1982. L’armée israélienne envahit le Liban, bombarde et assiège Beyrouth. Fin août, les combattants de l’OLP quittent la capitale, la Force multinationale se retire laissant les réfugiés palestiniens sans protection. Du 16 au 18 septembre, dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, des milliers de civils (près de 3 000) – personnes âgées, femmes et enfants – sont massacrés par les phalangistes libanais, des centaines d’adultes civils sont enlevés ou portés disparus. Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, a commandité et supervisé les opérations, alléguant vouloir « neutraliser 2 000 terroristes armés ». Israël et les phalangistes partageaient la même ambition d’en finir non seulement avec la résistance mais avec les réfugiés palestiniens au Liban. [1]
Ces crimes ont suscité l’indignation internationale, l’ONU a condamné un acte génocidaire. [2] Sans qu’aucune poursuite judiciaire ne soit engagée, les auteurs n’ayant même pas été désignés.
En vérité, dès sa création en 1948, l’État sioniste, refusant toute responsabilité dans l’exil des Palestiniens, a mobilisé tous les moyens possibles pour empêcher leur retour : les mesures législatives, la violence armée, la destruction et l’effacement des villages, les pressions sur les pays arabes, le discrédit des instances internationales, la désinformation...
Démolir l’UNRWA
Pendant des décennies, soutenu par son allié étasunien, Israël a déployé des campagnes pour affaiblir et supprimer l’Unrwa. Comme le précise Sami Mshasha, « l’Unrwa n’a pas créé le droit au retour, et ce droit, consacré et codifié par le droit international, ne dépend pas de la pérennité de l’Agence. Elle n’a pas non plus été créée pour résoudre la question des réfugiés. Elle a été mise en place pour leur venir en aide en attendant la mise en œuvre d’une solution politique juste. Mais aucune autre institution n’a incarné avec autant de constance la responsabilité permanente de la communauté internationale envers les réfugiés palestiniens, qui attendent une solution équitable à leur problème depuis tant d’années. C’est cette importance politique qui a fait de l’Unrwa la cible d’efforts soutenus et incessants visant à l’affaiblir, à la délégitimer et à la remplacer. »
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Liquider l’organisation onusienne ne suffit pas. En l’absence de réaction internationale, Israël passe à la vitesse supérieure : porter atteinte physiquement et psychologiquement aux personnes réfugiées elles mêmes, sur leur lieu de vie, supprimer leur lieu de vie.
Depuis fin 2023, le gouvernement israélien d’extrême droite durcit considérablement sa stratégie dans le but d’éliminer les réfugiés palestiniens de 1948 et leurs descendants : bombardements, destruction de l’habitat et des infrastructures de santé et d’éducation, déplacements forcés, famine, coupures d’électricité et d’eau potable, assassinats, intrusions des soldats dans les maisons, terreur…
Dans la bande de Gaza, où survivent près de 1,9 million de réfugiés, le génocide se déroule depuis bientôt trois ans. En Cisjordanie, les années 2025 et 2026 enregistrent des offensives militaires israéliennes d’une ampleur inédite dans les camps de réfugiés : Jenine, Tukarem, Nur Shams en 2025. Au cours de l’été 2026, l’armée d’occupation lance une vaste opération dans le camp de Qalandia, procédant à des fouilles et à des perquisitions pour débusquer des « infrastructures terroristes ». Un déploiement inouï de véhicules militaires et d’engins de démolition préfigure une expulsion totale et le rasage intégral du camp. Tandis que la menace d’« intervention armée de longue durée », annoncée par le ministre de la Défense Israël Katz entretient sciemment la terreur sur des milliers de familles des camps de Balata et de El Askar.
La destruction de la société palestinienne réfugiée peut aussi revêtir des formes plus insidieuses, comme dans le camp de Shu’fat.
Au sud du Liban, le gouvernement Netanyahou ambitionne l’annexion pure et simple du territoire qu’il réoccupe militairement depuis octobre 2024, et les camps de réfugiés palestiniens sont particulièrement ciblés. Leurs habitants sont gravement mis en danger et ne bénéficient d’aucune protection internationale.
Jusqu’où Israël ira-t-il pour « liquider la question des réfugiés » ? Les États membres de l’ONU s’indignent… et s’abstiennent de tout acte coercitif. Suite aux déclarations de Katz, le ministère français des Affaires étrangères déclare : « Alors qu’Israël a annoncé le lancement d’une opération militaire d’ampleur, la France appelle l’ensemble des parties au calme et à la retenue. Elle rappelle l’obligation de l’armée israélienne de protéger les populations civiles. » L’État français affirme son attachement au droit international mais se garde de mettre en avant, parmi les « résolutions pertinentes », la résolution 194 qui affirme le droit au retour des réfugiés de Palestine. Et ne prend aucune sanction.
Sur le terrain, élus et citoyens agissent. Plusieurs exemples de coopération décentralisée ou de jumelages témoignent de la solidité des liens créés entre des communes françaises et des camps de réfugiés menacés. Comme à Brest et Morlaix.
Odile Kadoura,
Groupe de travail Réfugiés de l’AFPS
Dernier numéro du bulletin d’information sur les réfugiés
Photo : Quelques familles palestiniennes déplacées ont été autorisées à retourner dans le camp de réfugiés de Nur Shams à Tulkarem pour récupérer quelques affaires, 17.06.2026 © Al-Jarmaq News




