Photo : Une foule d’ultranationalistes israéliens attaque les Palestiniens et crie « mort aux arabes » dans la vieille ville de Jérusalem, 5 juin 2024 © Activestills
Le gouvernement israélien consacre des centaines de milliers de dollars au financement de dizaines de défilés ultranationalistes organisés à l’occasion de la Journée de Jérusalem à travers le pays, des événements qui traversent des quartiers musulmans et qui ont pour toile de fond un passé marqué par de violents affrontements.
En 2021, la Journée de Jérusalem a été le catalyseur de la guerre de 11 jours entre Israël et les militants de Gaza.
Des marches violentes sont attendues dans des dizaines de villes à travers le pays – y compris dans des communautés mixtes juives-arabes – sous le slogan « Le rugissement du lion de Jérusalem – Danser avec Jérusalem ».
L’entrée dans les quartiers arabes s’accompagne souvent de chants haineux, de slogans tels que « Mort aux Arabes » et « Votre village brûlera », de vandalisme et d’agressions physiques contre les résidents arabes et les journalistes.
L’année dernière, le groupe d’extrême droite israélien Im Tirzu brandissait une banderole sur laquelle on pouvait lire « Pas de victoire sans Nakba », aux côtés d’une autre proclamant « 1967 – Jérusalem entre nos mains, 2025 – Gaza entre nos mains », appelant ainsi à la conquête de la bande de Gaza.
Cette année, la marche s’étend à l’ensemble du pays afin de « renforcer le sentiment d’appartenance et d’identification à Jérusalem, la capitale d’Israël, même chez ceux qui ne résident pas à proximité », selon les documents du projet.
Des manifestations sont prévues à Lod, Ramle, Yavneh, Ashdod, Haïfa, Be’er-Sheva, Herzliya, Ra’anana et Petah Tikva – certaines de ces villes ont déjà accueilli des manifestations par le passé, mais le financement ne provenait pas alors de l’État.
Selon les documents du projet, environ la moitié du budget de 1,2 million de shekels (400 000 dollars) sera financée par l’Autorité pour l’identité juive du Bureau du Premier ministre. Le reste sera financé par la Fondation Kehillot, également connue sous le nom de Fondation pour le renouveau des communautés en Israël.
La Fondation Kehillot est l’organisation faîtière de Garin Torani, des groupes de jeunes familles religieuses qui s’installent dans des quartiers laïques ou mixtes arabo-juifs dans le but de judaïser la ville par le biais d’activités religieuses, sociales et éducatives, avec le soutien de ressources gouvernementales.
La « Danse des drapeaux » marque la « réunification » de Jérusalem après la guerre des Six Jours de 1967, et devrait réunir des ministres de droite et d’extrême droite, des membres de la Knesset, ainsi que des milliers de jeunes issus de lycées, de yeshivot et de programmes de préparation pré-militaire.
Selon les documents du projet, l’objectif est d’organiser, à l’occasion de la Journée de Jérusalem, des « danses du drapeau » et des défilés dans des dizaines de localités à travers le pays, qui « intègrent des contenus fondés sur les valeurs traditionnelles ». Les documents précisent également que ces activités comprendront des spectacles musicaux « avec des chansons en rapport avec Jérusalem et l’identité israélienne ».
Les groupes Garin Torani organiseront les marches, tandis que l’Autorité se chargera de la publicité, du matériel de relations publiques et du contenu des marches.
Un site web présentant les villes participantes, les horaires et les lieux des marches, ainsi que l’historique des organisations, sera mis en ligne avant la Journée de Jérusalem.
Ces dernières années, les marches aux drapeaux organisées en dehors de Jérusalem se sont étendues à des villes à population mixte, notamment à Lod, où, en 2021, les affrontements liés à la Journée de Jérusalem ont dégénéré en une semaine de violences : deux personnes ont été tuées et des dizaines de maisons, de synagogues, de lieux de culte musulmans et de voitures ont été saccagés et incendiés.
En 2023, la municipalité de Tel Aviv-Jaffa a publié sur son site web une annonce concernant un défilé organisé à l’occasion de la Journée du drapeau par le groupe Jaffa Garin Torani. Des habitants ont alors adressé une requête à la municipalité, exigeant qu’elle interdise la tenue de ce défilé. L’annonce a été retirée, mais le défilé a tout de même eu lieu.
Traduction : AFPS




