Sharon s’assoit sur la " feuille de route "

L’Humanité : Valérie Féron, lundi 20 septembre 2004

Donnant des gages à son extrême droite, le premier ministre israélien a réitéré sa volonté d’expulser Arafat et affirmé un refus de suivre les direc­tives du plan de règlement.

Depuis trois ans les mois de sep­tembre semblent par­ti­cu­liè­rement pro­pices aux menaces israé­liennes contre le pré­sident Arafat, objet (en sep­tembre 2003) d’une réso­lution de principe du gou­ver­nement d’Ariel Sharon de s’en " débarrasser ".

Cette année, lors du rituel des inter­views à la presse nationale à l’occasion de Rosh Hashana (le nouvel an), le premier ministre israélien a donc réaf­firmé son intention d’" expulser " le diri­geant pales­tinien, confiné depuis décembre 2001 dans ses bureaux de Ramallah. Estimant qu’il n’y a " aucune dif­fé­rence " entre ce dernier et les leaders du Hamas, Cheikh Yassine ou Abde­laziz Al Ran­tissi, tous deux tués lors d’opérations de liqui­dation extra­ju­di­ciaire res­pec­ti­vement en mars et avril dernier, Ariel Sharon a déclaré : " Ils ont tous opté pour une poli­tique de meurtres. Nous agirons avec Arafat de la manière dont nous avons agi contre d’autres assassins (.), au moment qui nous a paru propice. ".

Des propos qui relancent les thèses sur les scé­narios non pas d’expulsion mais d’assassinat pur et simple du leader pales­tinien, le moment " propice " pouvant être, par exemple à la suite d’un attentat par­ti­cu­liè­rement meur­trier, le lan­cement d’une opé­ration com­mando de l’armée israé­lienne contre la Mouqata, qui tour­nerait mal.

Yossi Beilin, chef du tout nouveau parti de la gauche israé­lienne répondant aux ques­tions de l’Humanité, estime : " Ariel Sharon poursuit en fait sa poli­tique de désta­bi­li­sation psy­cho­lo­gique du pré­sident pales­tinien. " Beilin juge tou­tefois " peu pro­bable qu’il agisse, du moins en ce moment ".

Ces nou­velles menaces inter­viennent au moment où le chef du gou­ver­nement israélien est aux prises avec une fronde de colons et de mili­tants de son propre parti qui qua­li­fient de " des­tructeur " et d’" illé­gitime " son plan de retrait de la bande de Gaza. Une évacuation qu’Ariel Sharon déclare vouloir mener rapi­dement, excluant notamment d’organiser un réfé­rendum sur cette question comme le pro­posait son ministre des Finances et rival au sein du Likoud, Benyamin Netanyahou.

En fait, le retrait de Gaza ne doit pas faire oublier l’autre partie du plan uni­la­téral israélien : le ren­for­cement de la mainmise sur la Cis­jor­danie, en proie actuel­lement à une extension impor­tante de colonies, et la des­truction parallèle de la conti­nuité ter­ri­to­riale pales­ti­nienne, for­tement remise en cause par le mur dont la construction se poursuit sans relâche. Le but est d’annexer, à terme, près de la moitié de ces ter­ri­toires occupés.

Dans son entretien au Yediot Aha­ronot, Ariel Sharon ne s’en est pas caché, affirmant clai­rement qu’une fois le retrait de Gaza accompli, " il est très pro­bable (.) que s’écoule une longue période avant que quoi que ce soit d’autre se pro­duise ". Et c’est avec la même assu­rance que le chef du gou­ver­nement a reconnu qu’" Israël n’observait pas les direc­tives de la "feuille de route" ", ce plan de paix du " quartet " (États-​​Unis, Russie, Union Euro­péenne et Nations unies) qui prévoit la fin de la colo­ni­sation israé­lienne et la création d’un État palestinien.


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