Salah Hamouri : « Votre soutien peut nous libérer »

Entretien avec Ian Brossat, mardi 10 novembre 2009

Ian Brossat, pré­sident du groupe com­mu­niste au Conseil de Paris, s’est entretenu hier (8 novembre) avec Salah Hamouri dans sa prison. Il l’a trouvé plus déterminé que jamais.

Dans quelles condi­tions avez-​​vous pu ren­contrer 
Salah Hamouri, 
ce jeune pri­sonnier poli­tique pales­tinien, qui est aussi 
français par sa maman  ?

Ian Brossat. Il y a un mois, Alain Lhostis [1] et moi-​​même avions été reçus par le numéro deux de l’ambassade d’Israël à Paris pour demander la libé­ration de Salah. J’avais alors introduit une demande offi­cielle d’autorisation de visiter Salah à l’occasion du voyage que je pro­jetais de faire en Israël pour par­ti­ciper aux céré­monies du 90e anni­ver­saire de la fon­dation du Parti com­mu­niste israélien. Jeudi, à la veille de mon départ, j’ai appris que ma demande était acceptée. Je dois dire que les ser­vices consu­laires français en Israël se sont démenés pour me faci­liter la tâche. J’étais d’ailleurs accom­pagné lors de ma visite par le Consul de France à Haïfa, Jean-​​Christian Cottin, qui était déjà venu le voir il y a quinze jours.

Où se trouve Salah  ?

Ian Brossat. À Gilboa, dans le nord-​​est d’Israël. Il y a là deux prisons, dont une avec uni­quement des pri­son­niers poli­tiques. Nous l’y avons vu pendant une heure, de 11 heures à midi, dans de bonnes condi­tions com­parées à celles qu’on impose à sa maman  : nous étions dans la même pièce que lui, nous pou­vions le toucher, alors que les membres de sa famille, qui ne le voient qu’une fois tous les quinze jours, lui parlent dans un télé­phone et sont séparés de lui par une vitre. Quand nous l’avons quitté, à midi, nous avons croisé sa maman, Denise, qui attendait depuis 8 heures du matin. C’est comme cela pour les familles de pri­son­niers pales­ti­niens, on les oblige chaque fois à de longues heures d’attente pour un temps de visite limité à trois quarts d’heure.

Comment l’avez-vous trouvé  ?

Ian Brossat. Impres­sionnant. Pas du tout abattu, bien au contraire. Très sym­pa­thique, com­batif et déterminé. À la fois à se battre pour sa propre libé­ration anti­cipée et pour celle du peuple pales­tinien, qui est le sien par son père. D’ailleurs, il ne dit jamais « je », mais « nous ». Il est très attaché au combat de son peuple pour la justice et le respect du droit inter­na­tional. Il nous a aussi beaucoup parlé de la situation des mineurs pales­ti­niens détenus. Il nous a dit qu’ils étaient enfermés dans des condi­tions déplo­rables qui ne res­pectent pas même la Convention inter­na­tionale des droits de l’enfant.

Et lui-​​même  ? Comment vit-​​il sa détention  ?

Ian Brossat. Il parle peu de lui. Il dit tou­jours « nous ». Cependant, il nous a dit que ses condi­tions de détention, certes dif­fi­ciles, ne sont pas phy­si­quement insup­por­tables. Mais psy­cho­lo­gi­quement, c’est dur. Il y a un très gros pro­blème d’isolement, même s’ils sont huit dans sa cellule, regroupés selon ce que les Israé­liens sup­posent être leurs affi­nités poli­tiques. Ils ont droit à cinq heures de sortie par jour et à deux livres par mois, ce qui est peu. Les livres poli­tiques sont interdits. En revanche, on vient de les auto­riser à prendre deux abon­ne­ments à des journaux et savez-​​vous quels journaux il a demandé  ? Le Monde et l’Humanité  ! Parce qu’il veut garder le contact avec la langue fran­çaise et parce qu’il est très attaché à l’Humanité. Ce sont deux choses impor­tantes pour lui  : la langue fran­çaise et la mobi­li­sation du peuple français. Il sait qu’avec l’Humanité il sera en contact avec les deux. Pour l’instant, il est surtout informé par la télé­vision israé­lienne et il suit l’actualité de près  : c’est lui qui m’a appris que Neta­nyahu serait à Paris mardi pour voir Sarkozy  !

Que pense-​​t-​​il de l’attitude des autorités françaises  ?

Ian Brossat. Il fait bien la dif­fé­rence entre les auto­rités et le peuple, ceux qui en France se mobi­lisent pour lui. Il a cité plu­sieurs fois le Parti com­mu­niste et l’Humanité. Il reçoit aussi beaucoup de lettres, qui lui arrivent d’ailleurs avec retard car elles ne lui sont remises qu’une fois tra­duites en hébreu  : l’administration veut tout savoir  ! Il m’a d’ailleurs demandé la per­mission de pro­fiter de cette interview pour remercier tous ceux qui lui écrivent et s’excuser de ne pas répondre à tous  : il n’a le droit d’envoyer que deux lettres par mois  ! Il m’a dit combien ces lettres sont impor­tantes pour lui et l’aident à tenir le coup.

Comment pense-​​t-​​il obtenir une libé­ration anti­cipée qui lui a été refusée en juillet  ?

Ian Brossat. Il espère la pour­suite et l’amplification de la mobi­li­sation. Il a conscience que c’est à cause d’elle que Sarkozy a com­mencé à bouger. Quant à exprimer des regrets, ce que le juge lui a demandé de faire [2], il n’en est pas question. « Je ne suis pas un cou­pable, mais une victime, m’a-t-il dit. Ce n’est pas aux vic­times de demander pardon. »

[1] Conseiller de Paris, élu com­mu­niste 
du 10e arron­dis­sement

[2] En juillet, le juge a refusé sa libé­ration anti­cipée parce que Salah avait refusé d’exprimer des regrets. « Or, a-​​​​t-​​​​il dit, j’ai été condamné sans preuves et sans témoi­gnage 
pour un crime que je n’avais ni commis 
ni eu l’intention de commettre. »