Solidarité avec Gaza : le jeu curieux de l’Egypte

BAUDOUIN LOOS, mercredi 30 décembre 2009

Les auto­rités égyp­tiennes semblent alterner le chaud et le froid dans leurs rap­ports avec les mili­tants inter­na­tionaux qui tentent de rallier la bande de Gaza par le Sinaï pour apporter un témoi­gnage de soli­darité aux Pales­ti­niens assiégés.

LE SOIR, Bruxelles, le 30 décembre 2009

Les auto­rités égyp­tiennes semblent alterner le chaud et le froid dans leurs rap­ports avec les mili­tants inter­na­tionaux qui tentent de rallier la bande de Gaza par le Sinaï pour apporter un témoi­gnage de soli­darité aux Pales­ti­niens assiégés. Deux grandes ini­tia­tives se déve­loppent simul­ta­nément : d’une part, une « marche pour la liberté » dont les 1.400 par­ti­ci­pants venus de 43 pays restent pour le moment coincés pour la plupart au Caire, et d’autre part, le convoi « Viva Palestina », qui com­porte 250 véhi­cules (dont une bonne moitié d’ambulances).

Les nou­velles concernant ce convoi inclinent ses orga­ni­sa­teurs à l’optimisme : venus de Londres jusqu’à Akaba, le port jor­danien sur la mer Rouge, en passant par l’Italie, la Grèce, la Turquie et la Syrie, les mili­tants s’étaient retrouvés bloqués à Akaba jeudi dernier en raison du refus du Caire, invo­quant « des raisons de sécurité » de les laisser embarquer pour le port égyptien de Nuweiba (d’où ils auraient pu gagner Rafah par la route).

« Grâce à la médiation des Turcs, qui ont d’ailleurs une grosse délé­gation parmi nous, on a trouvé une solution, nous dit par télé­phone Kenza Asnasni, l’une des onze Belges du convoi. Mais nous avons dû rebrousser chemin après avoir attendu cinq jours en vain à Akaba. Nous retournons en Syrie, où deux bateaux affrétés par les Turcs, je crois, nous attendent. De là, nous navi­guerons jusqu’au port égyptien d’El Arish, non loin de Rafah. L’accord conclu nous autorise à nous rendre à Gaza avec nos véhi­cules chargés d’aide, médi­ca­ments, matériel sco­laire, vête­ments, cou­ver­tures, etc. Nous espérons y arriver pour le 31 décembre. En tout cas, nous n’avons qu’à nous louer de l’hospitalité des Jor­da­niens, et aussi des Syriens. »

D’autres Belges vivent, eux, une expé­rience plus amère. Ils font partie des quelque 1.400 mili­tants inter­na­tionaux qui veulent aussi se rendre à Rafah, pour une « marche de la liberté » pro­jetée de très longue date avec l’assentiment offi­cieux des auto­rités égyp­tiennes qui avaient demandé - et obtenu - toutes les coor­données de chaque voyageur. Ces mêmes auto­rités leur ont fina­lement fait valoir de sem­blables argu­ments sécu­ri­taires pour les empêcher de gagner Rafah.

« Une partie d’entre nous avait réussi à louer cinq bus lundi, mais nous avons été inter­pellés à une heure de route du Caire par la police et forcés de battre retraite, nous raconte par télé­phone le Français Julien Rivoire. D’autres ont eu de sem­blables mésa­ven­tures, seuls quelques-​​uns, une qua­ran­taine, avaient réussi à gagner aupa­ravant El Arish, près de Rafah, où ils sont également coincés. »

Les quelque trois cents Français pré­sents au Caire ont passé la nuit de lundi à mardi sur le trottoir de leur ambassade. « Je dirais que nous avons reçu un soutien, mais minimal, de l’ambassade, continue Rivoire. Les Egyp­tiens avancent des argu­ments à propos de notre sécurité, mais nous savons qu’ils font face à de grosses pres­sions israé­liennes et amé­ri­caines. D’ailleurs, Amé­ri­cains et Euro­péens sou­tiennent la construction du mur sou­terrain récemment entre­prise par les Egyp­tiens pour en finir avec les tunnels à Rafah ».

Notre inter­lo­cuteur ne nie pas que la poli­tique inté­rieure égyp­tienne joue un rôle dans cette his­toire, en ce sens que la confrérie des Frères musulmans, puis­sante, juste tolérée mais quand même har­celée en Egypte, est proche du Hamas, qui domine à Gaza. « Oui, nous savons que le régime égyptien ne tient pas à ce que les isla­mistes, à Gaza, puissent clamer qu’ils ont obtenu un succès, fût-​​ce l’arrivée de mili­tants venus montrer leur soli­darité, un an après l’agression israé­lienne, avec une popu­lation pales­ti­nienne vic­times d’un siège illégal. »

Depuis lundi, quelques-​​uns des mar­cheurs pour la liberté bloqués au Caire observent une grève de la faim en guise de pro­tes­tation. Parmi eux, une Amé­ri­caine de Saint-​​Louis, Hedi Epstein, 85 ans, res­capée de la Shoah. BAU­DOUIN LOOS