Photo : Des colons israéliens assiègent des habitations palestiniennes à Qusra, Cisjordanie occupée, 14 août 2026 © Oren Ziv/Activestills
Les familles palestiniennes chassées de leurs foyers dans le village de Qusra, en Cisjordanie occupée, restent déplacées même après l’intervention de l’armée israélienne visant à expulser les colons terroristes de la zone – une intervention qui, selon un habitant déplacé interrogé par The New Arab, avait pour but de « faire taire les médias » plutôt que de mettre fin au siège.
Cette intervention a fait suite à plusieurs jours durant lesquels les forces israéliennes avaient donné carte blanche aux colons pendant le siège, restreignant la liberté de mouvement des habitants palestiniens tout en permettant aux colons de circuler librement dans la zone. L’armée a ensuite démantelé les avant-postes illégaux des colons après que le siège eut attiré l’attention de la communauté internationale.
Yousef Hassan, dont la maison familiale a été assiégée par des terroristes israéliens le dimanche 9 août, a déclaré que ce changement n’avait apporté que peu de soulagement. Des soldats israéliens occupent désormais son domicile, et sa famille reste déplacée ailleurs dans le village.
M. Hassan a indiqué que les habitants craignaient que l’opération de l’armée israélienne ne rende finalement leur déplacement permanent.
« Je pense que l’armée a mené cette opération pour faire taire les médias », a-t-il déclaré à The New Arab, faisant référence à la large couverture médiatique internationale du siège qui a précédé le démantèlement par les forces israéliennes des avant-postes illégaux de colons autour du village.
Cette couverture médiatique a suscité une condamnation généralisée, notamment de la part de l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, fervent défenseur des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, qui a finalement qualifié les actions des colons de « terrorisme ».
Pourtant, l’opération militaire qui a suivi n’a pas permis aux familles déplacées de Qusra de regagner leurs foyers.
Depuis que l’armée israélienne a déclaré le village, situé au sud de Naplouse, zone militaire fermée le 13 août, plusieurs familles palestiniennes ont été déplacées vers d’autres quartiers de Qusra. La maison de Hassan reste occupée par des soldats israéliens.
Les conséquences sont de plus en plus pressantes. La fille de Hassan, âgée de quatre ans, doit bientôt entrer à l’école, a-t-il expliqué, et pourrait être privée d’éducation si le siège se prolonge.
Il ne sait pas combien de temps cette situation va durer. La famille n’a nulle part où aller et reste déterminée à rentrer chez elle.
« Nous tiendrons bon ici jusqu’à la mort », a-t-il déclaré.
À Qusra, entre-temps, la situation continue de se détériorer.
Mercredi, le maire de Qusra, Abdul Azim Wadi, a averti que la ville était à court de nourriture et de fournitures médicales, ce qu’a également confirmé Hassan.
Malgré la présence militaire israélienne, les colons continuent de parcourir la région.
« Parfois, ils sont cinq, parfois jusqu’à quinze », ont-ils déclaré à Medical Aid for Palestinians.
Dans le cadre de ce siège, l’armée israélienne a également fermé une usine pendant une semaine, tandis que les approvisionnements n’ont pu entrer dans le village qu’une seule fois, via un convoi de l’UNICEF.
Les colons ont coupé l’eau et l’électricité de la ville dans le cadre de ce siège, bien que la municipalité ait depuis réussi à rétablir ces services.
Même ces efforts ont été entravés : les forces israéliennes postées autour du village et dans la région de Ras al-Ain ont attaqué une équipe d’électriciens lors d’une précédente tentative de rétablissement de l’électricité dans le village, a déclaré Wadi.
« Ce qui est différent aujourd’hui, c’est qu’il y a une volonté de maintenir cette présence », a-t-il ajouté, comparant le siège actuel aux décennies d’attaques menées par les colons, au cours desquelles des maisons palestiniennes ont été incendiées et du bétail volé.
La détérioration des conditions de vie a également entraîné une crise sanitaire de plus en plus grave.
L’organisation « Physicians for Human Rights Israel » (PHRI) a organisé mardi une journée médicale à Qusra, au cours de laquelle 431 patients ont été pris en charge en une seule journée.
Milena Ansari, directrice du département des Territoires palestiniens occupés au sein de PHRI, a déclaré à The New Arab : « Les habitants nous ont expliqué que Qusra, bien qu’elle compte plus de 7 000 habitants, ne dispose que d’une minuscule clinique installée dans une pièce située sous la mosquée, où un médecin n’est disponible que deux heures par semaine. »
« Presque tous les types de médicaments font défaut », a-t-elle ajouté.
Mme Ansari a expliqué que ces pénuries étaient indissociables des conditions imposées à Qusra. Les postes de contrôle israéliens empêchent en effet les habitants d’accéder à leurs domiciles, aux services et aux soins de santé, des restrictions qu’elle a qualifiées de « délibérées ».
« Une équipe médicale ne devrait pas avoir à pénétrer dans un village assiégé simplement pour prodiguer des soins de base à la population. »
Ce siège s’inscrit dans un contexte de recrudescence générale du terrorisme des colons et des déplacements de Palestiniens dans toute la Cisjordanie occupée.
Cinq Palestiniens ont été blessés jeudi après que des colons israéliens ont attaqué un véhicule, provoquant son renversement entre les villages d’al-Mughayyir et d’Abu Falah, au nord de Ramallah, a rapporté l’agence de presse palestinienne Wafa.
Human Rights Watch a déclaré jeudi que 107 communautés palestiniennes avaient été totalement ou partiellement déplacées depuis janvier 2023 en raison d’attaques de colons, tandis que Peace Now a indiqué que les avant-postes de colons contrôlaient près d’un cinquième de la Cisjordanie occupée.
Amnesty International a qualifié le déplacement massif de Palestiniens suite aux attaques de colons de « nettoyage ethnique sanctionné par l’État ».
Mme Ansari a déclaré que ce qui se passait à Qusra ne pouvait pas être compris uniquement comme une activité des colons, le décrivant comme faisant partie des « outils d’annexion de facto du gouvernement israélien ».
« Les colons attaquent les Palestiniens, s’emparent de terres, détruisent des maisons et des biens agricoles, et empêchent les agriculteurs d’accéder à leurs propres terres, tandis que l’État et l’armée israéliens manquent à maintes reprises à leur devoir de protéger les Palestiniens ou de traduire les auteurs en justice », a-t-elle déclaré.
« Les Palestiniens sont chassés, et les colons prennent le contrôle. »
Traduction : AFPS




