Proche-​​Orient : Bush croit à une paix possible

Nouvel Obs, mercredi 28 novembre 2007

Alors que la confé­rence de paix réunit Pales­ti­niens et Israé­liens, George Bush s’est dit "opti­miste" sur l’issue de cette réunion.

Pour le pré­sident amé­ricain George W. Bush, mardi 27 novembre, le moment est propice pour faire la paix entre Israé­liens et Pales­ti­niens. Il reconnaît tou­tefois que la tâche s’annonçe dif­ficile et que la confé­rence d’Annapolis (est) n’était qu’un début.

"A la lumière de récents déve­lop­pe­ments, cer­tains ont suggéré que ce n’était pas le moment propice pour chercher à faire la paix. Je ne suis pas d’accord. Je crois que c’est jus­tement le bon moment pour engager ces négo­cia­tions", a dit George Bush, selon des extraits du dis­cours qu’il devait pro­noncer à 11H00 locales (15H00 GMT) devant la confé­rence inter­na­tionale d’Annapolis, près de Washington.

"La tâche com­mencée ici à Anna­polis sera dif­ficile. Ceci n’est que le début du pro­cessus, pas son terme, et beaucoup de travail reste à accomplir", a-​​t-​​il dit, selon ces extraits dif­fusés par avance par la Maison Blanche.

Bush a reçu Olmert et Abbas

George W. Bush avait reçu sépa­rément, lundi 26 novembre, Ehud Olmert et Mahmoud Abbas à la Maison blanche à la veille de la confé­rence de paix d’Annapolis sur l’issue de laquelle il s’est déclaré opti­miste. Le pré­sident amé­ricain a déclaré que son dia­logue avec le Premier ministre israélien et le chef de l’Etat pales­tinien visait "à voir si la paix est ou non possible".

"Je suis opti­miste", a ajouté le chef de la Maison blanche, qui reverra les deux hommes ensemble mardi matin, peu avant de pro­noncer le dis­cours d’ouverture de la confé­rence d’Annapolis. Le chef de la diplo­matie saou­dienne a déclaré lundi que l’Arabie saoudite s’attendait à ce que les Etats-​​Unis fassent des pro­po­si­tions pré­cises en cas de blocage des dis­cus­sions entre Pales­ti­niens et Israéliens.

"Commencer des négociations"

Lorsque les Etats-​​Unis ont invité la Syrie à se joindre à la confé­rence, ils ont promis "d’user de toute leur influence" pour par­venir à un accord de paix, a déclaré le prince Saoud al Fayçal. Selon le ministre, cela signifie que "les Etats-​​Unis met­tront en avant leurs propres idées" en cas de blocage [1].

A l’issue de son entrevue avec Bush, Olmert a annoncé que les pour­parlers offi­ciels sur un Etat pales­tinien com­men­ce­raient bientôt. "Très cer­tai­nement et dans un très court délai, nous devrons nous asseoir (…) et de nou­velles ren­contres entre nos délé­ga­tions auront lieu", a-​​t-​​il déclaré aux jour­na­listes sans donner de date précise. Bush a remercié Abbas pour ne pas avoir pas ménagé ses efforts afin de "mettre en oeuvre une vision d’un Etat pales­tinien". "Les Etats-​​Unis ne peuvent pas imposer leur vision mais ils peuvent aider à faci­liter" les choses, a dit Bush à Abbas.

"Notre espoir est grand de pouvoir, à l’issue de la confé­rence, com­mencer des négo­cia­tions sur les ques­tions du statut final, afin de par­venir à un accord de paix entre Pales­ti­niens et Israé­liens pour que la paix et la sécurité pré­valent", a déclaré le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne pendant leur entrevue [2].

"Conver­gences" sur un document

Aiguillonnés par la diplo­matie amé­ri­caine, les négo­cia­teurs israé­liens et pales­ti­niens ont pour­suivi lundi leurs efforts pour aboutir à un document commun servant de base de travail à la confé­rence. Il doit fixer les objectifs des négo­cia­tions sur un règlement final qui sui­vront la réunion d’Annapolis.

Le porte-​​parole du dépar­tement d’Etat Sean McCormack a déclaré que les deux parties "conver­geaient" vers un texte et il a précisé que Condo­leezza Rice allait ren­contrer les prin­cipaux négo­cia­teurs afin de par­venir à un accord, à quelques heures de l’ouverture de la confé­rence dans l’enceinte de l’Ecole navale, dans la capitale du Maryland.

La réunion, à laquelle par­ti­ci­peront les voisins d’Israël dont l’Arabie saoudite et la Syrie, doit for­mel­lement donner le coup d’envoi des négo­cia­tions de 2008 sur un règlement final [3]

Le pré­sident Bush s’est dit dimanche résolu à mettre en oeuvre avant de partir de la Maison blanche en janvier 2009 sa "vision de deux Etats, Israël et la Palestine, coexistant dans la paix et la sécurité".

Les tensions restent vives

Bush s’est félicité de la "large par­ti­ci­pation" arabe, qui doit "signifier le soutien inter­na­tional" aux deux parties dans leurs efforts "en vue de l’établissement d’un Etat pales­tinien et de l’avènement de la paix entre ces deux peuples".

Mais les ten­sions restent vives. Un haut res­pon­sable israélien a déclaré qu’il était peu pro­bable qu’il y ait des dis­cus­sions directes, voire une poignée de mains, avec les repré­sen­tants syriens ou saou­diens lors de la conférence.

"Ils (les diri­geants arabes) ne le feront pas à moins qu’ils n’obtiennent quelque chose de concret d’Israël", a dit ce res­pon­sable qui a requis l’anonymat.

Dans la vieille ville de Jéru­salem, au moins 15.000 Israé­liens ont mani­festé devant le Mur des lamen­ta­tions contre la confé­rence d’Annapolis.

Une "ruse" pour l’Iran

L’Iran a de son côté qua­lifié la réunion de "ruse" devant servir les intérêts d’Israël. "Tous les res­pon­sables poli­tiques du monde entier savent que cette confé­rence est vouée à l’échec", a déclaré le guide suprême de la révo­lution isla­mique, l’ayatollah Ali Kamenei [4]

Après avoir espéré long­temps qu’Annapolis soit l’occasion d’aborder de front les pro­blèmes de fond - fron­tières du futur Etat, statut de Jéru­salem et sort des réfugiés de 1948 -, Washington s’est fina­lement résolu à en repousser la dis­cussion au len­demain de la conférence.

Le négo­ciateur pales­tinien Nabil Chaas a tou­tefois déclaré à Reuters que les négo­cia­tions qui sui­vraient Anna­polis ne débu­te­raient pas de zéro, mais des prin­cipes déjà convenus durant l’administration Clinton. Avant de quitter la Maison blanche, Bill Clinton avait proposé aux deux parties de s’entendre, notamment sur le principe d’un Etat pales­tinien à Gaza et sur 95% de la Cis­jor­danie et d’un partage des lieux saints de Jéru­salem. (Reuters)

[1] d’après l’Orient le Jour, Les négo­cia­tions israélo-​​​​arabes sont « à un tournant », selon Saoud al-​​​​Fayçal

Israël et les pays arabes sont « à un tournant » dans la recherche de la paix, a estimé le ministre saoudien des Affaires étran­gères Saoud al-​​​​Fayçal dans un entretien à l’hebdomadaire Time publié à la veille de la confé­rence inter­na­tionale d’Annapolis aux États-​​​​Unis. Sou­li­gnant la « déter­mi­nation des États-​​​​Unis » et leur « impli­cation constante », le ministre a sou­ligné que l’échec de ces négo­cia­tions coû­terait cher à la région. « Un pro­chain conflit serait très dan­gereux », ajoute le prince Saoud al-​​​​Fayçal.

« Une des raisons pour l’optimisme est la déter­mi­nation dont font preuve les États-​​​​Unis », a précisé le res­pon­sable saoudien, ajoutant croire dans la capacité de l’Administration du pré­sident amé­ricain George W. Bush de faire avancer le pro­cessus de paix. « Israël doit faire un choix… Il est temps pour eux d’essayer une poli­tique dif­fé­rente, une poli­tique qui consiste à accepter de vivre avec les Pales­ti­niens », poursuit le prince, qui accuse l’État hébreu d’avoir basé sa stra­tégie sur la force durant les 60 der­nières années. Interrogé sur la pos­si­bilité qu’un accord de paix soit signé avant que le pré­sident Bush quitte la Maison-​​​​Blanche en janvier 2009, le chef de la diplo­matie saou­dienne répond « bien sûr ».

[2] Rap­pelons que le pré­sident Abbas ne parle pas au nom de tous les Pales­ti­niens : voir l’Orient le Jour :

Le Hamas et le Jihad islamique clament leur refus d’Annapolis

Les radicaux isla­mistes du Hamas et du Jihad isla­mique ont clamé hier, au cours d’une « confé­rence du refus » à Gaza, leur rejet d’un pro­cessus de paix qui doit être relancé aujourd’hui à Anna­polis et affirmé que les Pales­ti­niens ne seront liés à aucune de ses décisions.

Le Hamas, qui a pris le contrôle de la bande de Gaza en juin, a organisé ce ras­sem­blement pour rejeter par avance toute « concession » sur les questions-​​​​clés du conflit israélo-​​​​palestinien, comme les fron­tières d’un État pales­tinien, les réfugiés de 1948 ou Jéru­salem. « Nous rejetons toutes les solu­tions (de paix) exis­tantes qui font fi de nos droits », a affirmé Mahmoud Zahar, un chef du Hamas à Gaza et repré­sentant de la ligne radicale du Hamas, devant des dizaines de cadres des deux mou­ve­ments consi­dérés comme ter­ro­ristes par l’Occident et Israël. « La terre de Palestine va du fleuve Jourdain jusqu’à la mer Médi­ter­ranée, des fron­tières syrienne et liba­naise au nord à la fron­tière égyp­tienne au sud », c’est-à-dire la Palestine his­to­rique du mandat bri­tan­nique, incluant l’État israélien, a martelé Mahmoud Zahar. Il a également réaf­firmé le « droit au retour des réfugiés dans leurs maisons partout en Palestine ». Il a par ailleurs réaf­firmé le refus d’une quel­conque « nor­ma­li­sation avec l’ennemi (israélien) quel que soit le prix qu’il paye ».

Un porte-​​​​parole du mou­vement isla­miste, Fawzi Barhoum, a pour sa part sou­ligné que les Pales­ti­niens ne tien­draient pas compte des éven­tuelles déci­sions prises à Anna­polis, sou­li­gnant que la délé­gation pales­ti­nienne emmenée par M. Abbas n’avait aucune « légi­timité ». « La cause pales­ti­nienne ne doit pas servir de pas­se­relle aux Arabes et à la com­mu­nauté inter­na­tionale afin de nor­ma­liser ses rela­tions avec l’ennemi israélien », a-​​​​t-​​​​il insisté. Un haut res­pon­sable du Jihad isla­mique, Mohammad al-​​​​Hindi, a de son côté accusé les États-​​​​Unis de ne pas chercher à établir la paix au Moyen-​​​​Orient mais de vouloir « frapper l’Iran, diviser l’Irak, contrôler le Liban, nor­ma­liser leurs rela­tions avec l’Arabie saoudite et briser la résis­tance palestinienne ». http://​www​.lorient​lejour​.com/​p​a​g​e​.​a​s​p​x​?​p​a​g​e​=​a​r​t​i​c​l​e​&​a​m​p​ ;​i​d​=​358536

[3] tou­jours selon l’Orient le Jour, Damas réaf­firme que le plateau du Golan est « non négociable »

Le chef de la diplo­matie syrienne, Walid Moallem, a réaf­firmé hier que la res­ti­tution du plateau du Golan occupé par Israël était « non négo­ciable », ajoutant que cette question devait être dis­cutée simul­ta­nément au conflit israélo-​​​​palestinien lors de la réunion d’Annapolis. « Le Golan syrien occupé est un ter­ri­toire non négo­ciable », a affirmé le ministre syrien, cité par l’agence officielle SANA. « La recon­nais­sance d’Israël est liée à son retrait de tous les ter­ri­toires arabes occupés en 1967 », a-​​​​t-​​​​il ajouté. Damas avait annoncé dimanche, en der­nière minute, sa par­ti­ci­pation à la réunion inter­na­tionale d’Annapolis mardi, après avoir obtenu des États-​​​​Unis qu’y soit abordé son conflit ter­ri­torial avec Israël sur le plateau du Golan occupé par Israël en 1967 et annexé en 1981. La question de sa res­ti­tution totale a fait capoter les négo­cia­tions de paix bila­té­rales gelées depuis 2000. « La confé­rence d’Annapolis deviendra une réelle oppor­tunité si les Arabes expriment leur soli­darité et leur enga­gement à l’initiative de paix arabe et leur appui au peuple pales­tinien », a ajouté M. Moallem. Il a affirmé l’importance de négocier de manière « conco­mi­tante » l’ensemble des « volets » du conflit israélo-​​​​arabe, rejetant « les mani­pu­la­tions (israé­liennes) des dif­fé­rents volets et (la volonté israé­lienne) d’utiliser des négo­cia­tions syro-​​​​israéliennes pour exercer des pres­sions sur le volet pales­tinien ». « La Syrie s’attache aux prin­cipes de la confé­rence de Madrid (confé­rence inter­na­tionale de 1991) qui pré­conise une paix juste et globale », a ajouté M. Moallem.

De son côté, la presse offi­cielle syrienne s’est montrée scep­tique hier sur les chances de succès d’Annapolis. « La Syrie a accepté de par­ti­ciper à la réunion d’Annapolis sans se faire d’illusion, en accordant la priorité à la cause pales­ti­nienne, à la sta­bilité et à la sécurité dans la région », sou­ligne le quo­tidien gou­ver­ne­mental Techrine. « La confé­rence d’Annapolis risque d’être une nou­velle chance ratée car sa pré­pa­ration ne présage en rien la pos­si­bilité de réa­liser une percée dans aucun des volets gelés », estime pour sa part le journal as-​​​​Saoura. http://​www​.lorient​lejour​.com/​p​a​g​e​.​a​s​p​x​?​p​a​g​e​=​a​r​t​i​c​l​e​&​a​m​p​ ;​i​d​=​358537

[4] voir encore : L’Iran, seul grand absent de l’événement

L’Iran a tout fait pour dis­suader son allié syrien et son voisin saoudien de par­ti­ciper à la réunion d’Annapolis sur le Proche-​​​​Orient, mais se retrouve isolé en étant le seul grand absent de l’événement. Le pré­sident iranien Mahmoud Ahma­di­nejad, qui n’a pas ménagé ses efforts, a appelé le roi Abdallah d’Arabie saoudite dans la nuit de dimanche à lundi. « Je sou­haite que le nom de l’Arabie saoudite ne fasse pas partie de ceux des (pays) par­ti­ci­pants à la confé­rence d’Annapolis », a dit M. Ahma­di­nejad à son inter­lo­cuteur. « Les pays arabes devraient être vigi­lants envers les com­plots et les trom­peries de l’ennemi sio­niste », a encore dit M. Ahmadinejad.

Ennemi juré d’Israël et des États-​​​​Unis, l’Iran se pose depuis la révo­lution isla­mique de 1979 en défenseur inflexible des droits des Pales­ti­niens. Mais cette position est vue au mieux avec sus­picion par ses voisins arabes, qui craignent que l’Iran désta­bilise la situation avec son appui incon­di­tionnel au Hamas palestinien.

En privé, les diplo­mates arabes dans la capitale ira­nienne sou­lignent qu’ils voient d’un mauvais œil l’Iran perse et chiite se mêler des affaires des Arabes sunnites.

Fort de son alliance avec la Syrie, Téhéran a aussi tenté de convaincre Damas de boy­cotter Anna­polis. M. Ahma­di­nejad a contacté dimanche par télé­phone son homo­logue syrien Bachar el-​​​​Assad, et selon l’agence iranienne ISNA, les deux hommes ont convenu que « seuls les vrais repré­sen­tants du peuple pales­tinien peuvent prendre des déci­sions sur l’avenir de la Palestine et des confé­rences comme celle d’Annapolis sont vouées par avance à l’échec ».

De son côté, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Kha­menei, a qua­lifié, à l’occasion de la fête de la milice isla­miste des bas­sidjis, Anna­polis de « confé­rence de l’automne (…) car c’est l’automne de leur espoir ». La plus haute autorité de l’État a affirmé que ses orga­ni­sa­teurs « espèrent pouvoir aider le régime usur­pateur et fan­toche sio­niste et apporter un peu d’honneur aux res­pon­sables de la maison noire », en allusion à la Maison-​​​​Blanche. L’Iran n’a pas perdu espoir pour autant de troubler le jeu. Le pré­sident iranien a ainsi invité les chefs de dix groupes pales­ti­niens à Téhéran. http://​www​.lorient​lejour​.com/​p​a​g​e​.​a​s​p​x​?​p​a​g​e​=​a​r​t​i​c​l​e​&​a​m​p​ ;​i​d​=​358539