Elle filme les ruines désertées des kibboutzim saccagés, les gigantesques parcs à matériel de guerre implantés sur des terres agricoles, elle parcourt les abords de la barrière qui enferme la bande de Gaza depuis le milieu des années 1990. Le paysage devient une archive figée. Anat Even en relève les contradictions : chars et machines agricoles se côtoient dans les champs, les habitations familiales sont rageusement taguées, seuls les oiseaux animent les lieux. Les silences sont interrompus par des déflagrations lointaines entrainant le regard au-delà de la barrière. Ici le temps semble suspendu, là-bas, à Gaza, la dévastation est à l’œuvre. « L’enfer, si proche et pourtant à des années-lumière », commente la réalisatrice.
Observatrice lucide et critique, Anat Even s’interroge, en voix off, sur la nature profonde de son lien à Gaza, ainsi que sur celui de ses interlocuteurs avec qui elle dialogue tout au long du film. C’est le cas de son ami parisien Ariel Cypel qui, après un dialogue de plusieurs mois au fil du tournage, met fin à leurs échanges en raisons de divergences éthiques : « Comment peux-tu parler de la situation à Gaza sans être sur place ? » lui lance-t-il. Elle répondra en osant le pari du hors-champ. Elle dialogue également avec Avichai, engagé auprès de l’organisation Breaking the Silence, chercheur en droits humains et spécialiste des armes, qui déroule des explications glaçantes sur la logique de guerre, les mécanismes de destruction et la stratégie militaire d’Israël. Une ornithologue décrit les mœurs des oiseaux qui continuent d’occuper les lieux. La seule voix qui franchit la frontière, est celle du médecin et poète palestinien Ezzideen Shehab qui lance depuis Gaza un appel désespéré au monde pour dire la souffrance de celles et ceux qui, invisibilisés, tentent de rester debout de l’autre côté la barrière. « Environ six mois après le début de la guerre, j’ai commencé à lire des textes d’écrivains et de poètes de Gaza. Le langage, la douleur, la dignité – c’était bouleversant. J’ai décidé que leurs mots devaient faire partie du film, que leurs voix devaient résonner dans le monde. » explique Anat Even.
La réalisatrice appréhende la notion d’effondrement (collapse) à la fois comme ruine matérielle et comme ruine morale et éthique. Sur ces terres, qui étaient auparavant celles du village palestinien Al-Ma’in, entièrement détruit et dont les habitants, expulsés par la Hagana en 1948, se sont réfugiés dans la bande de Gaza, la réalisatrice croise également des figures au cynisme décomplexé, représentatives de l’idéologie coloniale génocidaire. Un rassemblement de colons se tient sous la bannière « Occuper, expulser, coloniser ». Ils clament l’urgence de « judaïser » Gaza. Un groupe de « touristes » se masse sur un promontoire pour voir, comme au « spectacle », Gaza brûler. Une sentinelle interdit à la réalisatrice d’approcher du convoi de camions d’aide humanitaire bloqué à la frontière, et lui lance : « C’est honteux tout ce qu’on leur donne ! ».
Collapse est un film terriblement lucide, qui pose implacablement les questions de l’identité, de la colère, de la responsabilité, de l’impuissance et les inscrit durablement dans nos consciences.
Distribution en France : JHR films
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