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Accueil > Informations > Analyses > Pourquoi les avancées électorales des Palestiniens en Israël ne peuvent pas modifier la structure raciste de l’État
Analyses
mercredi 4 novembre 2026
Middle East Eye par Ghada Majadli

Pourquoi les avancées électorales des Palestiniens en Israël ne peuvent pas modifier la structure raciste de l’État

L’existence d’une représentation parlementaire ne remet en cause ni le régime d’apartheid, ni les 50 lois discriminatoires qui régissent la vie des citoyens palestiniens d’Israël.

Photo : Les Israéliens votent aux élections législatives, 27 octobre 2026 © Euro-Med Human Rights Monitor

Le taux de participation élevé des Palestiniens aux élections israéliennes s’explique en partie par les récentes tentatives visant à supprimer la représentation politique palestinienne à la Knesset.

Cela reste vrai quelle que soit notre opinion sur la participation palestinienne au parlement israélien ; Israël et ses alliés se servent depuis longtemps de cette participation pour masquer le caractère raciste de l’État et rejeter les accusations d’apartheid.

L’existence d’une représentation parlementaire palestinienne ne remet en cause ni le régime d’apartheid, ni les 50 lois discriminatoires qui régissent la vie des citoyens palestiniens d’Israël.

Les Palestiniens d’Israël se sont rendus aux urnes car un nouveau mandat du Premier ministre Benjamin Netanyahou, soutenu par une alliance avec les ministres d’extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, aurait eu des conséquences mortelles pour les Palestiniens partout dans le monde.

Cela inclut les Palestiniens vivant en Israël, qui sont confrontés à une escalade de la violence politique et de l’incitation à la haine, à des appels de plus en plus nombreux en faveur de leur déplacement et de leur expulsion, ainsi qu’à des efforts de plus en plus agressifs visant à les harceler et à les persécuter.

Parmi celles-ci figurent la création récente d’un avant-poste sur les terres de Majd al-Krum, menée par un groupe de jeunes colons d’extrême droite et sous l’impulsion du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, reproduisant ainsi les pratiques mêmes de confiscation de terres et d’expansion des colonies observées en Cisjordanie. Elles comprennent également des attaques contre l’identité culturelle palestinienne, ainsi que des restrictions quant à l’utilisation de l’arabe sur le lieu de travail

Même si l’on pourrait être tenté d’interpréter cette participation accrue comme une réaction au génocide à Gaza, à l’accélération de la campagne de nettoyage ethnique en Cisjordanie occupée et à la détérioration des conditions de détention des prisonniers palestiniens – et il est vrai que de nombreux électeurs avaient ces préoccupations à l’esprit, y compris des personnes qui avaient boycotté les élections israéliennes toute leur vie –, une part importante de cette mobilisation tenait à l’extension croissante de la répression violente d’Israël aux territoires de 1948.

En effet, les Palestiniens d’Israël votaient pour leur propre survie.

Vue d’ensemble

Dans le même temps, j’émets certaines réserves quant à la manière dont la participation palestinienne à ces élections, ainsi que les premiers résultats, ont été présentés et commentés. Il est important de corriger certaines de ces fausses représentations et de ne pas perdre de vue la situation dans son ensemble.

Premièrement, la réticence des Palestiniens à participer aux élections israéliennes s’inscrit dans une longue histoire politique, fondée sur plusieurs considérations. Certains Palestiniens boycottent les élections par principe, rejetant la participation parlementaire comme voie politique et refusant de légitimer les institutions de l’État israélien.

D’autres se demandent si la représentation parlementaire peut apporter un changement fondamental au sein d’un État qui a été établi par leur déplacement et leur dépossession, et qui a poursuivi ces processus, sous différentes formes, sur l’ensemble du territoire palestinien depuis 1948.

Même si les électeurs palestiniens constituent un bloc politique qui ne peut être ignoré, leur capacité à traduire leurs gains électoraux en influence politique reste fortement limitée

Pour beaucoup, l’expérience de plusieurs décennies de participation parlementaire n’a fait que renforcer cette position. La situation des Palestiniens n’a pas fondamentalement changé, et ne peut changer fondamentalement, sans démanteler les structures profondes de la domination sioniste et de la suprématie juive, et sans transformer les rapports de force entre les Juifs israéliens et les Palestiniens.

Cette position repose également sur la conviction que les droits civils des Palestiniens en Israël ne peuvent être dissociés de leurs droits politiques et nationaux. La représentation parlementaire n’a pas fondamentalement modifié leur position subordonnée, pas même au niveau des droits civils.

Pourtant, à un moment critique où la situation se détériore rapidement, les Palestiniens sont de plus en plus acculés. L’espace d’action politique, déjà restreint, est encore davantage rétréci. Beaucoup considèrent désormais le vote comme l’un des rares outils qui leur restent, même s’ils n’en attendent que très peu.

Les Palestiniens d’Israël, qu’ils l’expriment ou non en ces termes, connaissent la réalité de la vie sous un système dans lequel les Juifs israéliens jouissent de privilèges et de droits qui leur sont systématiquement refusés – un système où le racisme est ancré dans les lois, les institutions et les pratiques quotidiennes de l’État.

C’est pourquoi nous devons rester prudents face à l’atmosphère de liesse qui entoure les premiers résultats électoraux.

Pas d’illusions

Deuxièmement, le fait que les citoyens palestiniens d’Israël puissent voter aux élections à la Knesset, et qu’ils constituent un bloc électoral important capable d’affaiblir l’alliance Netanyahu-Ben-Gvir-Smotrich, ne change rien à la réalité selon laquelle Israël reste un régime d’apartheid, y compris au sein des territoires de 1948, comme l’ont établi plusieurs organisations de défense des droits de l’homme.

Nous ne devons pas nous faire d’illusions à ce sujet. J’ai du mal à croire que certains continuent de présenter la citoyenneté palestinienne et la participation aux élections israéliennes comme des preuves du caractère « démocratique » et « libéral » de l’État israélien, ou comme un aperçu d’un Israël qui pourrait d’une manière ou d’une autre être sauvé ou restauré.

La citoyenneté israélienne accordée aux Palestiniens doit être comprise dans le cadre plus large du projet colonialiste, comme un mécanisme par lequel l’État gouverne et intègre la population autochtone tout en maintenant des structures de dépossession et de domination.

La citoyenneté accorde aux Palestiniens certains droits individuels et politiques, tout en subordonnant simultanément leurs droits collectifs et leurs revendications en matière de terre et d’autodétermination à l’ordre colonialiste. La représentation parlementaire palestinienne, y compris les 19 sièges remportés à la Knesset, doit donc être comprise dans le cadre de ces limites structurelles.

Ces limites structurelles se reflètent également dans les institutions politiques et les partis israéliens, où l’exclusion des Palestiniens ne se limite guère à Netanyahou et à l’extrême droite.

Même si les électeurs palestiniens constituent un bloc politique impossible à ignorer, leur capacité à transformer leurs succès électoraux en influence politique reste fortement limitée.

Même dans l’hypothèse où les partis palestiniens seraient disposés à rejoindre un gouvernement de coalition, des figures de proue du « camp du changement » ont déjà écarté cette possibilité. Gadi Eisenkot, par exemple, a explicitement rejeté l’intégration du Ra’am dans son gouvernement, malgré la volonté de ce parti de participer à des coalitions par le passé.

Cela illustre à quel point l’exclusion des Palestiniens est ancrée dans l’ensemble du spectre politique israélien, et ne se limite pas aux seuls partis d’extrême droite. De tels partenariats politiques ne sont donc pas simplement difficiles à réaliser ; ils sont fondamentalement limités par les fondements racistes et colonialistes de l’État et de son système politique.

Ainsi, si une participation électorale palestinienne plus élevée et une représentation parlementaire accrue peuvent perturber l’alliance de Netanyahou avec le sionisme religieux, elles ne peuvent pas surmonter ces limites structurelles.

C’est précisément pour cette raison que la représentation parlementaire palestinienne ne doit pas être idéalisée ni considérée comme une réussite en soi, détachée de la structure politique plus large dans laquelle elle s’inscrit.

Au-delà des urnes

Plus fondamentalement, la participation parlementaire palestinienne ne peut être interprétée indépendamment du génocide en cours perpétré par Israël à Gaza et de l’intensification de la violence militaire et des colons, de la dépossession et des déplacements de population en Cisjordanie occupée.

Il ne s’agit pas de réalités politiques distinctes, mais de différentes manifestations d’un même projet colonialiste, qui gouverne les Palestiniens à travers divers régimes juridiques et politiques. Toute célébration des gains électoraux palestiniens qui négligerait cette réalité plus large risque de reproduire la fragmentation même du peuple palestinien que le colonialisme de peuplement israélien a historiquement cherché à imposer.

La question n’est donc pas de savoir combien de sièges les Palestiniens peuvent obtenir à la Knesset. Il s’agit de savoir ce que la participation parlementaire peut accomplir au sein d’un système politique qui continue de priver les Palestiniens, sur l’ensemble de la Palestine historique, de leurs droits collectifs et de leur autodétermination.

La volonté de mettre un frein à la détérioration rapide des conditions de vie des Palestiniens, quelle que soit leur région, est tout à fait compréhensible.

Depuis le début du génocide à Gaza, cette détérioration a été particulièrement grave et, sous l’impulsion de personnalités telles que Ben Gvir, de plus en plus théâtrale – qu’il s’agisse des abus systématiques, de la torture et des traitements inhumains infligés aux prisonniers palestiniens, des incursions provocatrices dans la mosquée Al-Aqsa, ou encore des raids policiers très médiatisés dans les villes palestiniennes situées en Israël et des démolitions de maisons palestiniennes.

Il importe toutefois de ne pas confondre ces événements avec une rupture avec l’histoire d’Israël, ni de considérer le génocide et l’intensification de la violence à l’encontre des Palestiniens comme le simple produit de Netanyahou et de ses alliés sionistes religieux.

Malgré leurs divergences politiques, les gouvernements israéliens successifs ont maintenu ces structures, notamment par l’expansion et la consolidation des colonies en Cisjordanie occupée, qui font depuis longtemps partie intégrante de la politique d’État israélienne – et non d’un projet exclusivement de droite.

Si l’éviction de Netanyahou et de ses alliés pouvait apporter un certain soulagement immédiat ou limiter certaines formes de violence, elle ne changerait pas fondamentalement la réalité politique à laquelle sont confrontés les Palestiniens, d’autant plus que le génocide à Gaza se poursuit parallèlement à l’accélération des expulsions, des déplacements et de la violence en Cisjordanie.

La participation palestinienne à la Knesset, quelles que soient les récentes avancées électorales, ne doit pas non plus détourner l’attention de la question plus vaste et plus urgente de savoir comment les Palestiniens peuvent s’organiser et élaborer des stratégies politiques plus efficaces pour faire face à la réalité qui prévaut sur l’ensemble du territoire palestinien.

Ghada Majadli est chercheuse et doctorante à Londres, ainsi qu’analyste politique chez Al-Shabaka. Ses travaux ont été publiés dans des revues universitaires et relayés par des médias internationaux.

Traduction : AFPS

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Mots clés

  • Politique et société palestiniennes
  • Politique et société israéliennes
  • Reconnaissance de l’apartheid

Source

Publié par : Middle East Eye

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