Salah Hamouri : l’indifférence du Quai

Dominique Lagarde, samedi 25 avril 2009

Cela fait 1500 jours que Salah Hamouri, un jeune franco-​​palestinien de 23 ans est enfermé dans un péni­tencier israélien

Le comité de soutien qui s’est constitué en France après sa condam­nation à 7 ans de prison en 2007 a saisi l’occasion de cet anni­ver­saire pour demander au pré­sident Nicolas Sarkozy d’intervenir, comme il l’a fait en faveur d’autres pri­son­niers français injus­tement détenus à l’étranger, tout récemment encore au Mexique. Jusqu’ici en effet, le Quai d’Orsay est resté sourd aux appels lancés par la mère du jeune homme, Denise Hamouri, une native de Bourg-​​en-​​Bresse. Le seul soutien est venu… du Noam Shalit, le père de Gilad Shalit, le jeune soldat franco-​​israélien otage du Hamas qui, dans une lettre adressée en 2007 à Denise Hamouri, lui disait par­tager sa douleur et prier pour « les libé­ra­tions » des deux jeunes gens. (Le Monde du 26 décembre 2007).

Salah Hamouri, disent ses proches, n’est pas moins français que Gilad Shalit, il devrait pouvoir lui aussi béné­ficier de la sol­li­citude des auto­rités fran­çaises. Le Quai leur répond qu’il n’est pas otage, qu’il a été empri­sonné dans le cadre d’une pro­cédure judi­ciaire, puis condamné. Le parallèle entre les deux affaires est en effet mal­adroit. En revanche, force est de constater que les indices qui ont conduit la justice mili­taire israé­lienne à condamner Salah Hamouri étaient bien minces. Le jeune homme aurait en fait été piégé par une pro­cédure judi­ciaire qui incite à plaider coupable.

L’affaire remonte au 13 mars 2005. Salah Hamouri, étudiant en socio­logie à l’université de Bethléem et membre de la branche étudiante du Front popu­laire de libé­ration de la Palestine, une petite for­mation d’extrême-gauche, est arrêté avec trois cama­rades [1]. Ils sont accusés d’avoir com­ploté en vue de l’assassinat d’Ovadia Yossef, le guide spi­rituel du Shass, un parti séfarade. Ni les fouilles, ni la saisie de son ordi­nateur n’apporteront la moindre preuve que le passage à l’acte ait été envisagé. Salah Man­souri reconnaît cependant être passé devant la maison du rabbin avec un camarade qui voulait étudier la fai­sa­bilité d’un meurtre. Mais le « complot » se serait arrêté là, à la vue des caméras de sur­veillance qui ont filmé les deux jeunes gens.

Salah Hamouri a choisi de plaider cou­pable [2]. C’est une pra­tique cou­rante pour ceux qui passent devant la justice mili­taire israé­lienne, même lorsqu’ils n’ont pas commis les crimes qui leur sont reprochés. Ils peuvent alors espérer une peine moins lourde face à un tri­bunal qui ne fait pas dans la dentelle…

Mais du coup, depuis deux ans, le Quai d’Orsay, s’abrite der­rière ce "plaider cou­pable" pour ne rien faire. En fei­gnant de consi­dérer qu’une justice mili­taire est une justice comme les autres [3].

[1] ce que Salah conteste et n’a pu être prouvé. Et quand bien même ça serait vrai ? En quoi cela peut poser pro­blème à une démo­cratie ? Cette inter­diction par l’occupant israélien que l’on puisse appar­tenir à un parti poli­tique -de gauche en l’occurrence- en Palestine (car l’appartenance à un parti poli­tique est bien l’un des chefs d’accusation), cette atteinte à la liberté d’opinion et d’expression a de sinistres relents de dic­tature, non ?

[2] quel choix ? le marché immonde qu’on lui a mis en mains était de laisser son avocate plaider cou­pable pour n’être condamné "qu’à 7 ans". Sinon c’était le double. Pour n’avoir stric­tement rien fait de répré­hen­sible au regard de la justice fût-​​​​elle israélienne.

[3] il s’agit de la "justice" mili­taire d’une puis­sance occu­pante dans un ter­ri­toire occupé. Le tri­bunal d’Ofer près de Ramallah est tota­lement illégal puisque, au regard du droit inter­na­tional, une puis­sance occu­pante ne peut s’installer dans le ter­ri­toire occupé. Le jugement par les auto­rités d’occupation de la Palestine non plus n’a aucune légi­timité, sans parler du chantage ou de justice réelle, mais c’est pourtant cela que les auto­rités fran­çaises recon­naissent comme légitime ! Aurait-​​​​on reconnu comme légitime en d’autres temps en France, l’accusation et la condam­nation par l’occupant d’un jeune Français tombé aux mains des auto­rités mili­taires d’occupation ? Qu’aurait dit M. Sarkozy et ses affidés en ces temps obscurs ? Que le droit était res­pecté puisqu’il y avait eu jugement par l’occupant ?