Paris, le 4 juillet 2026 – La Palestine est aujourd’hui soumise à un blocus financier de fait par les banques, qui prive les Palestiniens d’accès à des services essentiels. Alors qu’ils sont parfaitement légaux, les virements bancaires sont ainsi devenus quasiment impossibles. Exclue du système financier mondial, la Palestine subit un apartheid bancaire qui rend extrêmement compliquée toute forme de solidarité vis-à-vis des Palestiniens. Une trentaine d’organisations lancent un appel à la mobilisation pour briser le blocus financier.
Depuis plusieurs années – et de façon spectaculaire depuis octobre 2023 – les banques bloquent des virements vers la Palestine en les retardant, en les refusant, ou en les annulant. Ces opérations, pourtant parfaitement légales, sont devenues pratiquement impossibles.
C’est une forme de privation qui peut sembler relative au regard de ce que subissent par ailleurs les Palestiniens - confiscation de terres, manque d’eau et de nourriture, blessures et traumatismes psychologiques, attaques quotidiennes à Gaza et en Cisjordanie. Mais en excluant la Palestine du système bancaire international, les banques privent les Palestiniens de services élémentaires et indispensables.
Concrètement, aujourd’hui, des familles d’ici sont empêchées de transférer de l’argent à leurs proches en Palestine, le commerce avec la Palestine est entravé, de nombreuses organisations d’aide internationale peinent à payer leurs employés et la solidarité internationale peut très difficilement financer des achats groupés, l’indemnisation des nombreux bénévoles, la survie des camps de personnes déplacées.
Parallèlement, en France et en Europe, un développement sans précédent de la répression bancaire a lieu : nombre de Palestiniens, associations de solidarité et particuliers qui organisent des activités liées à la Palestine, tentent des virements pour leurs proches ou ONG en Palestine, voient leur compte arbitrairement fermé, bloqué, ou faire l’objet d’un refus d’ouverture.
Cette situation ne résulte pas d’une interdiction générale de transférer de l’argent vers la Palestine. Aucune sanction européenne ou américaine ne prohibe ces opérations. Alors pourquoi les banques bloquent-elles ces transferts ?
D’abord, parce qu’elles redoutent les sanctions. Dans les faits, les banques assimilent les virements vers la Palestine à du “blanchiment d’argent” et au “financement du terrorisme”. Les outils de contrôle automatisés qui analysent le risque associé à chaque transaction considèrent presque systématiquement les opérations liées à Gaza, à la Cisjordanie ou à des personnes palestiniennes comme suspectes, y compris lorsqu’il s’agit d’aide humanitaire.
L’ensemble du secteur bancaire européen a modifié ses pratiques depuis que les Etats-Unis ont condamné la BNP Paribas à une amende record de près de neuf milliards de dollars en 2014, pour avoir violé notamment l’embargo sur l’Iran. Les établissements préfèrent désormais écarter toute opération qu’ils jugent susceptible d’attirer l’attention des régulateurs américains plutôt que d’assumer le coût juridique et financier d’une vérification plus fine des transactions. De fait, les banques excluent la Palestine du système financier, alors qu’il n’existe aucune liste de territoires faisant l’objet d’une interdiction bancaire générale.
Ce glissement est lourd de conséquences. Lorsqu’un pays est progressivement exclu des circuits financiers, c’est la possibilité même d’une vie économique, sociale et familiale qui est remise en cause. L’apartheid financier qui est imposé à la Palestine empêche également tous les mouvements de solidarité à travers l’Europe de s’organiser, de faire vivre la cause palestinienne.
La campagne « Contre l’apartheid bancaire envers la Palestine » est lancée pour rendre visible cette réalité.
Elle demande aux autorités françaises et européennes de rappeler aux établissements bancaires qu’aucun profilage fondé sur la nationalité, l’origine ou le lien avec la Palestine ne peut se substituer à une évaluation individuelle des risques. Elle appelle également à un contrôle indépendant des algorithmes de conformité utilisés par les banques afin que la lutte contre le blanchiment et contre le terrorisme ne devienne pas le prétexte d’une discrimination systémique.
Signataires : Amis de Sabeel France, AFPS (association France Palestine Solidarité), ATTAC (association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne), AURDIP (association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine), Plateforme des ONG françaises pour la Palestine*, UJFP (union juive française pour la paix), Urgence Palestine, avec le soutien de Médecins sans frontières.
*Membres : Amani, Amis de Sabeel France, Artisans du Monde, AURDIP, AFPS, AJPF, Cedetim, CEMEA, Chrétiens de la Méditerranée, Cimade, CCFD-Terre Solidaire, Culture de Palestine, Enfants Réseau Monde/Services, FSGT, LDH, MRAP, Mouvement de la Paix, MIR, MAN, Pax Christi France, Secours Catholique-Caritas France, SIDI, SGAP 38, UJFP
Observateurs : ACAT-France, Action Aid France, Agir ensemble pour les droits de l’Homme, Amnesty International France, Association Pour Jérusalem, CRID, Collectif judéo-arabe et citoyen pour la Palestine, Francas, GAIC, Humanité & Inclusion, Médecins du Monde, One Justice, Palmed France, PUI, REF, ritimo, Soutien Humani’Terre.




