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Accueil > Informations > Analyses > Après deux décennies, les Palestiniens s’apprêtent à élire une nouvelle direction politique. Mais est-ce que cela changera quoi quelque chose ?
Analyses
samedi 29 août 2026
Mondoweiss par Qassam Muaddi

Après deux décennies, les Palestiniens s’apprêtent à élire une nouvelle direction politique. Mais est-ce que cela changera quoi quelque chose ?

Le Hamas, le Jihad islamique et des dissidents du Fatah, se sont unis au sein d’une coalition sans précédent en vue des premières élections palestiniennes depuis 2006. Cependant, la répression israélienne et les pressions étrangères font soulèvent des doutes quant à savoir si une vie politique libre est possible sous l’occupation.

Le chef politique du Hamas, Khalil al-Hayya, troisième à partir de la droite, rencontre des représentants des factions palestiniennes au Caire. Photo : Hamas/via Telegram.

Les factions palestiniennes, qui ont passé deux décennies dans la division acharnée - et par moment violente -, unissent leurs forces à l’approche des élections annoncées pour novembre, formant ainsi la coalition politique la plus large que les territoires occupés aient connue depuis des années.

À l’issue d’une série de pourparlers au Caire, "l’Alliance des forces nationales" a été créée dans le but précis de se présenter ensemble aux prochaines élections législatives palestiniennes. Cette coalition regroupe le Hamas, le Jihad islamique palestinien (JIP), le Courant de réforme démocratique (un courant dissident du Fatah dirigé par l’ancien chef du Fatah à Gaza, Mohammad Dahlan, basé aux Émirats arabes unis), le Forum national démocratique (un autre courant dissident du Fatah dirigé par le neveu de Yasser Arafat, Nasser Al-Qudwah), et les Comités de résistance populaire (une organisation basée à Gaza fondée en 2001 par l’ancien membre du Fatah Jamal Abu Samhadana).

Les factions palestiniennes de gauche, à savoir le Front populaire de libération de la Palestine et le Front démocratique de libération de la Palestine, devraient annoncer dans les prochains jours si elles se joindront à cette alliance.

Cette alliance, mise en place à la suite d’un décret du président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, appelant à la tenue de nouvelles élections fin novembre, met fin à deux décennies de stagnation politique qui ont affaibli le rapport de force politique des Palestiniens à un moment où l’annexion israélienne s’accélère.

Selon le Bureau central palestinien des statistiques (PCBS), environ 64 % des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza ont moins de 30 ans – pour la plupart d’entre eux, ce serait leur première expérience électorale.

Pour de nombreux Palestiniens, la simple perspective d’élections constitue en soi une chance de réunifier la scène politique palestinienne et de s’opposer plus efficacement à la destruction de Gaza et à l’annexion de la Cisjordanie par Israël, sous une direction nationale unifiée. La diversité même de cette coalition en est la preuve : les Palestiniens de tous horizons aspirent au changement après deux décennies durant lesquelles la vie politique palestinienne s’est réduite à la division entre la direction du Fatah dominante et le Hamas.

Cependant, ni les élections ni les alliances politiques ne garantissent une direction palestinienne unie ou un système politique palestinien réformé. Quelle que soit l’issue, celle-ci devra faire face à de sérieux défis internes et externes, notamment les intérêts particuliers qui se sont accumulés au fil d’années de stagnation politique, les pressions internationales visant à limiter l’expression politique palestinienne, ainsi que les limites fondamentales aux réformes démocratiques inhérentes sous occupation militaire.

Tout cela se déroule dans un climat politique qui n’a jamais été aussi hostile à la vie politique palestinienne. Depuis le 7 octobre 2023, Israël a de facto interdit toute activité politique palestinienne organisée - par le biais d’arrestations massives, de détentions administratives, de mesures visant les dirigeants communautaires et de la criminalisation de l’expression politique - alors même que des élections sont annoncées et que des coalitions se forment. Un nouveau conseil législatif, s’il venait à se réunir, devrait élaborer une vision et un projet palestiniens unifiés pour rassembler la Cisjordanie et la bande de Gaza, au moment précis où les conditions pour le faire ont été les plus sévèrement ébranlées.

Une vie politique réprimée

L’activité politique a toujours constitué un risque pour les Palestiniens sous occupation israélienne. La plupart des groupes politiques palestiniens sont nés dans le contexte de la résistance à l’occupation et ont été la cible d’arrestations, y compris au sein des branches sociales, des mouvements étudiants et des syndicats affiliés à ces partis - y compris des partis qui ne se sont jamais engagés dans la résistance armée, comme le Parti du peuple palestinien (anciennement le Parti communiste).

La première Intifada, entre 1987 et 1993, a donné lieu à un élan irréversible d’activisme politique, créant un espace d’expression politique au sein de la vie politique palestinienne, même sous l’Autorité palestinienne, fondée à la suite des accords d’Oslo. Même le Hamas, qui s’était opposé à ces accords, a rejoint ce cadre en 2006, en se présentant aux élections du Conseil législatif de l’Autorité palestinienne.

Après le 7 octobre 2023, la répression israélienne à l’encontre de la vie politique palestinienne s’est considérablement intensifiée. Le nombre de détenus palestiniens dans les prisons israéliennes a doublé - passant de 5 000 à la veille du 7 octobre à plus de 10 000 à la fin de l’année 2025, la moitié d’entre eux étant détenus sans inculpation en vertu d’"ordres de détention administrative".

« Les arrestations ont visé d’anciens détenus, des militants sociaux, des responsables communautaires et, en somme, toute personne jouant un rôle de premier plan au sein de sa communauté » a déclaré Ayah Shreiteh, du Club des prisonniers palestiniens, à Mondoweiss. « Avant le 7 octobre, les conditions de détention des prisonniers palestiniens s’étaient déjà détériorées, mais ensuite, tout a empiré. »

Shreiteh précise que dans les prisons israéliennes, « la quantité et la qualité de la nourriture se sont dégradées, les gardiens israéliens font des descentes dans les cellules chaque semaine, voire quotidiennement, la négligence médicale s’est généralisée, et les cellules d’une superficie moyenne de cinq ou six mètres carrés, qui accueillaient habituellement jusqu’à six prisonniers, sont désormais surpeuplées, avec neuf à douze détenus ». Tout cela, en plus des informations faisant état d’agressions sexuelles sur des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes, a rendu encore plus risquée toute forme d’activité politique au sein de la société palestinienne, en particulier sous la bannière de partis ou de groupes.

Cet impact s’est manifesté de manière palpable par la faible participation aux élections municipales d’avril dernier. Lors des précédentes élections locales de 2022, Naplouse comptait six listes électorales, Hébron six et Ramallah cinq. Cette année, seules deux listes se sont présentées à Hébron, tandis qu’à Naplouse et à Ramallah, il n’y a pas eu de scrutin, puisqu’une seule liste s’était enregistrée dans chaque ville.

Les forces en compétition

Le Hamas, qui a mené l’attaque du 7 octobre, a subi de plein fouet la répression israélienne et la dévastation de Gaza. L’anéantissement de Gaza et l’écrasement des forces combattantes du Hamas, qui l’ont par la suite conduit à accepter le principe, autrefois inacceptable, du désarmement sous la pression urgente de la reconstruction, ont fait perdre au groupe une grande partie de sa capacité à défendre son programme traditionnel axé sur la résistance armée. Grâce à son alliance avec d’autres forces - notamment des courants dissidents du Fatah disposant de solides bases de soutien au sein même du Fatah -, le Hamas tente de faire son retour en tant que force d’opposition à la direction dominante d’Abbas.

Le PRC est resté en marge de la politique électorale depuis sa création en tant que groupe de résistance armée en 2001, tandis que le JIP s’est historiquement désintéressé des élections tout au long de ses quarante ans d’existence. Ces deux groupes ont leur principale base sociale à Gaza et un héritage de résistance indépendant du Hamas. Leur alliance avec le Hamas marque la construction d’un argumentaire politique en faveur de la résistance qui dépasse le cadre du seul Hamas.

L’aspect le plus surprenant de cette alliance est l’inclusion du « Courant de réforme démocratique » de Muhammad Dahlan. L’ancien dirigeant du Fatah à Gaza s’est forgé une réputation d’ancien officier des services de renseignement palestiniens dont la répression contre le Hamas à Gaza, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, avait fait de lui le principal ennemi interne du groupe islamiste à l’époque. Il bénéficie toujours d’un fort soutien au sein de la base du Fatah à Gaza.

Le Forum national démocratique de Naser al-Qudwah vient compléter cette alliance. Ancien diplomate, médecin et neveu du défunt dirigeant palestinien Yasser Arafat, il se présente comme un homme d’État défendant une ligne institutionnaliste et légaliste, bénéficiant du soutien des classes moyennes supérieures palestiniennes.

Ensemble, ces forces constituent un sérieux défi pour la direction dominante de Mahmoud Abbas, du Fatah, et de son vice-président, Hussein al-Sheikh, qui ont monopolisé la représentation palestinienne au cours des deux dernières décennies. Si le FPLP, de gauche, et le FDLP rejoignaient la coalition, le défi serait écrasant. Cela pourrait déboucher sur l’un des deux scénarios habituels : Abbas pourrait annuler les élections comme il l’a fait en 2021, ou, si les élections ont lieu, un gouvernement de coalition se formerait et les pays occidentaux le boycotteraient en raison de la présence du Hamas et du JIP en son sein. C’est ce qui s’est produit en 2006.

Mais si un nouveau Conseil législatif parvient à former un nouveau gouvernement et à exercer ses pouvoirs législatifs et une autorité de contrôle, il sera confronté à toute une série d’autres défis.

Pression internationale et intérêts particuliers

Ces élections ne se déroulent pas en vase clos. Les États-Unis et les pays européens ont fait pression sur l’Autorité palestinienne pour qu’elle se réforme. Deux ans plus tard, le plan de paix de Trump a reprit cette même exigence.

En novembre 2025, un porte-parole de la Commission européenne a déclaré que l’Autorité palestinienne devait « mettre en œuvre des réformes » pour continuer à bénéficier de l’aide de l’UE.

En réponse à ces exigences, l’Autorité palestinienne a déjà mis fin à son programme d’aide financière destiné aux familles des personnes tuées ou emprisonnées par les forces israéliennes. Elle a également accepté, en 2024, de supprimer des manuels scolaires tout contenu faisant référence à la Palestine historique ou à l’histoire de la lutte palestinienne.

Cette pression semble être l’un des moteurs de la modification la plus importante apportée à la loi électorale palestinienne, adoptée par décret présidentiel le mois dernier : tout candidat ou groupe se présentant aux élections doit adhérer au programme politique de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), ce qui signifie qu’il accepte tous les accords signés avec Israël et adhère au cadre d’une solution à deux États, issu de négociations menées sous l’égide des États-Unis, comme seule voie vers la création d’un État palestinien. Cette condition suscite déjà la controverse.

Les limites de la liberté politique sous occupation

Un nouveau conseil législatif serait également confronté à des défis qui dépassent le cadre de la politique intérieure. Le statut de la bande de Gaza et ses relations avec le soi-disant "Conseil de la paix" du président américain Donald Trump, les violations par Israël des accords signés par l’extension des activités de colonisation dans des zones de Cisjordanie censées être sous le contrôle de l’Autorité palestinienne, ainsi que les modifications apportées aux lois sur les permis fonciers et de construction facilitant l’annexion - toutes ces questions politiques devraient être abordées par tout nouvel organe élu. Tous seraient soumis à la pression des États-Unis, de l’Union européenne et des pays arabes, qui ont l’influence et intérêt à contenir tout nouveau positionnement politique palestinien.

« Le nouveau Conseil législatif pourrait avoir a entrer en opposition non seulement avec des intérêts privés palestiniens internes, mais aussi avec l’occupation israélienne, et peut-être même avec les pays occidentaux qui font pression en faveur de réformes et qui fixeraient les limites et l’orientation de ces dernières » a déclaré à Mondoweiss Isam Abdeen, avocat et défenseur des droits humains.

Pour Mustafa Barghouthi, ces nouvelles élections vont au-delà d’une simple compétition politique. « Ces élections portent sur le droit du peuple palestinien à la participation démocratique, qui lui est refusé depuis de nombreuses années ; elles doivent donc être libres, sans conditions politiques » a déclaré à Mondoweiss le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne. « Les prochaines élections doivent être un outil, non seulement pour réunifier les Palestiniens, mais aussi pour résister aux projets israéliens, dont le premier est la séparation de Gaza et de la Cisjordanie. »

M. Barghouthi a ajouté qu’« il faut un dialogue national pour s’accorder sur ces principes fondamentaux, afin de garantir que les élections atteignent leur objectif ».

Bien que les élections palestiniennes constituent une revendication authentique et de longue date des Palestiniens, leur efficacité et l’ampleur du changement qu’elles peuvent apporter restent liées à la capacité de la Palestine à maintenir une vie politique libre, indépendante et inclusive – une condition de base rendue très difficile par la persistance de l’occupation israélienne et la menace d’une annexion et de déplacements de population totales.

Traduction : AFPS

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Source

Publié par : Mondoweiss

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