Photo : Tunnel sous Bethléem de la route 60, 2010 © Jeremy Price
Israël a ordonné la confiscation de vastes étendues de terres palestiniennes en Cisjordanie occupée afin d’élargir une route destinée aux colons israéliens de la région.
La route 60, l’une des plus importantes routes desservant les colonies de Cisjordanie, passe à l’est de Ramallah et au sud de Naplouse ; son achèvement nécessite l’appropriation de terres palestiniennes situées le long de son tracé.
Ce projet entraînera l’expropriation de terres agricoles pavées appartenant à des particuliers, afin d’ajouter de nouvelles voies et de renforcer les liaisons entre les colonies juives illégales de la région.
Al-Mazra’a Al-Sharqiya, à l’est de Ramallah, figure parmi les localités palestiniennes les plus menacées par ce projet, car la route longe de vastes étendues de ses terres agricoles.
L’avis d’expropriation israélien annonce la confiscation de centaines de dunams, mais le nombre exact reste inconnu car les agriculteurs ont trouvé les ordres de confiscation jetés sur leurs terres plutôt que remis directement à leur attention.
Taysir Salem, un propriétaire foncier d’Al-Mazra’a Al-Sharqiya, a déclaré à Middle East Eye que son grand-père possédait 180 dunams (18 hectares) de terres, dont sa famille a hérité et qu’elle a plantées d’arbres.
Ces terres sont désormais sur le point d’être confisquées.
« La route 60 va être prolongée à travers nos terres, et à nos frais, ils vont nous les prendre de force et raser au bulldozer la moitié d’une colline qui nous appartient », a-t-il déclaré.
« Toutes les localités voisines seront également victimes d’un vol de terres à cause de cette route », a-t-il ajouté.
La confiscation officielle de ces terres par Israël s’accompagne d’une campagne menée par les colons visant à intimider les habitants locaux et à les empêcher d’y accéder librement.
« La semaine dernière, [les colons] sont venus en tracteurs et nous ont expulsés de nos terres sous la menace des armes. Nous courons un grand danger car ils veulent s’emparer de ces terres par la force », a ajouté Salem.
Les propriétaires fonciers palestiniens possèdent leurs exploitations agricoles depuis des décennies et disposent de tous les documents nécessaires pour prouver leur propriété.
Ils ont appelé la communauté internationale à agir face au sentiment d’impunité dont fait preuve Israël.
« Le gouvernement américain a le pouvoir d’empêcher Israël de s’emparer de nos terres, mais il ne le fera pas.
« S’il s’agissait de n’importe quel autre pays, il les aurait arrêtés, mais il ne fera pas pression sur Israël », a conclu Salem.
Des arbres vont être abattus
L’annonce de l’élargissement de la route 60 coïncide avec la saisie par Israël des terres situées le long de celle-ci.
En juin dernier, Israël a annoncé la confiscation de 464 dunams de terres appartenant à la ville de Sinjil, au nord de Ramallah.
Les Palestiniens estiment que l’élargissement de la route 60 est l’un des moyens les plus importants pour consolider le projet de colonisation en Cisjordanie occupée.
Elle relie entre elles des dizaines de colonies et d’avant-postes, ainsi qu’à Israël, contribuant ainsi à l’expansion des colonies tout en morcelant le territoire palestinien et en isolant les villages et les villes de leurs zones agricoles environnantes.
Cette décision prévoit la confiscation de terres appartenant à plusieurs localités voisines, notamment Al-Sawiya, Al-Lubban ash-Sharqiya, Sinjil et Turmusayya.
Abdul Samad Abdul Aziz, porte-parole de la municipalité d’Al-Mazra’a Al-Sharqiya, a déclaré que des agriculteurs avaient trouvé, il y a quelques jours, des avis déposés près de leurs terres et les avaient apportés au siège de la municipalité.
Ces avis indiquent qu’ils disposent de 60 jours pour faire appel de cette décision, qui prévoit la confiscation de milliers de dunams de terres de la ville, plantées de milliers d’oliviers, dont certains, selon les habitants, auraient plus de mille ans.
« Cette décision est dangereuse pour la ville et les agriculteurs, et elle est injuste car elle va les priver de leurs moyens de subsistance après leur avoir volé leurs terres et leurs oliviers. Nous ne savons pas ce que nous allons faire », a déclaré Abdul Aziz.
La Commission de résistance au mur et aux colonies a indiqué dans son rapport semestriel de cette année que les autorités israéliennes avaient saisi plus de 4 379 dunams de terres palestiniennes entre le début de l’année 2026 et la fin du mois de juin.
Selon le rapport, cette saisie a été menée sous divers prétextes et à la suite de la délivrance de 40 ordres militaires.
Cela a conduit à la création de quatre zones tampons autour des colonies, de 16 routes de sécurité, de 12 sites militaires et d’autres installations.
Abdul Aziz a déclaré que les Palestiniens n’avaient d’autre recours que de faire appel à la communauté internationale pour faire annuler cette décision.
« Les habitants ne pourront pas vivre sans leurs terres tant que les colons continueront d’attaquer les agriculteurs et de leur tirer dessus chaque fois qu’ils tenteront de rejoindre leurs terres », a-t-il expliqué.
Traduction : AFPS




