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Accueil > Informations > Actualités > Gaza ne parvient pas à se remettre de la famine et la malnutrition aiguë grimpe en flèche dans toute la bande de Gaza, selon un nouveau rapport
Actualités
samedi 29 août 2026
Mondoweiss par Tareq S. Hajjaj

Gaza ne parvient pas à se remettre de la famine et la malnutrition aiguë grimpe en flèche dans toute la bande de Gaza, selon un nouveau rapport

Les restrictions israéliennes sur l’entrée de denrées alimentaires freinent la fin de la famine à Gaza tandis que les cas de malnutrition augmentent, selon un rapport de l’IPC. Hashem Abu Mustafa, âgé de deux ans, né affamé dans une tente à Rafah, pourrait déjà être impossible à sauver.

Photo : Hashem Abu Mustafa, 2 ans, chez qui une malnutrition aiguë sévère a été diagnostiquée au Complexe médical Nasser de Khan Younis, le 23 août 2026. Crédit : Muhammad Eslayeh - Mondoweiss.

Le 23 août, Hashem Abu Mustafa, âgé de deux ans et demi, a quitté le Complexe médical Nasser de Khan Younis après avoir reçu un diagnostic de malnutrition aiguë sévère. Mais sa sortie de l’hôpital ne signifiait pas qu’il était guéri. Les causes sous-jacentes de son état restent floues, car il a besoin de plusieurs examens, notamment une IRM et une hémoculture, pour lesquels l’équipement et les ressources nécessaires ne sont pas disponibles dans la bande de Gaza.

La mère d’Hashem, Suha Abu Mustafa, 34 ans, explique qu’il souffre désormais d’une quadriparésie, complication de la malnutrition, qui l’empêche de bouger le moindre de ses membres. Il présente également de graves difficultés à avaler. Bien qu’il ait besoin d’aliments spécialement préparés et réduits en purée, un seul repas peut lui prendre entre deux et trois heures en raison de ses difficultés à avaler, aggravées par l’accumulation de problèmes de santé. C’est un temps que son corps frêle peut à peine supporter.

Hasshem est né dans une tente à Rafah, alors que sa mère souffrait elle-même de la faim, et 11 mois après la mise en place d’un cessez-le-feu négocié par les États-Unis, dans le cadre duquel Israël s’était engagé à faciliter l’accès à la nourriture et aux produits humanitaires de première nécessité pour la population de Gaza.

« Même ma grossesse a été très difficile pour moi » a déclaré Abu Mustafa. « Je mangeais rarement des protéines ou un repas équilibré. Nous dépendions exclusivement des conserves. Quand Hashem est né, dès le premier instant, j’ai compris que ma faim se reflétait en lui. Il était si faible et si maigre, pesant moins de deux kilogrammes. »

L’insécurité alimentaire aiguë reste très répandue dans toute la bande de Gaza malgré les récentes améliorations apportées par le cessez-le-feu d’octobre 2025, selon un rapport publié le 13 août par l’Integrated Food Security Phase Classification (IPC), la plus haute instance mondiale de surveillance de la famine.

Entre le 16 avril et le 30 juin 2026, plus de 1,2 million de personnes - soit 59 % de la population de Gaza - ont été confrontées à une situation de "crise" ou pire (phase 3 de l’IPC ou supérieure), dont 212 000 en situation d’"urgence" (phase 4 de l’IPC).

Selon l’organisation, la situation devrait s’aggraver entre juillet et décembre 2026, plus de 1,4 million de personnes, soit 67 % de la population, devant faire face à une situation de "crise" ou pire encore. « En l’absence d’aide humanitaire en matière de sécurité alimentaire, 1,9 million de personnes, soit 90 % de la population de Gaza, seraient confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë jusqu’en décembre 2026 » indique le rapport.

L’IPC utilise cinq phases pour mesurer la gravité de l’insécurité alimentaire aiguë, allant de la phase 1, où les ménages ne sont pas ou très peu touchés par l’insécurité alimentaire aiguë, à la phase 5, qui correspond à une catastrophe au niveau des ménages et à une famine au niveau de la population.

En 2024, l’ensemble de Gaza avait été classé en phase 4, mais 133 000 personnes dans la bande de Gaza avaient atteint la phase 5, celle de la famine. Puis, en mai 2025, plus d’un demi-million de personnes se trouvaient en phase 5, ce que l’IPC a confirmé dans une annonce historique d’août 2025 déclarant officiellement l’état de famine dans le gouvernorat de Gaza.

La dernière analyse de l’IPC fait état d’une amélioration relative suite au cessez-le-feu et à l’intensification de l’aide humanitaire : aucun gouvernorat de la bande de Gaza n’est actuellement classé en situation de famine, bien que plus de 1,2 million de personnes se trouvent toujours en phase 3 ou dans une situation plus grave, ce chiffre devant atteindre plus de 1,4 million au cours du second semestre 2026.

Le rapport de l’IPC prévoit qu’environ 74 200 enfants âgés de 6 à 59 mois auront besoin d’un traitement contre la malnutrition aiguë d’ici avril 2027, dont plus de 11 400 devraient souffrir de malnutrition aiguë sévère.

On estime également que 24 600 femmes enceintes et allaitantes devraient souffrir de malnutrition aiguë au cours de la même période.

La vue depuis les hôpitaux de Gaza

Dans les hôpitaux de Gaza, les cas de malnutrition continuent d’affluer sans interruption. Le 11 juillet, 90 cas de malnutrition ont été admis dans les hôpitaux de la bande de Gaza. Parmi eux, 15 ont été classés comme souffrant de malnutrition aiguë sévère, 22 de malnutrition aiguë modérée et cinq concernaient des enfants présentant un retard de croissance.

« La malnutrition reste une préoccupation majeure pour le secteur de la santé à Gaza » a déclaré à Mondoweiss le Dr Ahmad al-Farra, chef du service de pédiatrie du Complexe médical Nasser à Khan Younis. « La malnutrition dans la bande de Gaza a atteint des niveaux dangereux - ce que l’on peut qualifier de chiffres alarmants, selon la classification des Nations unies. »

Les décès dus à la malnutrition ont atteint près de 500 cas, dont environ 160 enfants, a précisé M. al-Farra. En 2023, le nombre de décès s’élevait à 4 000, avant de chuter à 49 en 2024, puis de remonter à 408 en 2025. En 2026, le nombre de décès s’élève à ce jour à environ sept, un chiffre qui ne reflète pas une reprise, mais l’amélioration relative des flux d’aide depuis le cessez-le-feu.

Al-Farra affirme que les chiffres dont il dispose reflètent une situation de détresse généralisée au sein de la population. « Si l’on examine la situation actuelle dans la bande de Gaza, on constate qu’environ 198 000 personnes ont atteint le stade 3 de la malnutrition, 1,14 million de personnes le stade 4 et 640 000 personnes le stade 5, qui est le stade le plus dangereux de la malnutrition » a déclaré Al-Farra.

L’aggravation de la crise de l’eau à Gaza vient aggraver le problème. La quantité d’eau disponible par personne est à peine de trois litres par jour, précise M. al-Farra, ce qui doit couvrir l’hygiène personnelle, la consommation et la préparation des repas. La norme mondiale est de 100 litres par personne et par jour, tandis que le seuil minimum fixé par l’Organisation mondiale de la Santé est de 15 litres. Les pénuries d’eau et la contamination, associées au mélange des eaux usées avec les sources d’eau potable, ont contribué à l’augmentation des cas de malnutrition en faisant grimper l’incidence des diarrhées et des vomissements.

Les pénuries de lait infantile, qui, selon M. al-Farra, ont été délibérément restreintes par Israël depuis le début de la guerre, ont entraîné de graves complications chez les nourrissons. En l’absence de lait infantile, certaines familles se sont tournées vers le lait de vache comme alternative, ce qui a provoqué des diarrhées, des ballonnements abdominaux et de graves réactions d’intolérance.

Al-Farra souligne également la détérioration de la qualité des aliments riches en protéines qui entrent à Gaza. Bon nombre de ces produits ont perdu leur valeur nutritionnelle car ils ont été congelés, décongelés, puis recongelés à plusieurs reprises. « Cela est devenu une préoccupation majeure pour les habitants en raison du risque d’intoxication alimentaire » a ajouté Al-Farra.

Al-Farra signale également une augmentation notable des naissances prématurées et des bébés présentant une insuffisance pondérale à la naissance. Ces enfants, explique-t-il, sont particulièrement vulnérables à la malnutrition dès le tout début de leur vie.

Les conséquences peuvent devenir particulièrement graves lorsque la malnutrition persiste au-delà de quatre semaines. Parmi les effets secondaires, on observe un arrêt de la croissance dû à des perturbations hormonales, des carences en hormones sexuelles et un retard de la puberté, un affaiblissement de la fonction thyroïdienne et une petite taille. On s’attend à une augmentation des cas de petite taille à Gaza.

« Le plus dangereux, ce sont les troubles du développement neurologique » a déclaré Al-Farra. « Ces enfants auront d’énormes difficultés à interagir avec leur environnement, à résoudre des problèmes mathématiques, à se souvenir des choses, à faire leurs devoirs et à mémoriser leurs leçons. »

À l’échelle mondiale, dans la plupart des cas de malnutrition durant plus de quatre semaines, les IRM montrent « des altérations du cerveau des enfants, affectant le cortex cérébral et la substance blanche ».

Abu Mustafa, la mère de Hashem, avait passé des mois à essayer de se procurer de la nourriture convenable pour elle-même et son fils. Toutes ses tentatives, dit-elle, ont été vaines.

Pour Hashem, la porte s’est déjà refermée sur une grande partie de ce dont il aurait dû bénéficier.

« Hashem est mon premier enfant, et depuis sa naissance, il souffre de la faim » a déclaré Abu Mustafa. « Aujourd’hui, je le vois mourir et je ne peux rien faire pour l’aider. Parfois, je réfléchis longuement lorsque l’idée d’avoir un deuxième enfant me traverse l’esprit, et je me demande : est-ce que je veux mettre au monde un autre enfant qui souffrira et mourra ? »

Traduction : AFPS

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Mots clés

  • Gaza

Source

Publié par : Mondoweiss

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