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Accueil > Informations > Analyses > Comment la violence des colons israéliens modifie la géographie palestinienne en Cisjordanie
Analyses
mardi 22 septembre 2026
The New Arab par Mohammed Saleem

Comment la violence des colons israéliens modifie la géographie palestinienne en Cisjordanie

La violence des colons, les déplacements de population et l’expansion des infrastructures redessinent progressivement la Cisjordanie, renforçant ainsi le contrôle israélien sans annexion officielle

Photo : Smotrich mène un groupe d’Israéliens nationalistes dans une incursion à la Tombe de Joseph à Naplouse, Cisjordanie occupée, 13 mai 2026 © Quds News Network

À la Tombe de Joseph, à Naplouse, des véhicules militaires israéliens pénètrent dans la ville avant l’arrivée de groupes de colons juifs. En quelques minutes, les routes sont fermées. La circulation dans les quartiers environnants est paralysée.

Les habitants palestiniens se réfugient chez eux alors que les gaz lacrymogènes envahissent les rues et les bâtiments voisins. Ces visites ne durent généralement que quelques heures. Mais l’opération militaire qui les entoure peut perturber la vie quotidienne dans toute la région, en évacuant les rues et en restreignant les déplacements afin de permettre aux colons d’atteindre le site.

L’ampleur du déploiement est frappante : soldats, véhicules blindés, fermetures de routes et restrictions de circulation sont mobilisés pour faciliter une présence temporaire de colons au cœur d’une ville palestinienne.

Ces visites sont donc bien plus que de simples pèlerinages religieux. Elles constituent également des démonstrations de force visant à montrer qui peut circuler à Naplouse, qui est contraint de rester chez lui, et quelle autorité peut imposer ces restrictions.

Le tombeau de Joseph constitue toutefois un cas particulier. Bien qu’il se trouve à l’intérieur de Naplouse, dans la zone A, les accords d’Oslo ont établi des dispositions particulières régissant l’accès au site. Les visites encadrées par l’armée ne constituent donc pas une extension soudaine du contrôle israélien sur cette ville contrôlée par l’Autorité palestinienne.

Mais cette exception revêt une importance politique précisément parce qu’elle met en évidence le fossé entre la juridiction sur le papier et le pouvoir sur le terrain. L’Autorité palestinienne reste officiellement responsable de Naplouse, mais lorsqu’une visite est autorisée, Israël peut déployer des troupes, fermer des routes et sécuriser un itinéraire pour les colons. C’est en fin de compte la puissance militaire israélienne qui détermine qui peut entrer et qui peut se déplacer.

« Transformer les sites religieux et patrimoniaux en instruments de conflit politique est une évolution dangereuse, car cela confonde le sacré avec le projet de colonisation et transforme la mémoire collective en un moyen de générer de la violence et de redessiner de force la géographie », a déclaré au New Arab le Dr Mona Abu Hamdiya, chercheuse spécialisée dans le patrimoine et l’archéologie.

Quand une exception devient la norme

Les bouclages finissent par prendre fin, mais leurs effets sont plus difficiles à effacer.

Les familles s’organisent en fonction des incursions. Le travail est perturbé. Des proches peuvent être séparés. Des rues habituellement ouvertes deviennent inaccessibles. Les habitants apprennent que, pendant plusieurs heures, les règles habituelles qui régissent leur ville peuvent être suspendues.

La répétition a son importance. Un événement officiellement considéré comme exceptionnel peut, à force de se reproduire, s’inscrire dans le quotidien des Palestiniens.

Le tombeau de Joseph offre ainsi un prisme à travers lequel observer une transformation plus large en cours dans toute la Cisjordanie occupée. La question n’est pas simplement de savoir si la souveraineté israélienne a formellement changé, mais si l’espace dont disposent les Palestiniens se rétrécit progressivement, tandis que l’accès des Israéliens, les colonies et les infrastructures deviennent de plus en plus difficiles à démanteler.

Les chiffres indiquent qu’il ne s’agit plus d’un phénomène marginal.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations unies, plus de 1 300 attaques de colons ayant entraîné des victimes palestiniennes ou des dégâts matériels ont été recensées en Cisjordanie au cours des sept premiers mois de 2026, soit une moyenne de plus de six par jour.

Plus de 2 300 Palestiniens ont été déplacés à la suite d’attaques de colons et des restrictions d’accès qui en ont découlé depuis le début de l’année.

Fin août, l’OCHA avait recensé 23 Palestiniens tués et plus de 1 040 blessés lors d’attaques menées par des colons en 2026. Les Palestiniens sont désormais blessés directement par des colons israéliens à un rythme de plus de trois par jour, contre deux par jour en 2025 et un tous les trois jours en 2020.

Ce phénomène est particulièrement flagrant dans les communautés situées à proximité des avant-postes de colonies, où les attaques s’accompagnent de restrictions d’accès aux terres agricoles, aux routes, à l’eau et à l’électricité.

Qusra, près de Naplouse, illustre bien comment ces pressions peuvent se conjuguer. En août, des colons ont établi une nouvelle colonie de peuplement dans la zone B, à proximité de trois familles palestiniennes de la région de Ras Al Ein. L’OCHA a signalé une présence accrue de colons et de militaires, des dégâts causés aux infrastructures d’eau et d’électricité, ainsi que de sévères restrictions à la liberté de mouvement de ces familles. Fin août, deux des quatre routes reliant la région à Qusra étaient sous contrôle israélien.

Le maire de la municipalité de Sébaste, Mohammad Abdul Aziz Azem, a décrit la pression exercée sur les communautés palestiniennes comme s’inscrivant dans un effort plus large visant à vider le territoire de ses habitants palestiniens et à les confiner dans des centres de population de plus en plus restreints.

« Cela se fait par le biais d’un terrorisme organisé soutenu par le gouvernement de Netanyahou, dans un contexte de silence international et en l’absence de sanctions dissuasives efficaces à l’encontre du gouvernement d’occupation israélien », a-t-il déclaré à The New Arab.

La violence redessine la carte

L’importance de la violence des colons ne réside pas seulement dans les dommages immédiats qu’elle cause, mais aussi dans ce qui s’ensuit.

Un agriculteur victime d’une agression doit décider si le risque de retourner dans son champ en vaut la peine. Une famille confrontée à des menaces répétées peut cesser d’emprunter une route. Une communauté dont les infrastructures hydrauliques sont endommagées devient plus dépendante de l’aide extérieure.

Lorsque cette violence n’est suivie que de peu de mesures de responsabilité et que les Palestiniens se voient ensuite imposer des restrictions d’accès aux terres dont ils ont été chassés, une intimidation temporaire peut entraîner un changement durable dans la répartition de l’utilisation du territoire.

Yesh Din, qui suit depuis 2005 les enquêtes de la police israélienne sur les infractions à motivation idéologique commises à l’encontre des Palestiniens, a constaté que 93,6 % des affaires qu’elle a suivies se sont soldées par un non-lieu. Seules 3 % ont abouti à une condamnation.

« La violence des colons s’inscrit dans une stratégie globale visant à déterminer l’issue du conflit par le biais d’une annexion silencieuse des terres palestiniennes », a déclaré le Dr Hosam Al-Dajani, écrivain et analyste politique, au New Arab.

« Cette stratégie est mise en œuvre en déplaçant de force la population par le biais d’une série de mesures imposées par l’occupation, notamment une escalade de la violence et des attaques visant les arbres, les biens, les personnes et tout ce qui lie les Palestiniens à leur terre », a-t-il ajouté.

De la coercition à l’administration

Sur le terrain, le processus peut être progressif. Un avant-poste fait son apparition sur une crête. Les colons commencent à exploiter les terres environnantes. Les Palestiniens sont confrontés à des menaces ou à des attaques. Les voies d’accès sont fermées ou soumises à des restrictions. Des routes, des raccordements électriques et d’autres infrastructures voient ensuite le jour, tandis que la protection militaire renforce la sécurité de ce nouvel état des lieux.

À terme, ce qui avait commencé comme une présence non autorisée peut acquérir un certain degré de reconnaissance officielle ou de soutien de l’État.

L’OCHA a indiqué en août qu’au moins 26 avant-postes de colonie avaient été établis dans la zone B au cours des deux ans et demi précédents, dont 19 depuis la fin de l’année 2024. Peace Now estime que les colons ont pris le contrôle de plus de 100 000 dunams dans les zones A et B, notamment par le recours à la violence et aux menaces qui ont restreint l’accès des Palestiniens à leurs terres.

Ce processus s’accompagne de plus en plus de mesures administratives.

Le programme israélien d’enregistrement foncier, approuvé en février 2026, vise à mener à bien, en cinq ans, les procédures de régularisation des titres de propriété couvrant 15 % des terres non enregistrées de la zone C. Israël affirme que ce processus permettra de clarifier les droits de propriété. Les détracteurs, dont l’organisation « Peace Now », soutiennent que la formalisation des droits fonciers, alors que les Palestiniens sont soumis à des restrictions d’accès, risque de transformer les inégalités créées sous l’occupation en une réalité administrative.

La crainte ne réside pas simplement dans le fait qu’un registre puisse entraîner un transfert illégal de terres. Elle tient au fait que les conditions dans lesquelles les preuves de propriété sont produites sont elles-mêmes inégales.

Une famille palestinienne peut disposer de documents successoraux, de reçus fiscaux et d’un savoir transmis de génération en génération pour établir son droit sur un champ. Mais si des attaques répétées ou des restrictions d’accès empêchent la famille de le cultiver régulièrement, cette absence peut commencer à être perçue comme un abandon.

Une colonie, quant à elle, peut se voir dotée de routes, d’électricité, de sécurité et, à terme, d’une reconnaissance officielle.

La coercition peut donc précéder l’administration. Il n’est pas nécessaire que la violence soit formellement ordonnée par l’État pour modifier les conditions dans lesquelles les terres sont ensuite gérées.

« La violence des colons s’inscrit dans une stratégie globale visant à déterminer l’issue du conflit par l’annexion silencieuse des terres palestiniennes », a déclaré au New Arab le Dr Hosam Al-Dajani, écrivain et analyste politique.

« Cela se traduit par le déplacement forcé de la population à travers une série de mesures imposées par l’occupation, notamment une escalade de la violence et des attaques visant les arbres, les biens, les personnes et tout ce qui lie les Palestiniens à leur terre », a-t-il ajouté.

« L’objectif est d’imposer une nouvelle réalité sur le terrain afin de faire avancer cette stratégie, qui viole le droit international et les résolutions de légitimité internationale, en particulier la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies », a déclaré Al-Dajani.

Annexion sans déclaration

Les appels à l’annexion de la Cisjordanie occupée se sont intensifiés depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement d’extrême droite, certains ministres affirmant ouvertement leur intention de s’emparer du territoire palestinien.

Pourtant, sur le plan officiel et auprès de ses interlocuteurs internationaux, Israël affirme que les mesures de sécurité visent à protéger les Israéliens, que l’enregistrement permet de régler les questions de propriété et que les frontières doivent être définies par la voie de négociations.

Mais aucune négociation future ne se déroulerait dans un contexte immuable. Alors que le statut politique du territoire reste en suspens, les terres auxquelles les Palestiniens ont accès, les autorités auxquelles ils sont confrontés et les preuves qu’ils peuvent produire pour établir leur droit de propriété sont déjà en train de changer.

Selon l’ONU, depuis 2023, plus de 6 200 Palestiniens ont été déplacés à la suite d’attaques de colons et des restrictions d’accès qui en découlent, dont plus de 2 300 rien qu’en 2026. Quarante-six communautés ont été entièrement déplacées.

L’effet cumulatif est une modification territoriale sans déclaration officielle d’annexion.

« Les Palestiniens sont confrontés à un défi majeur qui exige unité et coopération pour faire face à ce projet. La menace pèse non seulement sur le territoire palestinien, mais aussi sur le projet politique national palestinien lui-même », a déclaré Akram Atallah, analyste politique et chroniqueur pour le journal Al-Ayyam, au New Arab.

« Cela sape également la solution à deux États, car le territoire sur lequel un État palestinien est censé être établi est fragmenté et soumis à un contrôle israélien de plus en plus fort. »

Traduction : AFPS

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Mots clés

  • Colonies et colonisation
  • Fin de l’occupation israélienne de la Palestine
  • Chronique de l’occupation

Source

Publié par : The New Arab

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