Huit mois après le pseudo cessez-le-feu, ce sont plus de 1 000 Palestinien·nes dont la vie a été fauchée par l’occupant à Gaza et Jean-Noël Barrot a inventé le concept de « cessez-le-feu violé et imparfait », un nouvel exemple du « en même temps » macronien qui prévaut dans sa façon d’appréhender l’oppression coloniale vécue par le peuple palestinien.
Alors que la phase deux du plan Trump prévoyait une évacuation de l’armée israélienne de la bande de Gaza, ce sont maintenant 70 % du territoire que Netanyahou a donné l’ordre d’occuper à son armée. Les rats mordent les enfants dans les tentes la nuit, la population vit dans des conditions dont c’est peu dire qu’elles sont indignes. Alors que le nettoyage ethnique n’a jamais connu un tel niveau en Cisjordanie où plus de 1 000 Palestinien·nes ont été assassiné·es depuis octobre 2023 par les colons ou l’armée, aucune sanction n’est prise contre Israël qui pourtant cumule l’intégralité des crimes : crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crime de génocide.
Tout plutôt que de contraindre Israël à mettre fin à l’occupation, la colonisation et l’apartheid, pourtant seule condition pour que l’État de Palestine ne soit pas une coquille vide. Dernier exemple en date, une nouvelle Conférence de Paris, conclue par un nouvel « Appel de Paris pour la solution à deux États », lancé par des soi-disant représentant·es de la société civile israélienne et palestinienne, un appel où les deux parties sont renvoyées dos à dos, où les causes sont occultées, où les crimes et les criminels ne sont pas nommés.
L’AFPS avait le 24 mai 2025 lancé avec 250 personnalités un Appel de Paris pour la protection du peuple palestinien et la mise en œuvre du droit international, un droit international qui dit les choses par les voix de la Cour internationale de justice et de l’Assemblée générale de l’ONU : l’occupation, la colonisation et l’apartheid israéliens sont illégaux et Israël doit y mettre fin, les colonies doivent être démantelées et les États doivent prendre des mesures pour y contraindre Israël. Malgré ça, la France continue de ne tenir aucun compte de ses obligations ; elle devrait plutôt rejoindre les États du Groupe de la Haye qui eux, font des propositions concrètes.
Quelle crédibilité peut-elle avoir, elle qui ignore ce qu’elle a elle-même voté pour laisser Israël achever tranquillement son projet de colonialisme de peuplement et de remplacement de la manière la plus brutale et inhumaine qui soit ?
La France a regardé Israël franchir toutes les lignes rouges en refusant obstinément toute forme de sanctions sauf à l’égard d’une poignée de colons qui n’en ont cure ? Quelle crédibilité peut avoir un ministre des Affaires étrangères qui manipule la réalité en affirmant que les Israélien·nes ne peuvent pas se rendre en territoire palestinien occupé alors que 700 000 d’entre eux y vivent sur les terres qu’ils ont volées aux Palestinien·nes et que presque toutes et tous y servent pendant deux ou trois ans sous l’uniforme de l’armée d’occupation. Palestinien·nes et Israélien·nes devraient, selon lui, se rendre à Paris pour se rencontrer… mais les Palestinien·nes rencontrent quotidiennement des Israélien·nes, colons ou soldats, ou pire encore, gardiens de prison. Ils rencontrent aussi exceptionnellement les quelques très rares Israélien·nes anticolonialistes qui s’interposent entre leurs concitoyen·nes et les communautés palestiniennes.
Ce ministre déshonore la France, lui qui préfère demander la démission de Francesca Albanese en colportant les mensonges de Caroline Yadan et lui donner satisfaction en ne « laissant pas passer le terme génocide ». C’est à une véritable inversion des valeurs auxquelles nous sommes confrontés dans notre pays : celles et ceux qui dénoncent le génocide et en exigent la fin comparaissent devant les tribunaux sous les accusations infamantes d’apologie du terrorisme ou d’antisémitisme pendant que les négationnistes se répandent dans les médias sans être inquiété·es.
Comme le dit Pedro Sanchez, « les responsables de ce génocide devront rendre les comptes ». Et celles et ceux qui non seulement nient la réalité mais continuent de soutenir Israël envers et contre tout le devront aussi. Avec une mention spéciale pour les responsables des États qui ont l’obligation de tout faire pour empêcher les crimes contre l’humanité et les crimes de génocide et qui non seulement jusque-là n’ont rien fait mais ont continué, comme la France, à livrer des composants destinés aux armes d’une armée génocidaire.
Oui, dans 10 ans, dans 20 ans, dans 30 ans, ils et elles devront rendre des comptes. En attendant, ils ne nous feront pas taire et nous continuerons à dénoncer ces crimes, à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour qu’ils cessent, et pour créer les conditions pour que se réalise l’autodétermination du peuple palestinien.
Anne Tuaillon, le 20 juin 2026
Photo : Des véhicules palestiniens circulent sur la rocade orientale, à Az Za’ayyem, en Cisjordanie. Cette route comporte des voies séparées pour les conducteurs palestiniens et israéliens, délimitées par un mur de béton de huit mètres de haut. © Ahmad Al-Bazz/Activestills




