même du mandat. Dès cette époque, le mouvement sioniste vise la création d’un État juif en Palestine ; cet État étant appréhendé de différentes manières selon les courants. Le projet est donc bien là alors que la base démographique n’existe pas encore.

Du côté arabe, les choses sont plus complexes. Il y avait des revendications nationalistes de la part d’une élite mais je ne crois pas qu’on puisse parler d’un nationalisme palestinien comme aujourd’hui.

La société palestinienne était très segmentée, organisée en clans avec des divisions internes très importantes, avec notamment les deux grandes familles, les Nashashibi et les Husseini.

La revendication arabe était complexe. Fayçal, le leader de l’époque, qui est le fils d’Hussein de La Mecque et qui avait participé à la conférence de Paris, avait des revendications très précises : il voyait la Palestine comme une partie du royaume arabe et donc en fait une partie de la Syrie. En 1922, si l’idée d’un État palestinien n’apparaît pas, il y a, dès cette époque, des congrès palestiniens. Une élite palestinienne aspire à l’indépendance de la Palestine d’autant plus que les régions environnantes se structurent autour d’un État, sur un territoire déterminé.

Par contre, les Arabes de Palestine ont refusé l’immigration juive car ils la perçoivent comme un danger alors qu’ils sont chez eux, sur leurs terres. C’est bien pourquoi je disais que le fil rouge est à la fois le nombre et la terre. En 1922, il n’y a pas encore beaucoup de juifs ni de terres achetées. Pourtant, dès cette époque, les Arabes de Palestine refusent l’immigration et l’acquisition de terres.

1929 : l’immigration juive a commencé mais de manière limitée. Les conditions de vie en Palestine sont d’ailleurs assez difficiles et certains repartent.

Les chiffres qui apparaissent dans le tableau (cf. page suivante) montrent que cette immigration est peu importante au début.

On est parti de 12 % de population juive et l’on est maintenant à 15 %. Mais la crainte est là. Il y a déjà eu des heurts en 1920-22 mais c’est en 1929 que le premier affrontement vraiment très grave a lieu. Il se produit à Jérusalem, devant le Mur des Lamentations. Il y a toujours eu des querelles à propos du Mur mais là elles prennent un tour dramatique. Des heurts dramatiques ont lieu aussi à Hébron : des Juifs sont assassinés par des Arabes de la ville, en même temps que d’autres protègent les Juifs (les Palestiniens ne manquent pas de le rappeler aujourd’hui à Hébron). Cette affaire est extrêmement importante. Les colons qui, aujourd’hui, habitent Hébron disent qu’ils réoccupent les maisons que les Juifs avaient en 1929.

La situation est donc déjà très tendue en 1929 et les Britanniques, qui avaient ouvert la voie à l’immigration juive, mettent en place une politique beaucoup plus restrictive aussi bien sur l’immigration que sur l’achat des terres.

L’achat des terres est d’ailleurs organisé par le mouvement sioniste car, dans l’esprit des sionistes, c’est ce qui doit servir de base économique et politique à l’État juif de Palestine. De grands propriétaires arabes vendent leurs terres et une base foncière commence à être fondée pour le mouvement sioniste qui accueille de nouveaux immigrants.

La situation est très tendue mais, durant les années 1929-1930, l’immigration reste limitée. Tout va changer avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir et, à partir de 1933, l’immigration prend beaucoup d’ampleur. Retenons deux chiffres. Pour la période 1924-1931, le total est de 82 000 immigrants, en comptant ceux qui sont repartis. Pour la période 1932-1938, donc pour six années seulement, on en a 217 000 qui viennent principalement de Pologne et d’Allemagne alors que les autres venaient d’un peu partout, d’Union soviétique, des Balkans, du Proche-Orient. De plus, il faut souligner que cette immigration venue d’Allemagne et de Pologne est composée de cadres techniques, d’industriels, de professions libérales, donc de gens qui ont des capacités intellectuelles et technologiques. La situation se détériore alors de plus en plus jusqu’à la véritable confrontation violente qui commence en 1936.

1936 : la révolte arabe. C’est une révolte contre l’occupation britannique et contre le mouvement sioniste. Il y a des heurts très durs. La répression britannique ne recule devant rien. D’une certaine manière, on pourrait dire qu’Ariel Sharon n’a rien inventé. Le couvre-feu, les assassinats ciblés ont été pratiqués par les Britanniques. Une partie de l’élite politique palestinienne a disparu avec la répression.

L’année 1936 est aussi un moment important pour la conscience nationale palestinienne : la révolte a eu une fonction fondatrice. On assiste d’abord à des révoltes locales, un peu isolées les unes des autres ; puis une coordination nationale apparaît et c’est certainement le fruit d’une prise de conscience plus large. On ne se bat plus pour telle ou telle région de Palestine mais on se bat pour un pays. C’est l’idée de tribu palestinienne, au sens noble de nation, qui émerge d’une société féodale segmentée. Mais, en même temps, l’année 1936 est un échec terrible.

Devant cette situation, les Britanniques créent une commission d’enquête dirigée par Lord Peel. Dans un Livre blanc, la commission constate que les points de vue sont inconciliables et qu’il n’y a d’autre solution qu’un partage. Le plan prévoit de découper la Palestine : l’État juif serait situé au nord et sur la côte ; l’État palestinien serait dans ce qu’on appelle aujourd’hui la Cisjordanie et au sud avec Gaza, avec une série de corridors pour relier entre eux les différents territoires. Ce partage est conçu en fonction de la répartition des populations mais dans l’État juif, il y aurait eu deux cent mille Arabes et, dans l’État arabe, mille deux cent cinquante Juifs. Le rapport Peel estime qu’il faudrait parvenir à une homogénéité et, par conséquent, évoque des échanges de populations. Mais, compte tenu du fait qu’il y a d’un côté deux cent mille personnes et de l’autre mille deux cent cinquante, il est bien clair que cet échange ressemble bien plus, en fait, à un transfert de population arabe. De surcroît, le rapport Peel prévoyait que l’État arabe de Palestine serait ensuite fusionné avec la Transjordanie pour former un seul État.

Le gouvernement britannique approuva les conclusions du rapport dans ses principes mais non dans ses modalités pratiques ; en particulier, il n’approuvait pas l’idée de transfert parce qu’évidemment, elle ne pouvait que susciter de violentes réactions du côté arabe.

Chez les Arabes d’ailleurs, le plan Peel provoqua un véritable choc. Toutes leurs craintes se trouvaient d’un seul coup concrétisées : un document officiel de la puissance mandataire démontrait qu’il s’agissait bien de les déposséder d’une partie de leur pays. Le projet d’un État juif contre lequel ils s’étaient battus se précisait et des transferts de population étaient même envisagés. Le plan Peel fut donc totalement rejeté. Le monde arabe refusa aussi ce plan, sauf le prince Abdallah, l’émir de Transjordanie, qui ne pouvait être que satisfait puisqu’il avait l’intention de s’emparer de la Palestine. Abdallah réussira d’ailleurs à mettre la main sur une partie de la Palestine après la guerre de 1948 (rappelons que le prince Abdallah des années trente est l’arrière grand père de l’actuel roi Abdallah de Jordanie).

De leur côté, les sionistes étaient très mécontents de ce plan qui ne correspondait pas à leur ambition. Il faut comparer sur la carte ce que le plan Peel leur donnait avec le projet sioniste et ses 50 000 km2. Mais les leaders sionistes, Weizmann et Ben Gourion, estimèrent cependant que ce plan présentait un intérêt majeur : pour la première fois, la puissance mandataire affirmait clairement qu’il fallait un État juif en Palestine.

Au congrès sioniste de 1937 qui se tint en Suisse, à Zurich, la résolution adoptée affirme, comme principe, que le projet de partage de la commission Peel est inacceptable mais le Congrès donne à l’exécutif les pleins pouvoirs « pour engager des négociations en vue d’établir les conditions précises du gouvernement britannique au sujet de l’établissement proposé d’un État juif ». Après le refus de principe, une ouverture est donc faite pour discuter. C’est une attitude que les sionistes auront souvent dans les moments décisifs : tenter de saisir ce qu’on leur offre tout en affirmant leur désaccord parce que c’est insuffisant.

Compte tenu de la situation sur le terrain, les Britanniques n’ont pas donné suite à ce plan de partage. En 1939, le gouvernement publia un autre Livre blanc qui, cette fois, penche du côté arabe. Le gouvernement décidait de limiter l’immigration juive pour les cinq années à venir à dix mille par an, avec de très strictes restrictions sur la vente des terres. Comme un quota supplémentaire de vingt-cinq mille était prévu, cela fait soixante-quinze mille immigrants pour les cinq ans à venir.

Ainsi les Britanniques reconnaissaient la nécessité de limiter le nombre des immigrants juifs et les terres dont ils s’emparent. Toujours ce fil rouge : le nombre et la terre. Mais en 1939, le rapport des forces démographiques a beaucoup changé : il y a en Palestine un tiers de Juifs pour deux tiers d’Arabes.

La fin du mandat

Pour aller à l’essentiel, dégageons trois idées :

1) sur le terrain, c’est l’impasse ;

2) un partage est imposé par les Nations unies ;

3) en définitive, ce partage se fera par les armes.

L’impasse de l’après-guerre

Au moment où le monde découvrait le génocide du peuple juif et où de nombreux rescapés des camps de la mort voulaient venir en Palestine, les Britanniques continuaient, par principe, de limiter l’immigration juive. Notons, d’ailleurs, que certains voulaient aller aux États- Unis et que ceux-ci, à cette époque, avaient une politique migratoire très restrictive, limitée par des quotas. Il y avait donc des dizaines et des dizaines de milliers de réfugiés juifs qui voulaient venir en Palestine. La situation était dramatique avec un véritable terrorisme juif contre les Britanniques. On connaît l’histoire de ce bateau, L’Exodus, au cours de l’été 1947 qui ne peut débarquer les rescapés des camps de la mort. Dans cette affaire, les Britanniques perdent leur âme. Ils subissent alors une défaite morale et politique.

En février 1947, ils décident de porter la question palestinienne devant les Nations unies. Ils avaient reçu un mandat de la SDN et l’ONU en est l’héritière. Saisie de ce dossier, l’ONU désigne une commission spéciale, l’Unscop (United Nations Special Committee on Palestine) composée de délégués de onze États. Elle part en Palestine en juin 1947, au moment de la tragédie de L’Exodus et essaie de rencontrer les différents acteurs. Mais le Haut Comité arabe refuse de la rencontrer parce que, dit-il, les droits naturels des Arabes de Palestine sont évidents : il n’y a pas besoin d’une enquête pour savoir que la Palestine est arabe sur tout le territoire.

Par contre, l’Agence juive a rencontré l’Unscop et beaucoup discuté avec elle. Un des personnages-clés est alors Abba Eban qui deviendra plus tard ministre israélien des Affaires étrangères. L’Unscop propose deux solutions. La première serait une fédération avec un État arabe et un État juif ; l’idée était donc qu’il faut, malgré l’opposition des deux communautés, maintenir l’unité du pays par un État fédéral. L’autre solution - qui est la thèse dominante - est un partage avec un État arabe et un État juif et une union économique pour conserver une unité minimale, indispensable sur un si petit territoire.

Un partage est imposé par les Nations unies

En septembre 1947, l’Unscop rend son rapport. L’Assemblée générale de l’ONU en discute et, finalement, le 29 novembre 1947, adopte un plan de partage dans lequel deux États sont prévus, avec un corpus separatum pour Jérusalem et Bethléhem, c’est-à-dire les Lieux saints qui auraient une administration internationale. Ce plan de partage a été voté par l’Assemblée générale. Les États-Unis, la France ainsi que l’Union soviétique ont voté pour. Le rôle de l’Union soviétique en faveur de la création d’un État juif a été tout à fait essentiel. Les États arabes et quelques États comme la Grèce et la Turquie ont voté contre. Le Royaume-Uni s’est abstenu.

Le plan de partage prévoyait de donner à l’État arabe, la partie nord, la Galilée, avec la ville chrétienne arabe de Nazareth et, au sud, une bande qui est Gaza avec un prolongement important dans le Néguev. L’État arabe prévu était en trois morceaux reliés entre eux. L’État juif obtenait le littoral où il y a de nombreuses colonies et toute la partie qui longe la Syrie, au nord du lac de Tibériade.

Tandis que les Arabes refusent ce plan de partage, les sionistes ont une position beaucoup plus nuancée ; ils ont obtenu, pour la seconde fois, que l’idée d’un État juif en Palestine soit entérinée.

Ce partage se fera par les armes

La proclamation de l’État d’Israël, le 14 mai 1948, va s’inscrire dans la première guerre israélo-arabe. Au terme de cette guerre, en 1949, aux armistices de Rhodes, les lignes de démarcation sont très au-delà de ce qui avait été prévu pour l’État juif.

Toute la partie nord, et en particulier la Galilée, a été absorbée par l’État juif. Le deuxième point concerne Jérusalem. Ben Gourion n’avait pas l’intention d’accepter le statut international de cette ville et l’armée israélienne, la Haganah, s’est battue pour arriver à Jérusalem. L’armée israélienne s’est arrêtée devant les murs de la Vieille Ville et la frontière de 1949 passe juste au pied de la muraille. La Vieille Ville restera aux Jordaniens jusqu’en 1967.

Enfin, le troisième point qui mérite d’être signalé concerne Gaza. Dans le plan de partage, ce territoire avait une relative profondeur. La guerre a réduit cette zone à une petite bande de terre qui fait dix kilomètres de large sur quarante kilomètres de long, c’est-à-dire un peu moins de 400 km2. On a donc la configuration qui nous est familière aujourd’hui avec Gaza et la Cisjordanie. Sans oublier qu’en 1950, la Transjordanie annexe le territoire qu’elle contrôlait sur le plan militaire et devient la Jordanie.

Débat

Bernard Ravenel  : Merci pour cette préhistoire de l’État d’Israël et du mouvement national palestinien. Pour lancer le débat, je poserai une question : lorsque Clemenceau, en 1918, lâche Mossoul et la Palestine, n’a-t-il rien demandé en échange ? Les Français feraient-ils des cadeaux aux Britanniques ?

Jean-Paul Chagnollaud  : Cette rencontre entre Clemenceau et Lloyd George est en effet étonnante et m’a toujours intriguée. Disons d’abord que Clemenceau ne s’insère pas dans la tradition colonisatrice et, plus fondamentalement, Clemenceau est obsédé par l’Allemagne. Il voulait obtenir un certain nombre de garanties sur le Rhin, face à l’Allemagne. Un autre argument, souvent évoqué, est que Clemenceau était surtout soucieux des ressources énergétiques. Il avait besoin du charbon de la Sarre et il voulait du pétrole. Quand il lâche Mossoul, il obtient une partie des revenus pétroliers de cette région. Dans la négociation, Clemenceau s’est plus intéressé aux avantages pétroliers de Mossoul qu’à la Palestine. Rappelons que nous n’avons pas de décryptage officiel ni de procès-verbal de l’entretien. Nous n’avons que le compte-rendu d’un collaborateur de Llyod George qui nous dit que ce dernier a demandé Mossoul à Clemenceau qui a accepté. Même chose pour la Palestine. On reste sceptique mais nous n’avons que ce document d’un collaborateur qui, de surcroît, n’était pas présent : c’est Lloyd George qui lui a rapporté comment l’entretien s’était déroulé. Le résultat est là : Clemenceau n’a jamais remis en question la parole qu’il avait donnée.

Bernard Ravenel  : Si je me souviens bien, la compagnie qui exploitait le pétrole de Mossoul était allemande à l’époque ottomane. Elle est devenue ensuite, sous la domination anglaise, l’Irak Petroleum Company. Clemenceau qui n’avait pas oublié que le pétrole avait manqué pour les taxis de la Marne demandait 22,5 % des parts et il a obtenu le pétrole.

Jean-Paul Chagnollaud : Il est fascinant de penser que le destin de deux régions bascule ainsi au terme d’une discussion entre deux hommes d’État.

Un participant : Pourriez-vous revenir sur les courants qui formaient le mouvement sioniste dans l’entre-deux-guerres ? Quelle était son influence et sa politique face à la montée du nazisme ?

Jean-Paul Chagnollaud  : Je répondrai brièvement puisqu’il y aura plus tard une conférence sur ce sujet. Disons que, durant cette période, il y a deux grands courants. Celui qui est dirigé par des hommes comme Weizmann et Ben Gourion qui sont à la fois déterminés et très pragmatiques. Leur réaction, en 1937, face au rapport Peel est particulièrement révélatrice. Dès ce moment, ils estiment qu’ils sont en mesure d’obtenir des éléments substantiels pour un État juif. Je suis frappé par leur pragmatisme et leur capacité très moderne de penser la création d’un État-nation.

L’autre branche du mouvement sioniste, disons la droite, est incarnée par Jabotinsky. Au fond, c’est l’ancêtre du Likoud, les racines de Sharon et de Netanyahu. La continuité idéologique est évidente. Jabotinsky est toujours sur des positions maximalistes. Au congrès de Zurich, par exemple, en 1937, il veut exiger l’intégralité de la Palestine et, dès ce moment, il est ouvertement favorable à un transfert des populations palestiniennes et peut s’appuyer sur le rapport Peel qui l’envisageait.

J’ajoute que le mouvement sioniste dispose d’une structure destinée à l’achat des terres en Palestine : la terre devenue juive est inaliénable et, sauf exception, doit être travaillée uniquement par des ouvriers juifs. L’organisation était très efficace et avait réussi à s’intégrer dans le système même du mandat. La construction s’opère méthodiquement par la terre. À la même époque, les linguistes travaillent sur l’hébreu qui n’était pratiquement plus parlé pour donner une langue à ce nouvel État. J’ai le sentiment que les dirigeants sionistes travaillent alors méthodiquement à la constitution de tous les éléments nécessaires à un État-nation moderne.

Cela me fait penser à ce qu’avait écrit Herzl, dans son journal, au lendemain du congrès de Bâle, en 1897 : « Aujourd’hui, j’ai fondé l’État juif. Si je le disais publiquement, on me rirait au nez, mais dans cinq ans peut-être et dans cinquante ans, sûrement, on comprendra. » Or, les cinquante ans conduisent exactement à 1947 ! Ces hommes, que ce soit Herzl, Weizmann ou Ben Gourion, ont une vision politique indépendante des vicissitudes de l’histoire. Ce n’est pas le cas du côté arabo-palestinien.

Encore un dernier mot concernant le mouvement sioniste. En 1919, le président Wilson a voulu envoyer une commission au Proche-Orient pour connaître les sentiments des peuples avant de décider de leur destin. Cette commission porte le nom des deux hommes qui l’ont conduite, King-Crane. Elle a rendu un rapport qui n’a eu aucun effet sur les événements et qui, d’ailleurs, n’a été rendu publique que bien plus tard. Or, dans ce rapport, il y a quelques lignes, plutôt favorable à la cause sioniste, mais qui concluent que l’entreprise va conduire à la dépossession des Arabes de Palestine. Dès 1919, les choses sont donc claires.

Un participant  : Pouvez-vous revenir sur les « droits politiques » des Palestiniens qui n’ont pas été reconnus dans la Charte qui donne mandat aux Britanniques sur la Palestine ?

Jean-Paul Chagnollaud  : Je me souviens que, dans une discussion entre Britanniques et Français qui eut lieu un peu avant la conférence de San Remo en avril 1920, Millerand voulait que, dans le texte issu de la conférence, figure la mention des droits politiques. Or les Britanniques, en usant de tous les arguments possibles, y compris l’argument sémantique, ont refusé. Le débat a repris à la conférence : les Britanniques faisaient semblant d’être d’accord mais en soulignant que, dans le terme de « civil rights », les droits politiques étaient inclus. En réalité, ces droits politiques n’ont pas été reconnus.

Remarquons aussi que la position arabe a été de refuser d’entrer dans le jeu du mandat parce que, dans la structure même du mandat, l’Agence juive avait des pouvoirs.

Entre 1922 et 1947, la position arabe a toujours été qu’il n’y avait pas à discuter puisque la Palestine est une terre arabe et que l’État doit être arabe. Les leaders palestiniens n’ont donc pas perçu le rapport des forces. Je pense - mais on peut le discuter - qu’ils n’ont pas su jouer le jeu qui leur aurait permis de s’intégrer dans le mandat et d’y affirmer, justement, leurs droits politiques. Leur politique a été celle du tout ou rien ; politique fragilisée, de surcroît, par la division entre les deux clans palestiniens : le clan Husseini et celui des Nashashibi, ce dernier étant plus proche des Britanniques. Ceux-ci ont donc pu jouer de ces contradictions. Hajj Amin al- Husseini était le leader du Haut Comité arabe. Menacé par les Britanniques, il s’est enfermé, en 1936, sur l’Esplanade des Mosquées ; encerclé, il parvient à s’enfuir et se réfugie dans le mandat français.

Cette politique arabe avait sa logique : il s’agissait de dire que la Palestine voulait un État comme en Transjordanie, au Liban, en Syrie et en Irak ; mais l’inconvénient était de ne rien accepter. Les sionistes avaient une politique plus habile, renforcée par une immigration très importante à partir de 1933.

Je crois aussi que la question des « droits politiques » a été mal comprise. Que signifient-ils pour la société palestinienne des années vingt et trente ? La société palestinienne de 1920 est féodale, très largement analphabète. Les notions de droits politiques, de fonctionnement démocratique, sont très éloignées de la réalité sociologique concrète. Ces concepts sont étroitement liés à la construction d’un État moderne. Pour les immigrants juifs qui sont surtout des cadres, ils ont, par contre, une signification évidente.

Ce que j’ai dit de la Palestine est aussi vrai pour la Transjordanie ou l’Irak. Par exemple, en 1920, en Irak, les Britanniques ont organisé un référendum sur le mandat britannique. Les chefs des tribus ont fait voter les clans. Dans une structure tribale, où la population est analphabète, le référendum n’a pas de sens.

J’ai le sentiment que, dans la gestion de ce drame, les dirigeants palestiniens ont perdu un certain nombre d’occasions. Mais, au lendemain de la Première Guerre mondiale, d’autres aussi ont connu l’échec : par exemple, les Kurdes, pour des raisons assez proches, mais aussi, pour des raisons plus complexes, les Arméniens qui, à demi paralysés par leurs contradictions, furent écrasés d’un côté par les Soviétiques et, de l’autre, par les Turcs.

Prenons un autre exemple, celui des Turcs. Les accords Sykes-Picot avaient prévu le dépeçage de la Turquie puisque la Cilicie devait être sous influence française et que toute une partie du territoire allait être confiée aux Arméniens car le président Wilson avait arbitré en faveur des Arméniens. Mais cela ne s’est pas réalisé, pourquoi ? Parce que le nationalisme turc a une tradition étatique héritée de l’Empire ottoman. Ils ont organisé une résistance nationale qui a balayé les prétentions arméniennes, l’arbitrage wilsonien et l’armée française. Cette armée, commandée par le général Gouraud, a été obligée de se retirer de la Cilicie. J’en conclus que les Arabes n’avaient pas vocation à perdre comme cela s’est produit. Mais ils ont perdu partout, à Damas, en Irak et je m’interroge sur ce rapport des Arabes à l’échec.

Un participant  : Au sujet de la révolte des Arabes de Palestine entre 1936 et 1939, est-ce que certains notables négociaient avec les Britanniques ? Est-ce que des objectifs politiques avaient été exprimés ?

Jean-Paul Chagnollaud  : On retrouve tout le temps, exprimé de différentes manières, une double revendication, l’une négative et l’autre positive. La première porte sur l’arrêt de l’immigration juive et l’arrêt des ventes de terres ; la deuxième porte sur un État indépendant. C’est vrai pour la période 1936-1939. Au départ, on a des groupes armés dont l’enracinement est strictement local mais, au cours des combats, une structuration territoriale apparaît ; je préfère dire territoriale plutôt que nationale. Un comité coordonne les luttes au niveau global et leur donne le sens d’une lutte nationale, même si la société reste très segmentée. Les Nashashibi n’ont pas du tout participé à la révolte ; il reste donc des contradictions importantes et la révolte échoue. Bien des hommes qui s’étaient imposés comme leaders ont été tués dans les combats ou ont été assassinés. Si bien qu’en 1946-1947, on ne trouve plus de voix palestiniennes pour parler au nom des Palestiniens. Le seul qui apparaît encore, mais dans une sorte de brouillard, c’est Hajj Amin al-Husseini qui était mufti et responsable du Haut Comité arabe dès les années trente. Ce personnage qui avait tenté de s’appuyer sur l’Allemagne pendant la guerre n’avait plus aucune crédibilité. Pour voir s’affirmer un nouveau leadership palestinien, il faut attendre les années soixante. La reconstruction de l’identité palestinienne se fit par le combat, à partir des réfugiés, avec le Fatah et Yasser Arafat. Entre 1939 et 1959, je ne dirais pas que ce fut le vide mais je serais tenté de parler d’absence. D’ailleurs, en Cisjordanie, en 1970, les Jordaniens, puis les grandes familles d’Hébron et de Naplouse, conservaient encore le pouvoir dans les villes ! La structure sociale permet de comprendre en partie l’échec de la révolte de 1936.

Un participant  : Quel a été selon vous le rôle du terrorisme, et en particulier du groupe Stern, dans la constitution et l’extension de l’État d’Israël ?

Jean-Paul Chagnollaud : Cela dépend des périodes. Le terrorisme dont vous parlez a été particulièrement actif dans l’après-guerre, entre 1945 et 1947. À ce moment-là, les dirigeants sionistes ont considéré qu’il fallait l’arrêter car il était contreproductif. Par contre, si vous faites allusion aux événements de 1948-1949 que nous connaissons tous (et il n’y a pas eu que le massacre de Deïr Yassin), il est évident que le terrorisme a contribué à l’exode des Palestiniens. Ceux qui sont devenus ensuite des hommes d’État, comme Shamir et Begin, qui sont tous des gens du Likoud, ont affirmé par ce terrorisme une sorte de radicalisme. Il y eut une scission dans la Hagana qui, en principe, condamnait ce genre d’action mais en fait s’en servait. Le terrorisme est ambivalent. Prenons, par exemple, le terrorisme palestinien dans les années soixante-dix, il a fait avancer la cause palestinienne mais, en même temps, il lui a donné une image très négative en Occident. Il y a une dialectique infernale du terrorisme. Je voudrais éviter les déclarations trop générales : il faudrait examiner les faits de manière très précise et selon les moments. Ce qu’on appelle le terrorisme peut avoir, dans certains cas, une fonction historique.

Un participant  : Les groupes sionistes envisageaient-ils une cohabitation future avec les Palestiniens ?

Jean-Paul Chagnollaud  : Quand on regarde la période 1920-1940, il n’est question que de s’imposer. C’est un rapport de forces pur et simple. Ben Gourion a écrit un livre qui s’intitule Les Arabes et moi. Il y décrit ses contacts avec les leaders arabes et l’on a le sentiment qu’il négocie. Mais les sionistes ont avancé comme des bulldozers en saisissant, avec beaucoup de pragmatisme, chaque occasion qui leur était favorable. Certes, il y eut des contacts avec les Arabes mais le sionisme n’a cessé d’avancer avec la conviction de son bon droit et en s’appuyant sur le rapport des forces. En 1947-1948, on sait qu’elle a été la position de Ben Gourion : il n’y a eu aucune négociation pour le retour des réfugiés palestiniens.

Un participant  : Dans la période 1920-1947, y a-t-il eu des personnalités ou des mouvements préconisant la non-violence ?

Jean-Paul Chagnollaud : Quelques personnalités ont suggéré la création d’un seul État, donc d’un État judéoarabe, avec l’idée que les uns et les autres pourraient vivre ensemble ; mais cette suggestion n’a pas été bien loin. Dans toute cette affaire, la non-violence n’a pas de sens puisque, dès 1920-22, les violences existent et qu’à partir de 1929, elles sont constantes.

Documents

La correspondance entre Hussein et Mac Mahon

Carte des accords Sykes-Picot (1916)

La Déclaration Balfour (1917)

Carte du projet sioniste (1919)

Mémorandum du premier Congrès des associations islamo-chrétiennes

Carte de la Palestine du mandat britannique

Le mandat britannique

Carte du plan de partition (PEEL) (1937)

Le Livre blanc (1939)

Carte du plan de partage de l’ONU (1947)