Photo : Les forces israéliennes rasent tout un pâté de maisons dans le quartier d’Al-Sabra dans le sud de la ville de Gaza le 23 août 2025. Crédit : Eye on Palestine.
L’armée israélienne s’enfonce davantage dans la ville de Gaza, détruisant des quartiers entiers et laissant les familles palestiniennes sans aucun endroit sûr où aller, alors qu’elle cherche à s’emparer du plus grand centre urbain de la bande de Gaza, tandis qu’une famine provoquée par Israël s’abat sur l’enclave assiégée.
Une attaque contre un marché populaire à l’est de la ville de Gaza mardi a tué au moins cinq Palestiniens et en a blessé beaucoup d’autres. Des sources à l’hôpital al-Ahli Arab ont déclaré à Al Jazeera que deux femmes figuraient parmi les personnes tuées.
Des vidéos vérifiées par Al Jazeera ont montré des Palestiniens fuyant la région d’as-Saftawi, au nord de la ville de Gaza, alors qu’Israël tente de forcer près d’un million d’habitants à se diriger vers le sud, vers des zones de concentration.
Les images montrent de longues files d’hommes, de femmes et d’enfants avançant dans des rues poussiéreuses et ravagées, beaucoup d’entre eux portant des sacs, des couvertures et des matelas. Certains poussaient des charrettes chargées de leurs biens, tandis que d’autres tenaient leurs enfants par la main alors qu’ils se déplaçaient à pied vers l’ouest.
Selon les estimations de la défense civile palestinienne, Israël a complètement détruit plus de 1 000 bâtiments dans les quartiers de Zeitoun et Sabra à Gaza depuis le début de son offensive soutenue sur la ville le 6 août.
Sara Awad, écrivaine et habitante de Gaza, a déclaré que les familles palestiniennes devaient choisir entre braver les bombardements intensifs d’Israël chez elles ou être à nouveau déplacées.
"Je me demande sans cesse pourquoi je dois fuir et vivre dans une tente, alors que ma maison est ici" a déclaré Awad. Chaque jour, elle voit de plus en plus de familles palestiniennes emballer leurs affaires alors qu’elles n’ont nulle part où aller.
"Cela n’a aucun sens de quitter ma maison alors qu’ils ne nous traitent pas comme des êtres humains", a-t-elle déclaré. Pourtant, elle a ajouté qu’elle pensait que les Palestiniens "vivaient leurs derniers jours à Gaza".
Au moins 64 Palestiniens ont été tués dans des attaques israéliennes à travers Gaza depuis l’aube, ont déclaré des sources hospitalières à Al Jazeera, dont 13 personnes qui ont été tuées alors qu’elles cherchaient désespérément de l’aide.
Depuis que le GHF, soutenu par les États-Unis et Israël, a pris en charge les opérations d’aide à la fin du mois de mai, plus de 2 100 Palestiniens ont été tués alors qu’ils cherchaient l’aide, selon le ministère de la Santé de Gaza.
Le bureau humanitaire des Nations unies (OCHA) a mis en garde dans son dernier rapport contre l’aggravation de la famine, l’augmentation du nombre de victimes et l’effondrement des services dans toute la bande de Gaza. Le ministère de la Santé de Gaza a déclaré que trois nouveaux décès liés à la famine avaient été enregistrés au cours des dernières 24 heures, portant à 303 le nombre total de personnes mortes de faim depuis le 7 octobre 2023, dont 117 enfants.
Mustafa Barghouti, secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, a déclaré à Al Jazeera qu’Israël cherchait "à éliminer et à anéantir le peuple palestinien en procédant non seulement à un génocide, mais aussi à un nettoyage ethnique".
Il a affirmé que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu cherchait à "redessiner la carte" du Moyen-Orient et à créer "une hégémonie économique, politique [et] intellectuelle sur l’ensemble du Moyen-Orient".
Les condamnations se poursuivent après l’attaque contre l’hôpital Nasser
Des experts juridiques ont demandé qu’une enquête soit menée sur "la double attaque" menée lundi par Israël contre l’hôpital Nasser de Gaza, qui a fait au moins 21 morts, dont cinq journalistes. Les attaques dites "doubles attaques" consistent à frapper une cible, puis à attendre l’arrivée des secours et des journalistes sur les lieux avant de la bombarder une seconde fois.
Dans une déclaration publiée uniquement en anglais, M. Netanyahu a déclaré qu’Israël regrettait profondément ce qu’il a qualifié d"accident tragique », sans expliquer comment Israël avait pu frapper le même hôpital non pas une, mais deux fois, apparemment par erreur.
L’avocat spécialisé dans les droits de l’homme Geoffrey Nice a déclaré que la reconnaissance de l’erreur par Israël était "très intéressante".
"[Cela] signifie qu’ils devraient désormais non seulement faire l’objet d’une enquête, mais d’une enquête menée avec une férocité absolue, afin de produire tous les documents qui expliqueraient ce qu’ils avaient l’intention de faire et comment les choses ont mal tourné" a déclaré M. Nice à Al Jazeera.
"S’ils ne peuvent justifier une erreur en termes de [frappe d’une] cible appropriée avec un niveau évalué de dommages collatéraux, alors ils ont commis un crime de guerre."
Abd Raouf Shaat, photojournaliste et vidéaste travaillant à Gaza, a exprimé sa tristesse face à l’attaque contre les professionnels des médias palestiniens et sa résolution à poursuivre son travail.
"Chaque jour, nous faisons nos adieux à un journaliste", a-t-il déclaré à Al Jazeera. "Mais nous poursuivrons leur travail et leur message."
Plusieurs personnes blessées lors de l’attaque sont actuellement soignées pour des blessures graves.
Les organisations de défense des droits humains ont accusé l’armée israélienne d’avoir commis des crimes de guerre en bombardant Gaza sans discernement. Des informations provenant des services de renseignement israéliens ont révélé que 83 % des personnes tuées depuis le début de la guerre menée par Israël contre l’enclave étaient des civils, ce qui représente l’un des bilans les plus lourds en termes de victimes civiles dans les conflits modernes.
Plusieurs des journalistes tués dans le bombardement de l’hôpital Nasser travaillaient pour les agences de presse internationales Reuters et Associated Press. L’un d’entre eux, Mohammad Salama, travaillait pour Al Jazeera.
Selon un décompte d’Al Jazeera, Israël a tué plus de 270 journalistes et professionnels des médias à Gaza depuis le début de la guerre en octobre 2023.
Dans ses conclusions préliminaires publiées mardi, l’armée israélienne a affirmé qu’une enquête sur l’incident suggérait que la cible était une caméra placée dans la zone par le Hamas pour surveiller les troupes israéliennes.
"À la lumière de cela, les forces armées ont agi pour détruire la caméra", a déclaré l’armée. Israël justifie régulièrement ses attaques meurtrières dans la bande de Gaza en affirmant qu’elles visaient le Hamas.
Le Hamas a qualifié cette accusation de "sans fondement" et a déclaré qu’Israël ne disposait d’aucune preuve. Il a ajouté que cette affirmation "visait uniquement à échapper à la responsabilité juridique et morale d’un véritable massacre".
Israël a attaqué des hôpitaux à de multiples reprises au cours de près de deux ans de guerre génocidaire contre Gaza, affirmant que le Hamas s’était installé dans et autour de ces établissements, sans fournir aucune preuve vérifiable.
Traduction : AFPS