Le rythme de l’expansion des colonies s’est nettement accéléré au cours de l’année 2025 à la suite de transformations – essentiellement législatives - au sein du gouvernement israélien et de la consolidation d’une coalition de droite dont les objectifs déclarés comme opérationnels incluent l’empêchement de l’établissement d’un État palestinien aux côtés d’Israël.
Cette restructuration permet l’approbation rapide de plans directeurs, la légalisation d’avant-postes et une intensification notable des confiscations en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, y compris la prise de contrôle de sites sur la base de revendications archéologiques ou historiques. À Jérusalem, le nombre de plans de logements coloniaux approuvés a diminué d’environ 22 % par rapport à 2024. Mais cette baisse apparente ne signifie pas un ralentissement du processus d’expansion. Au contraire, un total de 4 744 unités de logement dans les colonies a été approuvé dans la ville.
Ces dynamiques revêtent une importance particulière à Jérusalem et dans ses environs, où l’expansion coloniale joue un rôle déterminant dans la redéfinition du statut politique et géographique de la ville. L’approbation du projet E1, qui comprend la construction de 3 500 unités d’habitation et de plus de huit avant-postes pastoraux dans le désert de Jérusalem, vise à établir un continuum territorial de contrôle israélien sous l’appellation de « Grand Jérusalem ». Concrètement, cette évolution empêcherait l’établissement d’une capitale palestinienne à Jérusalem-Est et romprait la continuité territoriale entre le Nord et le sud de la Cisjordanie, affaiblissant les fondements géographiques d’une « solution à deux États ».
L’expansion des colonies reste un pilier de la politique israélienne d’aménagement du territoire et de planification au cours de l’année 2025. Et Jérusalem est devenue l’épicentre d’une accélération de l’activité coloniale [1]. Les initiatives s’accompagnent d’investissements massifs dans les infrastructures de transport, dont le tunnel du Mont des Oliviers [2], qui vise à intégrer les colonies situées à Jérusalem et dans sa périphérie avec celles implantées plus profondément en Cisjordanie ainsi qu’avec le territoire israélien, y compris par la construction du pont le plus haut et le plus long au-dessus du Wadi al-Nar. Ensemble, ces mesures renforcent la continuité territoriale israélienne tout en fragmentant davantage l’espace palestinien.
Pris dans leur ensemble, ces développements renvoient à une stratégie plus large visant à transformer durablement la réalité juridique, administrative et spatiale du territoire occupé. L’expansion des colonies, la confiscation des terres et le déploiement d’infrastructures ne servent pas uniquement à accroître la présence israélienne ; mais contribuent à rendre les revendications territoriales palestiniennes de plus en plus irréalisables. En consolidant la domination israélienne à Jérusalem (et sur des zones clés de la Cisjordanie), ces politiques réduisent progressivement la possibilité d’un règlement politique négocié et transforment la population palestinienne en une variable administrée au sein d’un système de contrôle en voie de pérennisation. Dans ce contexte, les effets des démolitions résidentielles et non résidentielles ne peuvent être analysés séparément. La perte du logement s’accompagne fréquemment d’autres ruptures, qui érodent simultanément la sécurité économique et matérielle, la stabilité sociale et la résilience à long terme. Ces conséquences dépassent les dommages physiques immédiats et contribuent à des situations durables de vulnérabilité, d’incertitude et de détresse psychologique.
S’appuyant sur les données de terrain documentées par la Civic Coalition for Human Rights in Jerusalem, l’analyse met en évidence le caractère systématique des démolitions, la diversité des mécanismes d’exécution et leurs effets cumulatifs sur l’habitat, les moyens de subsistance et la stabilité sociale.
D’autres part les démolitions ne sont ni limitées à une catégorie spécifique de structures, ni appliquées selon une méthode uniforme, ni réparties de manière homogène sur le plan géographique. Les bâtiments résidentiels et non résidentiels sont visés ; les modalités d’exécution varient et certaines localités connaissent des démolitions répétées. Cette configuration révèle un mode opératoire constant où se croisent les dimensions matérielles, économiques et sociales.
Ces pratiques fragilisent les fondements économiques et sociaux de la vie quotidienne, et non le seul droit à l’abri. Leur impact dépasse la perte des structures physiques et affecte directement la capacité des individus et des familles à maintenir une vie quotidienne dans un environnement marqué par une instabilité prolongée.
Mireille Sève,
d’après le rapport annuel de Civic Coalition for Jerusalem 2025
Photo : Des Palestiniens protestent contre le rasage des terres entre Rafat et Qalandia par les colons israéliens, 20 janvier 2023 © Oren Ziv/Activestills




