L’Administration civile israélienne a émis un arrêté d’expropriation (« acquisition à des fins d’utilité publique ») concernant le site archéologique d’Hérodion et ses environs, pour une superficie totale de 300 dunams (arrêté d’expropriation H/03/26). Hérodion est situé à l’est de Bethléem, à proximité des villages palestiniens de Furadis, Za’atara, Jubet al-Dihab et d’autres. L’expropriation concerne la colline sur laquelle se trouve l’Hérodion, les zones de fouilles au pied du site et les terres environnantes, y compris des propriétés agricoles privées.
Ces derniers mois, l’Administration civile a commencé à exproprier des terres sur des sites archéologiques à travers la Cisjordanie. Le 11 février 2026, 2 068 dunams ont été expropriés pour le site archéologique de Sébaste, y compris les terres agricoles environnantes. En mai 2026, 110 dunams supplémentaires ont été expropriés sur le site archéologique et le sanctuaire religieux de Nabi Samuel.
Peace Now : « Le gouvernement tente d’exploiter chaque instant avant les élections pour créer de nouveaux faits accomplis sur le terrain qui favoriseront l’annexion totale de la Cisjordanie. Les sites touristiques et archéologiques constituent une autre forme de colonisation. Leur objectif n’est pas seulement de s’emparer de vastes étendues de terre, mais aussi de façonner la conscience publique, de marginaliser le lien des Palestiniens à la terre et de transformer ce pays en une terre exclusivement réservée aux Juifs, tant sur le plan physique qu’en termes de patrimoine. Cette politique nous condamne à de nombreuses années supplémentaires d’un conflit douloureux et sanglant qui ne peut être résolu que par un compromis sur cette terre, qui est précieuse tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens. »
La prise de contrôle du site d’Hérodion
En mars 2024, l’Administration civile a déclaré 170 dunams situés au sein du site d’Hérodion comme appartenant à l’État. Le nouvel arrêté d’expropriation couvre cette zone, ainsi que 130 dunams supplémentaires, principalement dans la partie basse d’Hérodion, où se trouve le grand bassin inférieur datant de l’époque hérodienne.
En janvier dernier, le ministre du Patrimoine, Amichai Eliyahu, a annoncé un plan de réhabilitation du bassin inférieur d’Hérodion afin qu’il puisse à nouveau stocker de l’eau. À la suite de cette annonce, d’importants travaux d’aménagement et de conservation ont été menés au cours des derniers mois et sont désormais achevés. L’expropriation semble avoir pour but de faciliter les plans d’aménagement présentés par le ministre Eliyahu, notamment la création d’un nouveau centre d’accueil des visiteurs.
Israël a déclaré l’Hérodion parc national en 1985. Le site est identifié comme un palais et une forteresse construits par le roi Hérode au Ier siècle avant notre ère. Au pied de la colline, dans la zone connue sous le nom de « Bas-Hérodion », les archéologues ont mis au jour un grand bassin mesurant environ 70 mètres sur 46, entouré de colonnades et de jardins. Au cours de la première révolte juive contre Rome (66-70 de notre ère), des groupes de rebelles juifs se sont retranchés sur le site. Au IIe siècle de notre ère, l’Hérodion a servi pendant un certain temps de base aux combattants de la révolte de Bar Kokhba (132-135 de notre ère). Entre le Ve et le VIIe siècle, le site a fait office de monastère avant d’être finalement abandonné.
En 2007, l’Université hébraïque de Jérusalem a annoncé la découverte de ce qui a été identifié comme le tombeau d’Hérode sur le site. Au cours des années qui ont suivi, le gouvernement israélien a investi des dizaines de millions de shekels dans son aménagement.
Conséquences de l’expropriation
Le cadre juridique régissant les territoires occupés autorise les autorités à exproprier des terrains privés à des fins d’utilité publique, moyennant une indemnisation des propriétaires fonciers. En vertu du droit international, ainsi que des décisions de la Cour suprême israélienne, il est interdit à Israël d’exproprier des terres à des fins de colonisation ou exclusivement au profit des citoyens israéliens. Par conséquent, pour que l’expropriation soit considérée comme légale, l’État fera probablement valoir que le site est destiné à servir à la fois les populations palestiniennes et israéliennes, malgré le fait évident que sa justification et son objectif premiers sont liés à l’expansion des colonies et au contrôle israélien.
L’expérience passée montre que les propriétaires fonciers palestiniens demandent rarement une indemnisation pour les terres expropriées, car ils refusent généralement de reconnaître le pouvoir d’Israël de confisquer leurs biens. De leur point de vue, accepter une indemnisation revient à consentir à la vente de la terre. Cela a permis à Israël, au fil des ans, d’exproprier des dizaines de milliers de dunams, principalement pour des projets d’infrastructures routières, tout en ne versant pratiquement aucune indemnisation.
Traduction : AFPS
Photo : Le bassin inférieur de l’Hérodium © Peace Now




