Photo : village de Taybeh en Cisjordanie occupée
Les habitants de Taybeh, un village situé à l’est de Ramallah en Cisjordanie occupée, continuent de subir les attaques des colons malgré un ordre militaire israélien déclarant la zone environnante « zone militaire interdite ».
Les habitants ont signalé de nouvelles attaques de colons contre plusieurs familles à l’est de Taybeh mardi 11 août, notamment contre la famille Naif al-Kaabneh, qui a été victime d’agressions violentes ces derniers jours, malgré la décision de fermer la zone sous prétexte de protéger les Palestiniens.
Taybeh est un village palestinien à majorité chrétienne de Cisjordanie, dont les habitants vivent notamment de l’agriculture, des oliveraies et de la production d’huile d’olive.
Ces dernières semaines, les habitants et les militants de solidarité affirment que les attaques des colons se sont poursuivies et ont pris de l’ampleur. Parmi celles-ci, on peut citer des colons s’approchant des habitations et des terres agricoles, endommageant des biens et perturbant l’approvisionnement en eau et en électricité, tandis que les habitants ont de plus en plus de mal à accéder à leurs terres.
Lundi, l’armée israélienne a déclaré Taybeh, ainsi que le village de Rammun situé plus au sud, zone militaire fermée, affirmant que cette mesure visait à empêcher les Israéliens et les colons de pénétrer dans la zone.
Naif al-Kaabneh, un habitant de la communauté bédouine située à l’est de Taybeh, a déclaré à Middle East Eye que les attaques des colons sont incessantes et quasi quotidiennes.
Il a expliqué qu’un nouvel avant-poste de colonie avait été établi sur des terres où vivait auparavant une communauté bédouine, dont faisaient partie ses proches. Les colons les ont depuis expulsés, a-t-il ajouté, les forçant à fuir face à des attaques incessantes.
« Ils démantèlent la clôture que nous avons érigée autour de nos maisons, volent nos moutons et font venir leur propre bétail. Si nous essayons de nous défendre, nous sommes arrêtés par l’armée israélienne », a-t-il déclaré.
Vingt personnes vivent dans cette communauté, dont la famille de Naif et celle de son frère. Elles affirment subir des épreuves quotidiennes sous la menace constante des colons qui cherchent à les chasser et à s’emparer de leurs terres.
« Nous espérons que quelqu’un viendra à notre secours. Nous subissons les attaques les plus violentes et ne pouvons même pas lever la main contre eux. Nous voulons que quelqu’un fasse entendre notre voix au monde entier ; nos vies sont devenues un véritable calvaire », a-t-il ajouté.
« Nous voulons vivre en paix »
Face à l’escalade des attaques, les habitants de Taybeh affirment que la menace ne se limite plus aux agressions contre les habitations et les biens, mais s’étend désormais à leur accès aux terres agricoles.
Le père Jack Abed, curé de l’église melkite de Taybeh, a déclaré que le village subissait des attaques de la part de colons, en particulier de jeunes.
« Ils attaquent notre village, et cela fait trois ans que nous ne sommes plus autorisés à nous rendre en toute tranquillité auprès de nos oliviers », a-t-il déclaré.
Abed a déclaré que les oliviers et l’huile d’olive constituaient une source importante de revenus pour le village, et a appelé à la fin des attaques des colons.
« Nous voulons vivre en paix. Laissez-nous vivre en paix. Expulsez les colons illégaux qui nous attaquent, s’emparent de nos terres et nous interdisent d’y accéder pour cultiver nos oliviers. »
Il a également fait part de son inquiétude concernant l’ordre déclarant Taybeh et Rammun zone militaire interdite.
« Nous nous posons la question, et nous la posons à l’armée israélienne : que signifie ce bouclage ? Car s’il est interdit aux Israéliens d’entrer dans cette zone, pourquoi les colons s’y trouvent-ils toujours ? »
Il a déclaré que cette fermeture avait, en réalité, donné carte blanche aux colons tout en rendant plus difficile l’accès à la zone pour les militants des droits de l’homme, qui ne peuvent plus défendre les droits des habitants.
« Présence protectrice »
Ces témoignages ne se limitent pas aux habitants de Taybeh. Des militants internationaux de la solidarité accompagnent les familles du village dans le cadre de ce qu’on appelle une « présence protectrice ».
Avital, une militante qui se rend chaque semaine à Taybeh, a déclaré à Middle East Eye qu’au cours des dernières semaines, elle avait été témoin d’une escalade des attaques menées par les colons contre une famille et ses biens.
Elle a expliqué que les colons se rendaient chaque jour au domicile de cette famille, démolissaient la clôture et faisaient entrer leurs troupeaux – moutons et chèvres – dans l’enceinte de la propriété.
Le matin où elle s’est entretenue avec Middle East Eye, elle a déclaré que des colons avaient causé des dégâts dans la maison familiale.
« Ils ont cassé un appareil photo, arraché un câble électrique, cassé le tuyau d’arrosage, ce qui a fait couler toute l’eau. Ils sont très, très intimidants et très violents », a-t-elle déclaré.
Elle a ajouté que des militants avaient également été passés à tabac lors d’incidents précédents, et que bien que la police israélienne ait été appelée après le dernier incident, elle n’intervenait pas toujours.
Ces nouveaux témoignages en provenance de Taybeh s’inscrivent dans un contexte d’escalade générale de la violence des colons à travers la Cisjordanie.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a recensé plus de 1 000 attaques commises par des colons ayant causé des blessures ou des dégâts matériels au cours du premier semestre 2026, touchant plus de 230 communautés palestiniennes.
Début juillet, l’OCHA a indiqué que plus de 2 200 Palestiniens avaient été déplacés en Cisjordanie depuis le début de l’année – soit une moyenne d’environ 10 personnes par jour – à la suite d’attaques de colons et de démolitions de maisons menées sous prétexte de l’absence de permis de construire délivrés par les autorités israéliennes.
L’OCHA a indiqué que les attaques de colons et les restrictions qui en découlent étaient devenues la principale cause des déplacements de population en Cisjordanie au cours de l’année 2026.
Traduction : AFPS




