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Accueil > Informations > Actualités > « Chaque nuit semble être la dernière » : piégés par la "ligne jaune" à Gaza, les Palestiniens sont confrontés aux déplacements forcés, aux drones et à la peur d’une nouvelle offensive
Actualités
mercredi 29 juillet 2026
The New Arab par Ansam Al-Kitaa

« Chaque nuit semble être la dernière » : piégés par la "ligne jaune" à Gaza, les Palestiniens sont confrontés aux déplacements forcés, aux drones et à la peur d’une nouvelle offensive

Pour les familles vivant près de la ligne jaune de Gaza, chaque nuit soulève la même question terrifiante : survivront-elles jusqu’au matin ou subiront-elles une nouvelle attaque ?

Photo : Israël déplace la ligne jaune plus profondément dans la ville de Gaza, 13 décembre 2025 © Motasem A Dalloul.

Alors qu’Israël repousse la frontière plus profondément dans Gaza, les familles décrivent des tirs nocturnes, des déplacements et un cessez-le-feu qui n’existe que de nom.

Mai Murshid faisait ses courses pour acheter des produits de première nécessité lorsqu’un quadricoptère est apparu au-dessus d’elle.

Cette mère de quatre enfants, âgée de 38 ans, s’est précipitée vers l’abri le plus proche, un geste auquel elle s’est habituée depuis qu’elle accomplie ses taches quotidiennes près de la "ligne jaune" de Gaza.

Délimitée dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu négocié par les États-Unis en octobre 2025, la ligne jaune marque la frontière entre les zones sous contrôle israélien et les parties restantes de Gaza tenues par les Palestiniens.

Mais depuis, les forces d’occupation israéliennes n’ont cessé d’étendre cette ligne plus profondément dans la bande de Gaza, en renforçant certains tronçons par des infrastructures militaires et en réduisant encore davantage l’espace disponible pour la population civile de Gaza.

Pour les habitants vivant près de la ligne, même les activités quotidiennes sont devenues dangereuses. Mai a raconté qu’un mois plus tôt, l’enfant d’un voisin se tenait à la fenêtre lorsqu’une balle l’a touché près de l’œil gauche.

Cet incident a été un rappel des risques auxquels font face les familles vivant à proximité de la limite.

Chaque nuit, les habitants entendent des coups de feu et des bombardements, ce qui les oblige à chercher un abri, souvent à l’intérieur de bâtiments endommagés ou de tentes qui n’offrent qu’une protection minime.

Les parents tentent de rassurer leurs enfants, tandis que les familles attendent de savoir si une nouvelle nuit entraînera un nouveau déplacement.

« Je n’ai plus le choix entre rester ou partir » a déclaré Mai à The New Arab. « Le manque de lieux d’accueil disponibles nous oblige à rester malgré le danger. »

Après des déplacements répétés depuis le début du génocide en octobre 2023, de nombreux habitants affirment qu’ils n’ont plus nulle part où aller, car les zones encore accessibles aux civils ne cessent de rétrécir.

Les zones encore disponibles pour la population de Gaza sont de plus en plus constituées de maisons détruites et d’abris précaires. Les familles vivant sous des tentes sont particulièrement exposées, disposant de peu de protection contre les bombardements et les tirs.

Alors que les familles vivant près de la ligne jaune se concentre sur le fait de survivre chaque jour, les discussions sur l’avenir politique de Gaza continuent en dehors de la bande de Gaza.

Les médiateurs régionaux et les factions palestiniennes restent divisés sur la question de savoir qui administrera Gaza après la guerre, alors même que les opérations d’occupation israéliennes et l’expansion territoriale se poursuivent.

De l’autre côté de la frontière, en Égypte, le Comité national pour l’administration de Gaza (CNAG), un organe de transition composé de technocrates palestiniens et basé au Caire, prépare des plans pour administrer la bande de Gaza.

Mais pour les Palestiniens vivant près de la ligne jaune cette annonce semble bien éloignée de leur réalité quotidienne.

Les informations concernant l’arrivée de cet organe technocratique se mêlent au bruit des drones survolant la région et aux violences incessantes.

"Le jour du jugement dernier"

Pour Mai, la possibilité de vivre en sécurité reste hors de portée.

Elle a été déplacée plus de 15 fois depuis le début de la guerre, après avoir perdu sa maison à Tel al-Hawa au tout début du génocide.

Elle vit désormais provisoirement à al-Tuffah, à l’est de la ville de Gaza, près de la ligne jaune.

Comme de nombreux habitants vivant là, Mai croit que la ligne jaune s’inscrit dans une stratégie plus large d’Israël visant à chasser de force tous les Palestiniens de la zone.

« L’occupation israélienne veut que nous abandonnions la région et que nous partions » a-t-elle déclaré. « Ils savent que nous sommes des civils et que nous ne représentons aucune menace mais ils continuent de tirer toute la journée. »

Sa peur est particulièrement intense lorsqu’il s’agit de ses enfants.

« Je suis terrifiée chaque fois qu’ils vont à l’école ou ailleurs » a-t-elle déclaré. « J’ai peur qu’une balle perdue n’atteigne l’un d’entre eux. »

Au final, pour Mai, les nuits sont désormais rythmées par les bombardements et les tirs, chacune d’entre elles ressemblant à un "jour du Jugement dernier" en raison de l’intensité des attaques. Elle a déclaré que les zones proches de la ligne jaune « n’ont pas connu une seule nuit de sécurité ou de paix ».

Pas d’échappatoire

Pour Jalal Arafat, la peur qui règne autour de la ligne jaune fait aussi désormais partie du quotidien.

Jalal, 53 ans, est agriculteur et père de neuf enfants. Il passe ses nuits à 100 mètres de la ligne de front, guettant les coups de feu plutôt qu’attendant le lever du soleil.

Déplacé plus de dix fois depuis le début du génocide perpétré par Israël, il a déclaré à The New Arab que ce qui se passe n’est « pas simplement des opérations militaires, mais un plan systématique visant à déplacer la population de la bande de Gaza ».

Jalal estime que le contrôle israélien s’étend désormais sur une grande partie de Gaza, confinant les civils dans une zone de plus en plus restreinte.

Chaque avancée militaire, a-t-il expliqué, repousse les familles vers des quartiers de plus en plus surpeuplés où les maisons endommagées et les abris de fortune sont devenus les seuls endroits où il est encore possible de vivre.

Jalal vit désormais dans l’est d’al-Tuffah après la destruction de sa maison à al-Zaytoun. L’abri actuel de sa famille se trouve à entre 100 et 150 mètres de la ligne, ce qui les expose chaque jour au danger.

Il a décrit la nuit précédente comme terrifiante. Sous un flot continue de tirs et de bombardements, l’armée israélienne a fait irruption. Au-dessus d’eux, des quadricoptères tiraient en direction des maisons et des tentes.

Dès que les tirs commencent, explique Jalal, la priorité immédiate de la famille est de trouver un endroit où se cacher avant que quelqu’un ne soit blessé.

Sa maison ayant été détruite, Jalal n’avait nulle part où aller, si ce n’est l’appartement de sa fille.

« Nous sommes restés parce que nous n’avions tout simplement nulle part où aller » a-t-il déclaré.

Cela dit, l’impact sur ses enfants a été considérable.

« Ce fut une nuit terrible, tant pour les enfants que pour les adultes » a-t-il expliqué. « Nous ne cessions de nous demander si nous serions encore en vie au lever du jour. Chaque nuit, nous avons l’impression que cela pourrait être la dernière. »

Jalal a également ajouté que son expérience reflète la réalité à laquelle sont confrontées de nombreuses familles vivant à proximité de la ligne jaune. Chaque avancée des forces d’occupation israéliennes entraîne une nouvelle vague de déplacements, mais beaucoup de gens n’ont plus nulle part où aller.

« Les gens sont contraints de fuir encore et encore » a-t-il déclaré. « Mais où peuvent-ils aller ? Il ne reste plus aucun endroit. »

Les habitants affirment que la superficie des terres habitables ne cesse de diminuer à mesure que les zones contrôlées par Israël s’étendent, ne laissant que peu d’endroits épargnés par la destruction.

Face à des camps de déplacés surpeuplés, à la flambée des coûts de transport et au manque de logements disponibles, de nombreuses familles estiment que rester près de la ligne jaune n’est pas plus dangereux que de fuir ailleurs.

Cette situation a également influencé la façon dont les habitants perçoivent les développements politiques en dehors de Gaza. Ils ont entendu à maintes reprises des annonces concernant des projets de nouveaux arrangements de gouvernance à Gaza.

Mais pour beaucoup de ceux qui vivent près de la ligne jaune, ces discussions politiques semblent déconnectées de leur quotidien, où les drones, les bombardements et les déplacements de population se poursuivent.

Quelques jours plus tôt, les habitants de Gaza, où les coupures répétées d’Internet et d’électricité rendent difficile la diffusion de l’information, ont appris que le gouvernement d’urgence du Hamas avait cédé la place à une autre instance, un gouvernement intérimaire composé de professionnels palestiniens indépendants.

Mais sur le terrain, les habitants n’ont constaté que peu de changements. Les bombardements se sont poursuivis.

« Nous ne pouvons pas fonder nos espoirs sur des nouvelles qui n’ont aucun impact sur la réalité » a déclaré Jalal. « Le comité technocratique n’est même pas encore entré à Gaza, la situation n’a pas changé, et nous continuons à vivre dans la même peur chaque nuit. »

Peur de l’inconnu

Bashir Atta, 22 ans, vit lui aussi près de la ligne jaune où le bruit des coups de feu fait désormais partie du quotidien.

Bashir vit avec sa famille de sept personnes à proximité de cette ligne. Il a confié à The New Arab que les plus de douze déplacements subis depuis le début du génocide ont épuisé sa famille, tant sur le plan psychologique que financier, et qu’elle n’a nulle part où aller.

Comme d’autres résidents de la zone, Bashir explique que chaque avancée israélienne ravive la peur. Lorsque les tirs commencent, sa famille se réfugie dans les pièces de leur maison orientées vers l’ouest, qui n’offrent qu’une protection limitée contre le danger venant de l’est, contrôlé par les Israéliens.

Pour Bashir, la plus grande crainte n’est pas seulement les bombardements, mais la possibilité que les forces israéliennes puissent pénétrer dans la zone.

« Ce qui m’effraie le plus, c’est qu’ils avancent et arrêtent un membre de ma famille » a-t-il déclaré. « Cette peur ne nous quitte jamais. »

Malgré les risques, Bashir est resté parce qu’il n’a nulle part où aller, et non parce qu’il se sent en sécurité.

Il est également sceptique quant au rôle du comité technocratique et ne croit pas que les forces israéliennes lui permettront de gouverner, estimant que la situation actuelle sert les intérêts de l’occupation.

"Une manœuvre, pas un retrait"

La décision du Hamas de dissoudre son gouvernement d’urgence ne signifie pas nécessairement que le groupe renonce au contrôle de Gaza, a déclaré l’analyste politique Reham Odeh à The New Arab.

Elle l’a décrite comme une manœuvre politique en réponse à l’évolution de la situation militaire et politique, plutôt que comme un véritable transfert de pouvoir au comité technocratique que les médiateurs tentent de mettre en place depuis des mois.

Selon Reham, cette initiative pourrait viser à empêcher que les membres du comité chargé d’administrer Gaza ne soient déployés dans les zones situées à l’ouest de la ligne jaune, du côté palestinien.

Elle a expliqué que cela pourrait inciter les habitants à s’y installer, ce qui risquerait de séparer la population de Gaza du Hamas, une situation que le groupe souhaite éviter.

Reham a déclaré que le Hamas continuait d’assurer la sécurité sur le terrain à Gaza. Cela montre aux médiateurs que, même si le groupe est peut-être prêt à se retirer de la gestion de la bande de Gaza, il ne souhaite pas créer un vide sécuritaire ni laisser s’installer un désordre généralisé.

Alors que les forces israéliennes continuent d’étendre la ligne jaune et de consolider leur contrôle sur davantage de territoire, Reham a averti que la perspective de nouvelles opérations terrestres pourrait déclencher une nouvelle vague de déplacements de population.

L’aide humanitaire restant fortement restreinte et les abris sûrs se faisant de plus en plus rares, elle a déclaré que les civils porteraient une fois de plus le fardeau le plus lourd de toute nouvelle offensive.

Pour Bashir, l’extension de la ligne jaune n’est pas un sujet de débat politique. Elle affecte sa famille chaque nuit.

« Il n’y a plus aucune stabilité » a-t-il déclaré. « On vit sans jamais se sentir en sécurité. Chaque nuit, on se demande ce qui pourrait arriver. »

Ansam Al-Kitaa est une journaliste indépendante basée à Gaza. Depuis des années, elle couvre les guerres successives contre Gaza ainsi que leurs répercussions humanitaires et sociales pour des médias internationaux et locaux.

Traduction : AFPS

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Mots clés

  • Gaza
  • Colonies et colonisation

Source

Publié par : The New Arab

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