Salah Hamouri, fragile conversion française

Alain Gresh, mardi 26 avril 2011

De nom­breuses mobi­li­sa­tions ont eu lieu pour obtenir la libé­ration de ce pri­sonnier poli­tique, sans succès. Le gou­ver­nement français est resté bien peu actif, saluant même le système judi­ciaire israélien. En juin 2010, pourtant, on a semblé per­cevoir un début de chan­gement dans la position française

Depuis six ans, à la suite d’un simu­lacre de procès devant un tri­bunal mili­taire, le citoyen franco-​​palestinien Salah Hamouri se morfond dans une prison israé­lienne. Son his­toire était rap­pelée il y a plus de deux ans dans un article de Libé­ration signé Chris­tophe Ayad, cité dans un post pré­cédent, « Le scandale Salah Hamouri » :

« Salah Hamouri a été arrêté le 13 mars 2005 sur la route de Ramallah. Deux heures plus tard, la police israé­lienne retournait l’appartement de ses parents, à Jérusalem-​​Est, à la recherche de preuves. “Ils ont tout retourné, saisi le disque dur de son ordi­nateur. Ils sont allés jusqu’à démonter les lavabos”, se sou­vient Denise Hamouri, la mère de l’étudiant en socio­logie de l’université de Bethléem. Pendant que son fils est détenu pendant trois mois à la prison de la Mos­kobieh, à Jéru­salem, elle apprend dans la presse qu’il est censé avoir par­ticipé à un complot visant à assas­siner le rabbi Ovadia Yossfe, chef spi­rituel du parti Shas (ultra-​​orthodoxe séfarade). Il est aussi accusé d’appartenir au FPLP. Pendant les trois années qui suivent, Salah Hamouri est maintenu en détention admi­nis­trative, comme la grande majorité des 11 600 pri­son­niers pales­ti­niens, c’est-à-dire sans super­vision de la justice civile. La routine en Israël. »

Depuis, de nom­breuses mobi­li­sa­tions ont eu lieu pour obtenir la libé­ration de ce pri­sonnier poli­tique, sans succès. Le gou­ver­nement français est resté bien peu actif, saluant même le système judi­ciaire israélien. En juin 2010, pourtant, on a semblé per­cevoir un début de chan­gement dans la position fran­çaise, comme l’ancien député Jean-​​Claude Lefort, pré­sident de l’Association France-​​Palestine soli­darité, en rendait compte dans un his­to­rique de ses ren­contre avec Jean-​​Dominique Levitte, conseiller diplo­ma­tique de Nicolas Sarkozy. Pourtant, les propos léni­fiants du conseiller n’ont été suivis d’aucun effet.

Dans une lettre adressée à Marie-​​France Beaufils, sénatrice-​​maire de Saint-​​Pierre-​​des-​​Corps, en date du 31 mars 2011, Alain Juppé écrit concernant Salah Hamouri :

« Je déplore que les auto­rités israé­liennes n’aient pas pris de décision de remise de peine, d’autant que les aveux faits à l’audience n’ont été cor­ro­borés par aucun élément de preuve. Je mesure la peine de sa famille, alors qu’il est à présent en âge de s’investir dans des études. Je com­prends éga­lement que l’intéressé a fait le choix de ne pas sol­li­citer de demande de grâce. C’est une attitude respectable. »

Comme l’écrit Jean-​​Claude Lefort sur le site de l’AFPS :

« Ainsi, pour la pre­mière fois, un ministre reconnait clai­rement que Salah est incarcéré depuis six ans “sans élément de preuve” concernant l’accusation portée contre lui. De même, de manière implicite, le ministre admet que le refus de Salah de pré­senter des excuses est “une attitude res­pec­table”. Cette avancée ne rend que moins com­pré­hen­sible le fait que le ministre n’évoque pas l’exigence de sa libé­ration, prenant seulement acte du fait que Salah doit sortir de prison “le 28 novembre 2011” et que “sa situation conti­nuera d’être suivie avec attention jusqu’à sa levée d’écrou”. »

On aimerait pourtant croire qu’après son auto­cri­tique sur la poli­tique fran­çaise au Proche-​​Orient, Alain Juppé impulsera une poli­tique moins com­plai­sante à l’égard de l’occupation israélienne…