Salah Hamouri condamné par la justice israélienne

Pierre Barbancey, dimanche 20 avril 2008

La justice d’occupation israé­lienne, c’est-à-dire un tri­bunal mili­taire réuni dans la colonie d’Ofer, a tranché hier le sort du jeune Franco-​​Palestinien, Salah Hamouri, vingt-​​deux ans, empri­sonné depuis main­tenant trois ans.

Il a été condamné à sept ans de prison pour complot et appar­te­nance au mou­vement de jeu­nesse du Front popu­laire de libé­ration de la Palestine (FPLP). Une peine que le juge lui-​​même a qua­lifiée de « sévère ».

Selon une pro­cédure habi­tuelle en Israël, le pro­cureur et le juge se mettent d’accord sur une peine et pro­posent à la défense de plaider cou­pable dans le cadre d’une telle peine, sinon la sen­tence pourrait être beaucoup plus grave ! « Cela fait trois ans que nous étions là-​​dedans, nous n’avions pas le choix », explique Denise Hamouri, la mère fran­çaise de Salah, à l’Humanité.

Léa Tsemel, l’avocate de Salah, qui a défendu des cen­taines de pri­son­niers comme lui, précise que les Pales­ti­niens pos­sédant une carte d’identité de Jéru­salem sont punis beaucoup plus sévè­rement. Par expé­rience, Tsemel a encouragé son client à plaider cou­pable sinon le tri­bunal mili­taire aurait pu aggraver la peine, même si les preuves sont absentes du dossier. « Salah a écouté la sen­tence avec calme », précise Denise Hamouri.

En fait, il s’agit surtout d’un délit d’intention puisque le Franco-​​Palestinien est accusé d’être passé devant le domicile du rabin Yossef Ovadia, chef spi­rituel du parti reli­gieux Shass, ce qui suf­firait à prouver sa par­ti­ci­pation à une ten­tative d’assassinat ! De même l’appartenance au FPLP n’a jamais été prouvée, malgré la convo­cation d’une ving­taine d’audiences, toutes annulées par faute de témoins.

Dans une lettre adressée à Rama Yade, la secré­taire d’État chargée des Droits de l’homme, Jean-​​Claude Lefort, député hono­raire, écrivait au mois de mars : « Il est un principe absolu : les droits de l’homme ne se découpent pas. Ils sont ou ne sont pas. En l’occurrence ils ne sont pas. » Plu­sieurs députés français de dif­fé­rents groupes, dont Patrick Braouzec, Jean-​​Jacques Urvoas ou encore Jean-​​Jacques Can­delier, ont écrit au ministre des Affaires étran­gères. Il semble qu’il y ait, une fois de plus, deux poids, deux mesures.

Si la France demande offi­ciel­lement la libé­ration du soldat israélien Gilad Shalit, capturé par le Hamas, elle n’entreprend abso­lument pas la même démarche auprès du gou­ver­nement israélien, arguant d’un pro­cessus judi­ciaire, qui est pourtant contraire aux conven­tions de Genève. Ce qui n’empêche pas le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy d’écrire le 16 avril à Jean-​​Claude Lefort que « la France ne man­quera pas de pour­suivre son action pour obtenir auprès des auto­rités israé­liennes, une fois le jugement passé, et dans le strict respect de l’indépendance de la justice israé­lienne, une issue huma­ni­taire positive (…) ». Oser parler du « strict respect de l’indépendance de la justice israé­lienne », il fallait le faire. L’Association France-​​Palestine soli­darité (AFPS) lance une cam­pagne pour la libé­ration de Salah Hamouri.

Selon le ministre pales­tinien en charge des pri­son­niers, sur l’ensemble des 11 000 incar­cérés en Israël, 333 sont des jeunes de moins de 18 ans ; 115 sont des femmes, dont l’une vient d’accoucher, menottée, en prison où elle reste avec son bébé ; 70 ont déjà fait plus de vingt ans de prison. On compte aussi 46 par­le­men­taires parmi les détenus, dont Marwan Bar­ghouti, condamné à perpétuité.

Pendant ce temps, Israël continue le net­toyage de la bande de Gaza en toute impunité. Plus de vingt Pales­ti­niens ont été tués ces der­niers jours, dont un came­raman de l’agence Reuters. On ignore si Robert Ménard, patron de Reporter sans fron­tières, a eu le temps d’assister, comme des mil­liers de per­sonnes, hier, à l’enterrement de notre confrère abattu tel un vul­gaire ter­ro­riste par Israël que d’aucuns appellent « la seule démo­cratie de la région »