Palestine 19482008

André Le Corre, lundi 12 mai 2008

L’ONU pourra-​​t-​​il un jour réparer sa ter­rible erreur de 1948 et faire en sorte que les Pales­ti­niens puissent un jour, comme tous les peuples du monde, vivre en paix dans le pays de leurs ancêtres ?

Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU adapte le plan de partage de la Palestine his­to­rique qui était sous le mandat bri­tan­nique depuis le déman­tè­lement de l’Empire ottoman en 1925. Le vote fut très serré : 33 voix en faveur, 13 contre et 10 abs­ten­tions, c’est-à-dire une voix de plus que la majorité des 2/​3 néces­saires pour sa mise en vigueur.

Ce plan qui pré­voyait la consti­tution d’un État juif et d’un État pales­tinien était à la fois mal conçu et très injuste puisqu’il donnait aux Juifs, qui repré­sen­taient en 1947 un tiers de la popu­lation du pays, 55% du ter­ri­toire, dont une grande partie des terres les plus fer­tiles. Accepté par les Juifs sio­nistes, ce plan fut bien entendu rejeté par les Pales­ti­niens et l’ensemble des pays arabes.

Nettoyage ethnique

Dès le départ des Bri­tan­niques, le 15 mai 1948, le Conseil national juif, avec à sa tête Ben Gourion, pro­clamait uni­la­té­ra­lement l’indépendance de l’État d’Israël. C’est la pre­mière face d’un anni­ver­saire qui sera célébré cette année par tous les Juifs sio­nistes dans le monde entier.

La deuxième face de cet anni­ver­saire est beaucoup plus tra­gique. C’est tout ce que le million de Pales­ti­niens, habitant ce ter­ri­toire en 1948, allait subir du fait de ce partage, un véri­table net­toyage eth­nique accom­pagné de mas­sacres et d’une dépor­tation massive. C’est la grande catas­trophe, la Nakba en arabe, que tous les Pales­ti­niens com­mé­mo­reront aussi le 15 mai de cette année.

Pour bien com­prendre l’étendue de ce désastre, il nous faut revenir quelque peu en arrière dans le temps. Dès 1920, les pre­miers colons juifs créent une milice armée, la Haganah, dont le rôle était de pro­téger les implan­ta­tions juives qui deve­naient de plus en plus nom­breuses. Des orga­ni­sa­tions terroristes

En 1931, les sio­nistes révi­sion­nistes (la droite) avec Vla­dimir Jabo­tinsky, fondent l’Irgoun à laquelle devait se joindre par la suite le groupe Stern, qui à la mort de ce dernier, s’appellera Lehi. Ces deux der­nières orga­ni­sa­tions auront dès le début un caractère que l’on appel­lerait aujourd’hui « terroriste ».

L’existence de ces milices, qui en 1948 devaient fusionner pour former Isahal, explique que, dès avant la nais­sance de l’État d’Israël, c’est-à-dire dès décembre 1947, des attaques aient pu avoir lieu contre les vil­lages arabes, opé­ra­tions qui allaient s’intensifier à partir de mars1948.

Le 10 mars 1948, onze diri­geants juifs mettent au point un plan (dit plan Dalet) qui vise à remédier à la dis­persion des colonies juives, au moment du plan de partage, par l’élimination pure et simple des vil­lages arabes et l’expulsion de leurs populations.

Ce plan sera appliqué avec une incroyable férocité. Plu­sieurs mas­sacres eurent lieu dont le plus connu à Deir Yassin (9 avril 1948) au cours duquel 254 arabes, hommes, femmes et enfants ont été exé­cutés. Au moins quatre autres mas­sacres ont été recensés.

La terreur pro­voquée par ces tueries parmi la popu­lation pales­ti­nienne a été telle qu’au terme de la réa­li­sation de ce plan - qui s’est avéré un véri­table net­toyage eth­nique - 531 vil­lages avaient été détruits et près de 800 000 Pales­ti­niens s’étaient enfuis ou avaient été expulsés par la force.

Le supposé « appel du Caire »

Il faut reléguer au rang de la pro­pa­gande sio­niste le supposé « appel du Caire », selon lequel les Pales­ti­niens auraient été invités à quitter leur pays avant l’invasion des armées arabes qui eut lieu également, le 15 mai 1948.

Tous ceux que l’on appelle que main­tenant « les nou­veaux his­to­riens Juifs », dont font partie Norman Fin­ke­stein et Ilan Pappe, ont clai­rement démontré la fausseté de cet fable, cet appel n’ayant tout sim­plement jamais eu lieu.

Bien au contraire, les pays arabes auraient demandé aux Pales­ti­niens de ne pas quitter leurs vil­lages. Après cet exode, il ne restera plus que 170 000 Arabes dans le nouvel État d’Israël. C’est donc ce qu’a été la Nakba pro­prement dite.

Mais il faut ajouter à cela les consé­quences de la guerre de 1948 entre Israël d’un côté et la Syrie, la Trans­jor­danie, l’Irak et l’Égypte de l’autre. Cette guerre a été déclenchée dès le 15 mai 1948 par les pays arabes qui refu­saient d’accepter le partage de la Palestine.

Les opé­ra­tions mili­taires s’étendront de mai 1948 jusqu’au début de l’année 1949 entre­coupé de plu­sieurs armis­tices. Le résultat final en sera qu’Israël occupera 80% de l’ancienne Palestine au lieu des 55 % pro­posés par l’ONU, la Trans­jor­danie (avec le roi Abdallah) occupera la Cis­jor­danie et l’Égypte la bande de Gaza.

Ainsi, il ne restera plus rien de la Palestine his­to­rique pour former l’État pales­tinien projeté par l’ONU et, après la guerre des Six Jours en 1967, la Cis­jor­danie et Gaza seront occupées à leur tour par les Israé­liens. 4 mil­lions de réfugiés

Aujourd’hui, près de 4 mil­lions de réfugiés pales­ti­niens vivent encore dans 59 camps en Cis­jor­danie, à Gaza et dans les pays arabes envi­ron­nants. Tous ont gardé, au fond de leurs cœurs, l’espoir d’un retour dans leur village d’origine, conservant pré­cieu­sement les papiers, les sou­venirs qui seuls leur restent et même la clef de leur ancienne maison.

Main­tenant, c’est une autre « Nakba » qui menace le million et demi de Pales­ti­niens qui résident dans la de bande de Gaza. Du blocus israélien et des attaques quo­ti­diennes de son armée résulte un véri­table désastre huma­ni­taire sous le regard indif­férent d’un Occident anes­thésié par la sup­posée « guerre au ter­ro­risme » et la sujétion aux État-​​Unis.

L’ONU pourra-​​t-​​il un jour réparer sa ter­rible erreur de 1948 et faire en sorte que les Pales­ti­niens puissent un jour, comme tous les peuples du monde, vivre en paix dans le pays de leurs ancêtres ?