Photo : Des colons israéliens attaquent le village de Beitillu à l’ouest de Ramallah et incendient des véhicules civils palestiniens le 26 juillet 2026. Crédit : Eye on Palestine.
Dans la matinée du 24 juillet, plus de 20 colons israéliens de la colonie illégale de Havat Gilad ont attaqué des habitations palestiniennes à la périphérie est de Tal, au sud-ouest de Naplouse, en Cisjordanie occupée.
Les habitants les ont d’abord repoussés, mais les colons sont revenus peu après, accompagnés de soldats israéliens. Des vidéos semblent montrer un Palestinien s’emparant du fusil d’un colon et l’abattant avant que les soldats ne l’abattent à leur tour ; d’autres vidéos révèlent que les Israéliens ont continué à tirer.
Quatre Palestiniens de la famille Ramadan ont été tués lors des violences qui ont suivi. Un colon et un soldat israélien ont également trouvé la mort.
Tous les jours depuis, les représailles menées tant par les forces israéliennes que par les colons ont été massives, la Cisjordanie occupée faisant face à des attaques armées, des raids, des démolitions, des barrages routiers et des incendies criminels.
La séquence est familière : des colons pénètrent dans un village palestinien, la violence suit, puis les opérations militaires israéliennes s’étendent rapidement. Mais alors que la coalition d’extrême droite du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu entame ses derniers mois au pouvoir avant les élections, les violences de cette semaine ont dépassé de loin le niveau habituel déjà très grave.
« Régulariser les fermes »
Quelques heures après les meurtres commis à Tal, M. Netanyahu a ordonné une "opération militaire de grande envergure", comprenant la démolition du domicile de l’assaillant palestinien présumé, la révocation des permis de travail dans les villages qu’il a qualifiés de "foyers de terrorisme", le renforcement d’unités de l’armée et l’accélération de la "régularisation" des fermes et avant-postes de colons – qui sont illégaux même au regard de la loi israélienne.
Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a déclaré que la riposte serait "d’une main de fer", tandis que le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a affirmé que chaque village de Cisjordanie devrait subir le même sort que Beit Hanoon à Gaza (rasé après toute attaque contre des Israéliens). Dès le week-end, la radio publique israélienne a rapporté que 26 bataillons de l’armée avaient été déployés à travers la Cisjordanie occupée.
Les forces israéliennes sont revenues mener des raids nocturnes à Tal au cours des jours suivants, arrêtant entre 30 et 50 habitants et fouillant quelque 70 habitations. Cette campagne d’arrestation s’est également étendue à Jénine, Tubas, Ramallah, Hébron, Bethléem, Tulkarem et à Jérusalem-Est occupée.
L’agence de presse Wafa a rapporté qu’’à Naplouse, à environ 5 km de Tal, les forces israéliennes ont pris d’assaut l’hôpital, menottant médecins et infirmières avant de placer en détention un patient blessé par balle lors de l’attaque de Tal.
Quatre nouveaux avant-postes de colonisation israéliens sont apparus du jour au lendemain à proximité de Tal et des villages voisins de Awarta, Qusra et Jabal Ubayd, selon la radio publique israélienne et le militant Murad Samara.
Ils viennent s’ajouter dans les comptes de la Commission de résistance au mur et aux colonies, qui fait état de 42 nouveaux avant-postes illégaux construits à travers la Cisjordanie occupée au cours du premier semestre 2026, la plupart à vocation agricole, concentrés dans les gouvernorats d’Hébron, de Ramallah et de Naplouse.
Un week-end marqué par des incendies criminels, des barrages routiers et des mosquées incendiées
Les meurtres commis à Tal ont été l’étincelle d’une vague de violence de la part des colons qui, depuis lors, a ravagé de nombreux villages à travers la Cisjordanie. La radio de l’armée israélienne a recensé 30 attaques distinctes perpétrées par des colons sur l’ensemble du territoire au cours du week-end. Le journal Haaretz a rapporté que des personnalités influentes parmi les colons avaient ignoré les appels lancés par des officiers de l’armée pour apaiser la situation.
À Sarra, au sud-ouest de Naplouse, des colons ont incendié six habitations palestiniennes et cinq véhicules, et ont passé à tabac trois villageois, a déclaré le maire Numan Abdullah. Lorsque les colons ont tenté de prendre d’assaut le village une nouvelle fois samedi, les forces israéliennes les ont accompagnés pour les protéger et ont tiré des gaz lacrymogènes, provoquant des problèmes respiratoires chez des Palestiniens et des journalistes.
À Farata, à l’est de Qalqilya, des colons ont incendié un atelier de menuiserie, deux habitations et des terres agricoles, blessant cinq Palestiniens par tirs d’armes, jets de pierres et éclats d’obus. Ils ont vidé le réservoir d’eau d’un camion de la défense civile intervenant sur les lieux de l’incendie, selon le Croissant-Rouge palestinien.
Dimanche, avant l’aube, des colons ont incendié deux mosquées lors d’attaques dites de "prix affiché" (attaques de représailles menées par des colons et des nationalistes israéliens contre des Palestiniens). L’une d’elles était la mosquée al-Rahma, en cours de construction à Qusra, où des graffitis en hébreu disant "vengeance pour Benayahu" – le colon israélien tué à Tal – ont été tagués sur les murs, a déclaré le maire de Qusra, Abdul Azim Wadi. La seconde était une mosquée du village de Kour, près de Tulkarem, qui a été vandalisée avec des slogans racistes, selon le ministère palestinien des Awqaf.
Une petite fille palestinienne âgée de moins de deux mois a survécu à un incendie criminel perpétré contre sa maison familiale à Urif, uniquement parce que son grand-père l’a sortie de son berceau alors que plus de 150 colons mettaient le feu à la maison, ont déclaré des proches de la famille à Gaza Now.
Tôt dans la matinée du 27 juillet, une femme enceinte de six mois a perdu son enfant à Awarta après avoir été empêchée de franchir un portail fermé par des soldats, qui l’ont fouillée alors qu’elle souffrait d’une hémorragie grave.
Les forces israéliennes ont également bloqué des routes dans le nord de la Cisjordanie, fermant les accès à Sinjil, installant un poste de contrôle à Nabi Saleh et fermant à plusieurs reprises des barrières autour de Jérusalem, tandis que des colons mettaient en place des barrages routiers mobiles près de Naplouse et de Ramallah, selon l’agence Wafa et des militants locaux.
À Naplouse, Ameed Ahmad, directeur du Centre d’urgence et d’ambulances de la ville, a déclaré à Wafa que le durcissement des restrictions aux postes de contrôle retardait les transferts en ambulance vers les hôpitaux, notamment pour les patients sous dialyse rénale. Il en résulte une Cisjordanie de fait assiégée, les villes et villages palestiniens étant de plus en plus coupés les uns des autres.
Ces violences se sont accompagnées d’ordonnances d’expropriation. Les autorités israéliennes ont émis cette semaine de nouvelles ordonnances visant à déraciner des oliviers et à saisir des terres à Jaba, Ajjah et al-Yamoun, dans le gouvernorat de Jénine, ainsi que d’autres terres à Tubas, a rapporté Wafa.
Le nombre de morts liées aux attaques de colons en 2026 – qui étaient de 18 au 20 juillet, selon l’agence humanitaire de l’ONU, l’OCHA – avait déjà dépassé le total de l’année 2025 avant que les quatre meurtres de Tal ne viennent s’ajouter au décompte, ainsi que le meurtre, le 23 juillet, de deux Palestiniens à Beit Furik, à l’est de Naplouse, qui tentaient d’éteindre des incendies allumés par des colons sur des terres agricoles palestiniennes.
Le bilan des victimes à Gaza depuis le "cessez-le-feu" dépasse les 1 200
À Gaza, le décompte établi par le ministère de la Santé du nombre de Palestiniens tués depuis le "cessez-le-feu" d’octobre 2025 a atteint 1 203 le 27 juillet.
Les victimes de cette semaine ont été tuées dans des lieux régulièrement pris pour cible depuis l’entrée en vigueur du "cessez-le-feu" :
– Une frappe de drone a tué deux Palestiniens à l’extérieur de l’hôpital Yemen Al-Saeed à Jabalia, ont indiqué des sources médicales à Wafa.
– D’autres frappes ont détruit des habitations à Zeitoun et dans le quartier de Yarmouk à Gaza, et ont touché un immeuble résidentiel dans le camp de Maghazi, ont rapporté Wafa et Gaza Now.
– Le général de brigade Abdul-Nasser al-Maqadma, décrit par le ministère de l’Intérieur de Gaza comme le "gouverneur du nord de Gaza" et chef de ses forces de police, a été tué lors d’une frappe de drone à Cheikh Radwan. Israël a affirmé qu’il était membre de la branche militaire du Hamas.
– Un drone a tué Khaled al-Breem à Khan Younis alors qu’il allait acheter des friandises pour fêter ses résultats au baccalauréat avec des proches venus lui rendre visite, selon Quds News Network et Wafa.
– Deux personnes ont été tuées lors d’une autre frappe visant le domicile de la famille Abu al-Rish à Khan Younis le même jour.
– Le 26 juillet, un drone a tiré trois missiles sur un 4x4 près de Deir el-Balah, tuant deux responsables de la sécurité du Hamas.
La "ligne jaune" israélienne, qui délimite la zone contrôlée directement par Israël à Gaza, a également continué à s’étendre au-delà des lignes convenues dans le "cessez-le-feu" d’octobre 2025.
Avant l’aube du 25 juillet, l’armée israélienne a installé de nouveaux blocs de béton dans la zone d’Abu al-Ajeen, à l’est de Deir el-Balah, forçant davantage de familles à fuir, ont indiqué des sources locales à Wafa et Gaza Now.
Deux jours plus tard, la "ligne jaune" a de nouveau été déplacée sur la rue Salah al-Din, en direction du carrefour de Sanfour, à l’est de la ville de Gaza, selon l’activiste gazaouite Hamza al-Masri.
Des images satellites analysées par l’agence de presse Associated Press ont montré qu’Israël construisait une barrière de terre s’étendant sur environ 23 km (14 miles) à travers la bande de Gaza – soit plus de la moitié de la longueur de l’enclave – divisant Gaza en deux. Le Conseil de paix et le Commandement central, dirigés par les États-Unis, qui supervisent le "cessez-le-feu" n’ont pas fait de commentaires, a indiqué l’AP.
La situation humanitaire à Gaza a également continué de se détériorer. Le Programme alimentaire mondial, qui vient en aide aux 70 % de la population de Gaza dépendant de l’aide alimentaire, a averti qu’il serait contraint de procéder à des coupes encore plus importantes sans un financement d’urgence.
L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’UNICEF ont quant à elles indiqué que 67 % de la population, soit 1,4 million de personnes, se trouvait toujours confrontée à une situation critique de pénurie alimentaire.
L’OCHA a indiqué qu’il y avait eu près de 4 000 fausses couches au cours du premier semestre 2026, soit plus du triple du nombre enregistré au second semestre de l’année dernière, avec un taux de complications maternelles graves de 82 pour 1 000 accouchements, et 57 % des femmes enceintes souffrant d’anémie.
La fermeture en mai du point de passage de Zikim, principal point d’entrée vers le nord de Gaza, a réduit d’environ un tiers le nombre hebdomadaire de camions d’aide humanitaire entrant dans la bande de Gaza.
Par ailleurs, le gouvernement israélien a approuvé l’entrée à Gaza d’une Force internationale de stabilisation (FIS) à la suite d’appels diplomatiques visant à accélérer son déploiement.
La FIS opérera "en totale coordination" avec l’armée israélienne dans les zones qui ne sont pas sous contrôle israélien, a déclaré un responsable israélien, selon le Times of Israel.
Aucun calendrier n’a toutefois été fixé pour l’entrée de la FIS, qui sera composée d’environ 200 personnes issues de "pays amis tels que l’Ouganda et le Maroc" selon l’agence de presse Reuters.
Traduction : AFPS




