Proche-​​Orient : une conférence sans nom et sans ordre du jour

Pierre Barbancey, vendredi 23 novembre 2007

L’annonce que la ren­contre israélo-​​palestinienne, sous l’égide de Washington, aurait lieu le 27 novembre, a coïncidé avec des décla­ra­tions israé­liennes qui n’incitent guère à l’optimisme.

L’administration Bush a fini par recon­naître qu’elle avait envoyé des invi­ta­tions à une cin­quan­taine de pays et d’organisations en vue de la confé­rence inter­na­tionale que les États-​​Unis eux-​​mêmes ne qua­li­fient pas de confé­rence de paix. « Le mardi 27 novembre, les États-​​Unis rece­vront le premier ministre israélien, Ehud Olmert, et le pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbas, des membres de la Ligue arabe, du Conseil de sécurité de l’ONU, du G8 et d’autres acteurs inter­na­tionaux clés pour une confé­rence à Anna­polis », a déclaré le porte-​​parole du dépar­tement d’État, Sean McCormack, sans faire aucune réfé­rence au « quartet », structure pourtant garante de la « feuille de route ».

Plusieurs réunions prévues jusqu’au 28

Cette confé­rence sera pré­cédée et suivie de diverses réunions bila­té­rales et inter­na­tio­nales, lundi et mer­credi à Washington, a précisé le secré­taire d’État adjoint chargé du Proche-​​Orient, David Welch. Le pré­sident, George W. Bush, par­ti­cipera acti­vement à l’ensemble des travaux, a indiqué la Maison-​​Blanche : il recevra sépa­rément, lundi à la Maison-​​Blanche, Ehud Olmert et Mahmoud Abbas, avant de par­ti­ciper, dans la soirée, à un dîner au dépar­tement d’État où il fera de « brèves remarques ». Mardi matin, Bush pré­sidera une réunion tri­partite avec le pré­sident pales­tinien et le premier ministre israélien à Anna­polis (près de Washington), avant de pro­noncer un dis­cours au cours de la réunion plé­nière. Le mer­credi 28, il recevra de nouveau Ehud Olmert et Mahmoud Abbas.

L’Arabie saoudite pose ses conditions

La façon dont s’y est pris le dépar­tement d’État amé­ricain fournit déjà des indi­ca­tions sur la nature incer­taine du résultat d’Annapolis. Mardi après-​​midi, les négo­cia­tions se pour­sui­vaient d’ail- leurs avec l’Arabie saoudite et la Syrie pour savoir s’ils envoyaient leurs ministres des Affaires étran­gères ou des émis­saires de moindre niveau. Ce qui sem­blerait indiquer que, contrai­rement à ce qui est avancé, la décision des pays arabes de par­ti­ciper à la confé­rence est déjà prise. Bush aurait même télé­phoné en per­sonne au roi Abdallah d’Arabie saoudite. Riyad se fait tirer l’oreille, fort de sa position dans la région et sachant que son soutien est abso­lument néces­saire aux États-​​Unis, dans le dossier israélo-​​palestinien comme dans les autres : Irak, Liban et Iran. L’Arabie saoudite ne veut cependant pas y laisser des plumes et n’entend par­ti­ciper à cette confé­rence qu’à la condition de résultats sub­stan­tiels, c’est-à-dire de véri­tables conces­sions de la part d’Israël, notamment un gel de la colonisation.

Mais dans ce domaine, les décla­ra­tions israé­liennes ne sont guère encou­ra­geantes. Ehud Olmert mul­tiplie ces der­niers jours ce qu’il appelle des « gestes de bonne volonté ». Il a ainsi annoncé la pro­chaine libé­ration de 431 détenus membres du Fatah, le mou­vement du pré­sident pales­tinien. Il vient d’au- toriser la four­niture de véhi­cules blindés légers de fabri­cation russe à l’Autorité pales­ti­nienne. Enfin, il a promis un gel de la création de nou­velles colonies et le déman­tè­lement de la cen­taine de colonies sau­vages dis­sé­minées en Cis­jor­danie. Outre que ce n’est pas la pre­mière fois que les Israé­liens sen­gagent sans que cela ne soit suivi d’effets, Olmert ainsi que son ministre de la Défense, Ehud Barak, ont sou­ligné que la construction dans les colonies exis­tantes allait se pour­suivre. Ce qui revient à ne pas vouloir les déman­teler et surtout à pour­suivre l’isolement des villes pales­ti­niennes. La colo­ni­sation est en effet comme un gruyère où les trous repré­sen­te­raient les loca­lités pales­ti­niennes. Les colonies sont, d’une manière ou d’une autre, reliées de façon à per­mettre une conti­nuité territoriale.

Dif­ficile dans ces condi­tions pour les Pales­ti­niens d’être opti­mistes. D’autant que si Olmert a dit espérer un « accord défi­nitif » avec les Pales­ti­niens en 2008, il a sou­ligné que la réunion d’Annapolis n’était « pas sup­posée être une réunion de pour­parlers. Les négo­cia­tions com­men­ceront après » sur les ques­tions fon­da­men­tales. Ce qui est remettre au len­demain ce qui aurait pu être fait depuis qua­rante ans.