Six heures pour la Palestine

Charlotte Bozonnet, lundi 19 mai 2008

Près de 4 000 par­ti­ci­pants se sont retrouvés samedi à Paris, à la Porte de Ver­sailles, pour pro­clamer l’impérieuse nécessité de la création d’un vrai État palestinien.

« Le jour où un tel ras­sem­blement aura lieu à Tel-​​ Aviv, le moment d’une paix juste sera arrivé. » L’adresse lancée par le jour­na­liste israélien Gideon Levy aux cen­taines de par­ti­ci­pants réunis ce 17 mai à Paris, porte de Ver­sailles, pour la journée « Paix comme Palestine » (1) ,exprimait bien le sen­timent général face à l’importance de cette journée et l’impasse actuelle du conflit israélo-​​palestinien.

Concerts, expo­si­tions de photos, débats en pré­sence de per­son­na­lités pales­ti­niennes, israé­liennes et euro­péennes : cela faisait des années qu’une telle ini­tiative n’avait pas été prise en faveur de la paix en Palestine. « Une ini­tiative à la hauteur des enjeux marqués par le 60e anni­ver­saire de la création d’Israël », a sou­ligné Bernard Ravenel, pré­sident de la Pla­te­forme des ONG fran­çaises pour la Palestine. Et le premier d’entre ces enjeux : arriver à « un État pales­tinien, com­men­cement d’une véri­table paix dans ce Moyen-​​Orient laminé et mal­traité, où des Pales­ti­niens ont été obligés de fuir leurs vil­lages, au cours de la Naqba (la catas­trophe) », a rappelé Sté­phane Hessel, ambas­sadeur de France, en introduction.

La création d’Israël et ce qu’elle a signifié pour les Pales­ti­niens a été au coeur des débats, non comme un simple objet d’étude, mais parce qu’elle est au centre du conflit sur le partage des terres et le retour des réfugiés. « Il est indis­cu­table que la création d’Israël a repré­senté une immense injustice faite aux Pales­ti­niens », a expliqué l’Israélien Avi Shlaim, un des nou­veaux his­to­riens qui ont fait tomber les mythes sio­nistes de la création d’Israël, en recon­naissant l’expulsion de 800 000 Pales­ti­niens en 1947-​​1948.

« La Naqba n’est pas uni­quement une mémoire », a rappelé Hind Khoury, déléguée générale de la Palestine en France, dénonçant une nation pales­ti­nienne brisée socia­lement, poli­ti­quement, écono­mi­quement. « Il y a soixante ans, la vie de toute une nation a été brisée. Soixante ans plus tard, elle subit les raids, le blocus, les bar­rages, la confis­cation des terres, les mesures d’occupation… » L’europe a tota­lement suivi les États-​​Unis »

Dans un contexte de catas­trophe huma­ni­taire à Gaza, d’échec des négo­cia­tions lancées à Anna­polis, et de division du mou­vement national pales­tinien, la res­pon­sa­bilité de l’Europe a été una­ni­mement sou­lignée. « Les diri­geants euro­péens savaient qu’Israël menait une poli­tique de faits accomplis (à travers l’extension des colonies, le mur, la démo­lition des habitats palestiniens… – NDLR) visant à empêcher la nais­sance d’un État pales­tinien. Mais ils n’ont rien fait… », rap­pelle Francis Wurtz, pré­sident du groupe de la Gauche unie européenne.

Alors que la France doit prendre la pré­si­dence de l’Union euro­péenne le 1er juillet, les par­ti­ci­pants ont inter­pellé le pré­sident de la Répu­blique sur ses inten­tions. Quid du projet d’Union médi­ter­ra­néenne ? Pour Leïla Shahid, « il n’y a pas d’avenir pour cette alliance si l’un des par­te­naires n’a pas d’existence sou­ve­raine ». L’accord d’association existant entre les Pales­ti­niens et l’Union euro­péenne ? Impos­sible de le mettre en oeuvre puisque les ter­ri­toires sont occupés et bouclés. En revanche, l’Europe négocie un statut par­ti­culier avec Israël. « Qu’en est-​​il de la condi­tio­nalité des rap­ports écono­miques ? » s’est inter­rogée la déléguée générale de la Palestine auprès de l’UE. Ce principe qui veut que l’Europe ne fasse des affaires qu’avec les pays qui res­pectent les droits de l’Homme. L’UE est le premier par­te­naire com­mercial d’Israël et aurait donc les moyens de faire pression, a-​​t-​​il été rappelé. Mais d’évidence seule une puis­sante mobi­li­sation de la société civile fran­çaise y parviendrait.

Ce 17 mai s’est achevé par la lecture d’un message de Marwan Bar­ghouti [1] : votre soutien « contribue aussi à for­tifier ma volonté et ma capacité à défier l’occupant, et ceci du fin fond de ma cellule, depuis laquelle, en dépit de son obs­curité et de son étroi­tesse, j’entends votre voix haute et forte en soutien à notre peuple ».

[1] voir l’article en focus