Photo : Des soldats israéliens détiennent un jeune Palestinien lors de leur invasion de Naplouse, 3 mai 2026 © Quds News Network
L’armée israélienne fait une distinction entre Juifs et Palestiniens dans sa politique de répression à l’encontre des lanceurs de pierres en Cisjordanie, a admis le commandant en chef de l’armée dans la région, expliquant que « le fait que des soldats tirent sur des Juifs a de profondes répercussions sociales ».
Lors d’un récent forum à huis clos, le général de division Avi Bluth, chef du Commandement central des Forces de défense israéliennes, s’est également dit fier d’avoir assoupli les règles d’engagement relatives aux tirs contre les Palestiniens en Cisjordanie, en mettant l’accent sur ceux qui tentent de franchir la barrière pour entrer en Israël.
Bluth a déclaré que les règles d’engagement actuelles sur la « ligne de démarcation » entre Israël et la Cisjordanie autorisent les soldats à tirer sur un suspect au niveau du genou ou en dessous lors d’une arrestation, afin de créer un effet dissuasif qu’il qualifie de « conscience de la barrière ».
Faisant référence aux Palestiniens qui ont été abattus alors qu’ils tentaient de passer en Israël, il a déclaré : « Il y a beaucoup de “monuments boiteux” dans les villages palestiniens, parmi ceux qui ont tenté de passer, donc un prix est payé. »
Bluth a déclaré aux participants que l’armée israélienne recourait à une « agression ciblée » pour empêcher une attaque similaire à celle du 7 octobre en Cisjordanie. « Quel est mon avantage ? C’est que je suis constamment en confrontation avec [les Palestiniens], je transforme sans cesse les villages en zones de conflit », a-t-il déclaré. « Nous avons tué 1 500 terroristes en trois ans. Alors, comment se fait-il qu’il n’y ait pas d’Intifada ? Pourquoi ne descendent-ils pas dans la rue ? Pourquoi l’opinion publique palestinienne est-elle indifférente ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’émeutes ? Parce que 96 % des 1 500 personnes tuées étaient impliquées dans des actes terroristes, et que seulement 4 % ne l’étaient pas. »
Bluth a affirmé que la proportion de non-combattants tués par les soldats du Commandement central était inférieure à celle des commandements du Nord et du Sud. « Sur ces 1 500 personnes tuées, 70 % étaient armées. Les Arabes comprennent que « si quelqu’un vient te tuer, tue-le d’abord » est la norme au Moyen-Orient ; nous tuons donc comme nous n’avons plus tué depuis 1967. » Et ce, bien que des milliers de Palestiniens aient été tués lors de la deuxième intifada.
Au sujet des lanceurs de pierres palestiniens, Bluth a déclaré : « C’est du terrorisme, pas du terrorisme populaire ou de base – il n’y a que de la danse populaire [“folklorique”] », ajoutant : « En 2025, nous avons tué 42 lanceurs de pierres sur les routes. »
Toutefois, concernant les colons qui lancent des pierres sur des véhicules, Bluth a admis qu’il n’était pas favorable à ce que les soldats tirent sur eux, même si le danger est le même. « Nous avons touché, par exemple, deux Juifs masqués. Je ne sais pas si vous vous souvenez du tollé que cela a suscité », a déclaré Bluth, faisant référence à un incident survenu l’été dernier, au cours duquel un réserviste et un agent de la police des frontières avaient tiré sur des colons masqués qui lançaient des pierres sur des automobilistes, blessant par balle un adolescent.
Il a cité le cas d’« un anarchiste de 15 ans originaire de Beit She’an, souffrant de troubles mentaux, qui a lancé des pierres sur une jeep de l’armée à minuit. L’officier qui a tiré et l’a touché à l’épaule ne savait pas qu’il s’agissait de Juifs jusqu’à ce qu’il les entende parler hébreu. Lors d’un autre incident près de Givat Assaf, un policier a tiré pour neutraliser une menace, touchant quelqu’un au cou. Heureusement, les Juifs n’ont pas été tués. »
Bluth a mentionné un autre cas dans lequel un policier a tiré sur des militants d’extrême droite qui l’avaient attaqué avec du gaz poivré, blessant mortellement l’un d’entre eux.
Bluth a clairement indiqué qu’il préférait que les soldats recourent à des moyens non létaux pour disperser les manifestants juifs et intercepter les suspects dans de tels cas. « Nous préférons résoudre ces situations par d’autres moyens », a-t-il déclaré. « Tout incident de ce type a des conséquences très graves d’un point de vue sociétal. Je ne suis pas sûr qu’il faille en arriver là ; nous n’avons pas besoin de recourir aux armes à feu, et oui, cela implique une forme de discrimination.
Mais il faut prendre en compte les implications qui vont au-delà de l’impact pratique de tirer sur chaque Israélien qui jette des pierres à un carrefour. Je ne suis pas sûr que [tirer] contribuera [à une solution]. Je pense que cela aura exactement l’effet inverse. »
Bluth a évoqué la discrimination à l’encontre des Palestiniens en matière d’arrestations et a laissé entendre que des Juifs devaient également être arrêtés.
« Savez-vous combien il y a de Palestiniens en détention administrative ? Plus de 4 000. Il n’y a pas de détention administrative contre les Israéliens, mais il y a 4 000 Palestiniens en détention administrative. Commençons par là, et ensuite nous pourrons parler des ordres d’ouverture du feu. Je gagne avec ce que j’ai. »
Bluth a déclaré qu’il y avait entre 50 000 et 70 000 Palestiniens de Cisjordanie en Israël sans autorisation, soit plus que les 40 000 estimés avant le 7 octobre 2023, date à laquelle les permis d’entrée en Israël ont été suspendus. Bluth a attribué cette augmentation au taux de chômage élevé en Cisjordanie, qu’il a estimé à 30 %.
« À la [barrière de séparation], il est actuellement autorisé de neutraliser un suspect en lui tirant dans le genou ou plus bas afin de lui faire prendre conscience de la barrière », a déclaré M. Bluth, qui a noté qu’« un plâtrier à [la ville cisjordanienne de] Ramallah gagne 1 500 shekels (510 dollars) par mois et qu’un plâtrier de [la ville israélienne de] Ramle gagne 7 000 shekels par mois, il est donc bien sûr prêt à risquer de se faire tirer dans le genou ou de passer une semaine en détention, s’il parvient à traverser et peut travailler dans une boulangerie. »
Bluth a ajouté : « La prochaine fois que vous irez dans une boulangerie, regardez derrière vous. Vous y trouverez probablement quatre habitants d’Hébron, des travailleurs clandestins payés une misère. Il y a 13 000 personnes qui travaillent dans la zone industrielle d’Atarot [à Jérusalem], par exemple, et qui travaillent légalement ; elles sont autorisées à travailler en Israël. Chacune d’entre elles est un terroriste potentiel, mais elles ne sortent pas pour commettre des attentats parce qu’il y a une force de dissuasion. »
Traduction : AFPS




