Photo : Des Palestiniens inspectent les destructions après des bombardements israéliens sur le camp de déplacés d’Al-Mawasi à Gaza, 7 juin 2026 © Quds News Network
Les frappes aériennes israéliennes sur l’ensemble de la bande de Gaza se sont intensifiées ces derniers jours : habitations, camps de réfugiés, marchés et voies publiques sont la cible d’attaques quasi quotidiennes, tandis que les habitants et les analystes politiques alertent sur le fait que l’extension de la campagne militaire réduit progressivement les zones où les Palestiniens peuvent encore rester.
Cette escalade intervient alors que les négociations indirectes de cessez-le-feu au Caire restent dans l’impasse, l’un des principaux points de discorde étant, selon certaines sources, l’exigence d’Israël que le Hamas renonce à ses armes, une condition que le mouvement continue de rejeter.
Mardi, l’armée israélienne a tué sept Palestiniens, dont des officiers supérieurs et des membres des forces de police de Gaza dirigées par le Hamas, lorsqu’un drone israélien a frappé un poste de police dans la région d’al-Falouja, à l’ouest du camp de réfugiés de Jabalia, dans le nord de Gaza.
Des sources médicales locales ont indiqué que la frappe avait également touché un marché voisin et des tentes abritant des familles déplacées, faisant d’autres victimes civiles.
Dans un communiqué de presse, le ministère de l’Intérieur de Gaza a indiqué que parmi les personnes tuées figuraient Mohammed Marwan Salem, directeur du commissariat de Jabalia, ainsi que plusieurs officiers et membres des forces de police.
Le ministère de la Santé de Gaza a déclaré qu’une trentaine de Palestiniens, pour la plupart des civils, avaient été tués au cours des quatre derniers jours lors d’attaques visant des habitations, des tentes de réfugiés et des quartiers résidentiels.
Selon le ministère, le bilan total des victimes palestiniennes depuis le lancement par Israël de sa guerre génocidaire en octobre 2023 s’élève à au moins 73 233 morts, auxquels s’ajoutent 173 707 blessés.
Par ailleurs, le journal israélien Maariv, citant des sources sécuritaires, a affirmé que l’armée israélienne et l’agence de sécurité Shin Bet avaient tué environ 3 000 personnes qu’elles accusent d’avoir pris part à l’attaque menée le 7 octobre 2023 par le Hamas contre des sites militaires israéliens et des implantations civiles dans l’enveloppe de Gaza, dont environ 300 depuis le lancement de sa dernière offensive, baptisée « Opération Rugissement du lion ».
Le journal israélien Maariv a décrit cette opération comme « une nouvelle phase de la guerre » axée sur l’intensification des assassinats ciblés, le renforcement du contrôle militaire sur le territoire et l’augmentation de la pression sur le Hamas.
« Aucun endroit sûr »
Pour de nombreux Palestiniens, ces dernières violences ont renforcé la conviction qu’aucun endroit à Gaza n’échappe désormais aux frappes israéliennes.
Dans le camp de réfugiés d’al-Zawayda, au centre de Gaza, Jamil Abu Shawarib se souvient encore avoir été témoin, lundi soir, d’une frappe israélienne contre un véhicule civil circulant sur la route côtière.
« Je n’étais qu’à quelques dizaines de mètres lorsque le premier missile a touché la voiture », a-t-il déclaré à The New Arab. « Quelques secondes plus tard, un autre missile a frappé le même véhicule. C’était une voiture civile. Il n’y avait ni affrontements, ni combattants, seulement une énorme explosion qui a projeté des éclats d’obus dans toutes les directions. »
Il a ajouté que les avions israéliens tiraient de plus en plus souvent plusieurs missiles sur une même cible, amplifiant ainsi les dégâts.
« Parfois, nous entendons trois ou quatre explosions successives. La puissance des missiles endommage les habitations et les tentes des déplacés situées à proximité, même si elles ne sont pas directement visées. Les gens ne savent plus où trouver refuge », a-t-il ajouté.
Abu Shawarib a déclaré que les habitants vivaient dans la peur constante, car les marchés, les routes et les zones entourant les camps de déplacés continuaient d’être bombardés.
« Chaque fois que nous pensons qu’un endroit est devenu plus sûr, les bombardements reprennent », a-t-il poursuivi.
À Gaza, Mahmoud al-Sawaf a également été témoin d’une frappe israélienne sur la zone industrielle de la ville.
« On aurait dit un tremblement de terre […] En quelques secondes, tout le quartier a disparu sous la fumée et la poussière. Les gens couraient dans tous les sens, car personne ne savait même où la frappe avait touché », a-t-il déclaré à TNA.
Il a expliqué que les frappes successives retardaient souvent les opérations de secours. « Les avions ne s’arrêtent plus après un seul missile. D’autres explosions s’ensuivent, augmentant le nombre de victimes et rendant plus difficile l’accès des ambulances aux blessés. Chaque journée commence et se termine au son des avions de combat. »
Un exil sans fin
À al-Shujaiya, à l’est de la ville de Gaza, Hamada Ahmed, père de trois enfants, s’est réveillé mardi matin face à un spectacle qui l’a rempli de crainte. Devant chez lui, il a trouvé des parpaings jaunes posés par l’armée israélienne, un signe que les habitants de l’est de Gaza ont appris à reconnaître comme un ordre d’évacuation et de déplacement vers l’ouest.
« Je suis sorti et j’ai trouvé les blocs de béton jaunes devant ma maison. Le message était clair : nous devons partir. J’ai trois enfants, et je ne sais pas où nous sommes censés aller. Il ne reste plus aucun endroit sûr pour nous », a-t-il déclaré à TNA.
Ahmed a expliqué que sa famille avait été déplacée à plusieurs reprises depuis le début de la guerre, mais que leurs options étaient de plus en plus limitées à mesure que les zones d’évacuation continuaient de s’étendre.
« Chaque fois qu’ils nous disent de nous diriger vers l’ouest, les bombardements nous y poursuivent », a-t-il déclaré. « Nous n’avons plus d’autre maison, ni de tente, ni de proches pouvant nous accueillir. J’ai l’impression que les gens sont poussés, petit à petit, vers une seule et même zone. »
« L’intensification de la campagne militaire fait écho aux propositions israéliennes discutées ces derniers mois concernant la redistribution de la population de Gaza », a déclaré à TNA Aahed Ferwana, un analyste politique basé à Gaza.
« Israël réduit les zones où les Palestiniens peuvent vivre par des bombardements continus et des ordres d’évacuation, concentrant progressivement les civils dans des zones sous contrôle militaire israélien », a-t-il expliqué. « Cela crée une nouvelle réalité qui pourrait plus tard se traduire par des arrangements politiques. »
Ferwana a également souligné un changement dans le discours officiel israélien. Au lieu de parler de « migration volontaire » – une terminologie qui avait suscité de nombreuses critiques au niveau international –, les responsables ont de plus en plus recours à des expressions telles que « liberté de circulation » ou « libre passage » pour désigner les habitants de Gaza.
Les médias israéliens, notamment Channel 13, ont rapporté que les ministres avaient reçu pour consigne d’éviter d’utiliser le terme « migration volontaire » alors que les discussions se poursuivaient au sein du Conseil de sécurité nationale israélien sur les moyens de faciliter le départ des Palestiniens de Gaza.
« Changer la formulation ne change pas la politique », a déclaré Ferwana. « L’objectif reste de créer des conditions rendant la vie impossible, ne laissant que le départ comme seule option réaliste. »
Négociations de cessez-le-feu dans l’impasse
Akram Atallah, un autre analyste politique palestinien, estime que la recrudescence des violences militaires de la part d’Israël coïncide avec une phase critique des négociations indirectes entre le Hamas et Israël, qui n’ont jusqu’à présent pas abouti à une percée.
« Israël utilise la pression militaire pour maximiser ses gains politiques et sécuritaires », a-t-il déclaré à TNA. « Il veut imposer de nouveaux arrangements à l’intérieur de Gaza avant qu’un accord ne soit conclu. »
Selon M. Atallah, l’un des principaux obstacles reste l’insistance d’Israël pour que le Hamas rende ses armes ou démantèle ses capacités militaires, une exigence que le mouvement a rejetée à plusieurs reprises.
« La poursuite des opérations militaires, conjuguée à l’extension des zones d’évacuation, reflète une tentative d’imposer une réalité sur le terrain qui renforcera la position d’Israël dans tout accord futur », a-t-il déclaré.
Cette nouvelle recrudescence de la violence intervient alors que les responsables israéliens continuent de discuter de plans visant à déplacer un grand nombre de Palestiniens vers des zones placées sous contrôle militaire israélien, tout en promouvant des propositions qui encourageraient les Gazaouis à quitter le territoire.
En fin de compte, pour la population civile de Gaza, l’intensification des bombardements israéliens s’est traduite par des déplacements répétés, un nombre croissant de victimes et un sentiment de sécurité qui ne cesse de s’amenuiser.
Traduction : AFPS




