Photo : Un olivier coupé par des colons israélien à Marj Si‘a, au nord de Ramallah, 24 octobre 2025 © Avishay Mohar / Activestills
Cisjordanie occupée - À mi-parcours de la récolte des olives de cette année en Cisjordanie occupée, les agriculteurs palestiniens subissent une vague d’attaques menées par les colons israéliens et l’armée israélienne, marquant l’une des saisons les plus violentes jamais enregistrées.
Au moins 259 attaques contre des agriculteurs palestiniens ont été enregistrées depuis le début de la saison des récoltes en octobre, selon la Commission de résistance à la colonisation et au mur (CWRC).
La CWRC a recensé 41 attaques commises par l’armée israélienne et 218 attaques par des colons, enhardis par la guerre à Gaza et la dynamique politique visant à annexer officiellement la Cisjordanie.
« Les attaques sont pires que jamais », a déclaré Abdallah Abu Rahma, commissaire de la CWRC, au New Arab. « Depuis le début de la guerre à Gaza, les colons ont le sentiment qu’ils peuvent tout faire. Ils attaquent tous les jours - ils brûlent des voitures, volent des olives, battent les agriculteurs - et l’armée les protège. Ils essaient de séparer les agriculteurs de leurs terres afin que les colons puissent s’en emparer. »
Alors que la communauté internationale est distraite par le cessez-le-feu précaire à Gaza, les plans israéliens visant à s’emparer de la Cisjordanie s’intensifient, la Knesset votant le premier des quatre projets de loi nécessaires pour annexer officiellement le territoire sous occupation israélienne depuis 1967, considéré comme illégal par les Nations unies et la majorité des États.
Les violences et les attaques des colons ont augmenté en Cisjordanie depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023, avec plus de 1 000 Palestiniens tués par l’armée israélienne et les colons.
Les récentes ouvertures politiques autour de l’annexion ont encore encouragé les colons israéliens à s’emparer des terres palestiniennes par la force.
Au cours de l’année écoulée, 84 nouveaux avant-postes de colons ont été créés, selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), apparaissant souvent du jour au lendemain au sommet des collines. Et qui dit nouveaux avant-postes dit violence.
Le matin du 28 octobre, Hikmat Shtwei, un agriculteur du village de Kafr Qaddum près de Tulkarem, était en train de récolter des olives lorsqu’un groupe de colons israéliens masqués lui a tendu une embuscade.
Ils l’ont battu et ont versé de l’essence sur son corps inconscient, tentant sans succès de le brûler vif. Il a été victime d’une fracture du crâne, d’une hémorragie cérébrale, de six côtes cassées et d’une mâchoire fracturée. Il est toujours en soins intensifs.
Les colons venaient d’un avant-poste voisin érigé seulement un jour avant l’attaque. Ils se rassemblent souvent pour installer des campements de fortune dans les oliveraies palestiniennes.
Bien que ces avant-postes rudimentaires soient considérés comme illégaux au regard de la loi israélienne, ils sont souvent légalisés rétroactivement, passant de quelques tentes et caravanes à une colonie officielle dotée d’infrastructures permanentes et protégée par l’armée israélienne.
Lorsque l’avant-poste situé dans les oliveraies entre Kafr Qaddum et Beit Lid a été établi, l’armée israélienne a arrêté et aspergé de gaz lacrymogène les Palestiniens qui tentaient de s’approcher des terres qui leur appartenaient. L’armée a déclaré qu’elle tentait de maintenir la paix entre les colons et les Palestiniens, mais en réalité, elle gardait l’avant-poste et escortait les camions de ravitaillement qui arrivaient.
« Lorsque j’ai parlé à l’armée après la première attaque, ils m’ont dit que nous (les agriculteurs palestiniens) devions repartir, car ils allaient régler la situation et faire partir les colons », a déclaré Ahmed, un oléiculteur de Kafr Qaddam, au New Arab. Il utilise un pseudonyme par crainte de représailles.
« Mais quatre jours plus tard, les colons sont toujours là, et personne ne leur a rien fait. Puis, aujourd’hui, environ 200 colons ont attaqué à nouveau, incendiant trois voitures et blessant de nombreuses personnes. L’armée a protégé les colons, mais a tiré à balles réelles sur nous. »
La coopération entre les colons et les soldats s’intensifie, la frontière entre civils et militaires devenant de plus en plus floue. De nombreux colons ont été enrôlés dans l’armée israélienne, désormais chargée de protéger les colonies où ils résident personnellement. De plus, le ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a supervisé une campagne visant à fournir des armes aux colons civils.
Dans le village de Turmus Ayya, au nord de Ramallah, l’armée israélienne a lancé des gaz lacrymogènes sur un groupe d’agriculteurs et de militants internationaux solidaires afin de les empêcher d’atteindre leurs oliveraies, les poussant ainsi vers les colons armés - une action jugée intentionnelle par les militants présents.
La grand-mère Afaf Abu Alia était assise sous un olivier, attendant son frère, qui avait été arrêté par l’armée dans le chaos, lorsqu’elle a été prise en embuscade et frappée à coups de matraque par un colon, ce qui lui a valu un œil au beurre noir et une hémorragie intracrânienne. L’incident a été filmé et, en réponse à la vidéo, l’armée israélienne a déclaré qu’elle « condamnait fermement toute forme de violence ».
Les attaques ne visent pas seulement les agriculteurs, mais aussi leurs cultures. Des colons ont été filmés en train d’abattre des oliviers et d’incendier des oliveraies, symbole de l’identité palestinienne et élément essentiel de l’économie de la Cisjordanie.
Selon l’ONU, plus de 4 000 oliviers et jeunes arbres ont été vandalisés pendant la récolte de cette année.
« Ce qui se passe en Cisjordanie n’est pas une série d’incidents isolés, mais une politique systématique visant à déplacer les Palestiniens et à briser leur volonté. Malgré cela, notre peuple reste fidèle à sa terre, plantant des oliviers à travers les flammes », a déclaré Mohammad Omar, un habitant de Beit Lid, à TNA.
La violence atteint son paroxysme chaque année pendant la saison automnale de la récolte des olives, lorsque les Palestiniens s’aventurent dans les zones rurales proches des colonies.
Les colonies israéliennes en Cisjordanie sont souvent construites de manière stratégique sur des terres agricoles palestiniennes, car selon une loi datant de l’époque ottomane, qu’Israël interprète de manière stricte, les terres agricoles qui ne sont pas cultivées de manière continue deviennent la propriété de l’État.
Si les Palestiniens sont empêchés d’accéder à leurs terres, ou s’ils ont tout simplement trop peur de le faire, cela équivaut à une confiscation de facto de leurs terres.
En août, l’armée israélienne a rasé 3 000 oliviers dans le village d’Al-Mughayyir, invoquant des raisons de sécurité, afin de permettre aux colons de construire une nouvelle route réservée aux Israéliens, que les Palestiniens ne sont pas autorisés à emprunter.
Les routes sont un élément essentiel du contrôle israélien sur la Cisjordanie, car elles restreignent les déplacements des Palestiniens, fragmentent les villages et fournissent un prétexte supplémentaire pour la confiscation de terres.
Au cours de l’année écoulée, les colons ont érigé au moins trois nouveaux avant-postes autour d’Al-Mughayyir, piégeant ainsi les habitants du village. La semaine dernière, des militants ont filmé des colons israéliens en train de voler des olives sur les derniers arbres du village.
Les Palestiniens n’ont plus accès à certaines parties d’Al-Mughayyir ni aux oliveraies situées près de la nouvelle colonie, car l’armée israélienne applique une politique officieuse selon laquelle les Palestiniens doivent rester à 200 mètres des colonies sous peine d’être arrêtés.
Les Palestiniens qui possèdent des arbres près des colonies doivent demander des permis spéciaux pour les récolter, mais rares sont ceux qui les obtiennent.
Afaf Abu Alia, la femme qui a été agressée, réside à Al-Mughayyir, mais elle travaillait comme ouvrière agricole à Turmus Ayya, uniquement parce que les oliviers de sa famille avaient été détruits.
Traduction : AFPS




