Des familles bédouines palestiniennes du village de Ras Ein Al-Auja, au nord de la vallée du Jourdain, ont commencé à démonter leurs habitations et à quitter la zone de manière forcée, dans un contexte d’escalade des attaques des colons et de harcèlement quotidien, en l’absence de toute protection pour les habitants.
Le village de Ras Ein Al-Auja est situé sur un passage stratégique entre les villes de Ramallah et Jéricho. Il comptait environ 700 habitants, répartis sur près de 130 familles, installées dans la région depuis des décennies.
Selon un rapport de l’agence Associated Press publié dimanche, citant des organisations de défense des droits humains, au moins 26 familles ont quitté le village ces derniers jours, tandis que d’autres se préparent à partir, dispersées dans différentes zones de la Cisjordanie.
Les habitants du village affirment, dans des témoignages filmés, que les colons mènent des attaques quasi quotidiennes, incluant l’intrusion dans les habitations, le harcèlement des familles, l’introduction de troupeaux de moutons dans les maisons et les terres, ainsi que l’interdiction du pâturage et de l’accès aux sources d’eau. Ils soulignent que toute tentative de protestation se heurte à l’intervention de l’armée israélienne et à l’arrestation de Palestiniens, au lieu de mettre fin aux agressions.
Hassan Mohammed, l’un des habitants du village, a déclaré à Associated Press que des familles entières ont été déplacées de la région et ont perdu leurs troupeaux et leurs biens, ajoutant que les habitants démontent « ce qu’ils ont de plus précieux » sans savoir où ils se rendront, après l’échec des tentatives de relogement dans d’autres zones.
De son côté, Iyad Ishaq affirme que les colons « attaquent les habitants jour et nuit et terrorisent les femmes et les enfants », signalant que l’eau est coupée du village depuis plusieurs jours et que la population vit dans un état de peur permanent.
Naif Zayed, également habitant du village, confirme que les souffrances des habitants face aux colons durent depuis environ deux ans, précisant que les incursions dans les maisons sont devenues fréquentes et que les appels des habitants à la police israélienne restent sans réponse.
Le rapport cite des organisations israéliennes de défense des droits humains, selon lesquelles l’escalade de la violence des colons a conduit au vidage de la plupart des regroupements palestiniens voisins dans la zone classée C, qui représente environ 60 % de la Cisjordanie et est soumise au contrôle militaire israélien depuis les années 1990.
Selon le rapport, les attaques se sont intensifiées après le 7 octobre 2023, avant que des colons n’installent un nouvel avant-poste de colonisation à quelques dizaines de mètres de l’une des habitations du village en décembre dernier, ce qui a accru la pression sur les habitants et les a poussés au départ.
Actuellement, les familles ayant quitté Ras Ein Al-Auja se sont réparties entre des villages proches de Jéricho et d’autres près d’Hébron. Certains habitants ont été contraints de vendre leurs troupeaux et de tenter de s’installer en ville, tandis que d’autres continuent de démonter leurs habitations, sans que leur destination future ne soit encore connue.
Photo : 26 familles palestiniennes sont forcées de quitter Ras Ein Al-Auja, 10 janvier 2026 © utilisateur X




