Marwan Barghouti appelle à des manifestations de masse

L’Humanité, dimanche 24 juillet 2011

De sa prison, le diri­geant pales­tinien en appelle au soutien popu­laire pour appuyer la recon­nais­sance d’un État pales­tinien par l’ONU, en sep­tembre pro­chain. De son côté, Israël s’emploie à ras­sembler une «  majorité morale  » afin de la faire échouer.

Contraint par un contexte proche-​​oriental en plein bou­le­ver­sement, le premier ministre israélien, Benyamin Neta­nyahou, veut négocier. «  Tout est sur la table, mais il faut se rendre à la table.  » Il l’a clamé sur la chaîne de télé­vision arabe Al Arabiya, concur­rente d’Al Djazira. «  Je suis prêt à négocier la paix entre nos deux peuples, direc­tement avec le pré­sident Mahmoud Abbas, et nous pouvons le faire chez moi, à Jéru­salem, à Ramallah, ou n’importe où  !  » Coïn­ci­dence ou non, cette décla­ration inter­vient à moins de trois mois de l’Assemblée générale de l’ONU qui, sauf sur­prise, votera la recon­nais­sance de l’État pales­tinien (lire : Pour la recon­nais­sance de l’État palestinien) dans ses fron­tières de 1967 et son admission au sein des Nations unies… Et le jour même où Marwan Bar­ghouti, le diri­geant du Fatah, qui purge une peine de prison à vie après une parodie de procès, a appelé les Pales­ti­niens à des mani­fes­ta­tions de masse, en sep­tembre, pour sou­tenir la demande d’adhésion d’un État pales­tinien (lire : Le dif­ficile et long chemin vers l’Etat palestinien ) à l’ONU. «  Rem­porter la bataille de sep­tembre pro­chain, qui est un pas important dans notre lutte, exige les plus grandes mani­fes­ta­tions popu­laires et paci­fiques ici et dans la dia­spora, dans les pays arabes et musulmans et dans les capi­tales inter­na­tio­nales (…) Ce n’est pas seulement le combat du pré­sident Mahmoud Abbas, de l’Organisation de la libé­ration de la Palestine, de l’Autorité pales­ti­nienne  », a-​​t-​​il déclaré, dans un com­mu­niqué rédigé mer­credi. De fait, la pro­po­sition israé­lienne d’ouverture de négo­cia­tions ne vise rien de moins qu’à tor­piller la recon­nais­sance de l’État pales­tinien par l’instance onu­sienne, d’autant que le rapport des forces n’est pas en faveur d’Israël. «  Il y a 117 pays qui recon­naissent l’État pales­tinien dans ses fron­tières de 1967  », a assuré mer­credi le pré­sident Mahmoud Abbas, en visite en Espagne.

L’obstination d’israël

La tâche s’avère com­pliquée pour Israël (lire : « Israël mine la voie menant à un État palestinien ») : depuis la récon­ci­liation entre le Fatah et le Hamas, inter­venue dans le sillage du «  prin­temps arabe  » (lire : La révo­lution arabe frappe aux portes d’Israël) , il ne peut plus surfer sur les divi­sions inter­pa­les­ti­niennes, comme il le faisait dans un passé récent. En outre, il n’est pas sûr de convaincre cer­tains pays «  amis  » ou hési­tants à voter contre la recon­nais­sance d’un État pales­tinien. Les Israé­liens ont besoin, en effet, de 30 voix pour ras­sembler «  une majorité morale  » afin de faire échouer la demande d’admission d’un État pales­tinien. «  Mais ils seront encore défaits parce qu’ils n’obtiendront pas les 30 voix pour voter contre nous  », a affirmé Ryad Mansour, l’ambassadeur pales­tinien aux Nations unies. Visi­blement, la récon­ci­liation inter­pa­les­ti­nienne, sur fond de blocage du pro­cessus de paix, inter­venant dans le sillage du «  prin­temps arabe  », qui s’est notamment traduit par la chute d’un allié de poids de Neta­nyahou, en l’occurrence Hosni Mou­barak, a introduit une nou­velle donne régionale qu’Israël ne peut plus ignorer. L’aspiration pré­sente des peuples du Moyen-​​Orient à la démo­cratie (lire : Un État pales­tinien, l’idée fait son chemin ) et aux libertés rend ainsi la tâche dif­ficile à la diplo­matie israé­lienne, qui ne peut plus faire valoir le fait qu’Israël est le seul État démo­cra­tique de la région, «  encerclé  » par des pays dont les peuples seraient acquis aux idées de feu Ben Laden et qui seraient rétifs aux idées démo­cra­tiques et aux droits de l’homme, pour jus­tifier le refus d’Israël de négocier et de se retirer des ter­ri­toires occupés. Et partant, de refuser le plan arabe de paix adopté en 2002 à Bey­routh pré­co­nisant le retrait d’Israël de tous les ter­ri­toires occupés, y compris de Jérusalem-​​Est et du Golan syrien, en échange de sa recon­nais­sance et de l’établissement de rela­tions diplo­ma­tiques. Bien qu’approuvé, du moins ver­ba­lement, par les États-​​Unis (lire : Après les mots d’Obama, l’attente des gestes politiques) et l’Union euro­péenne, ce plan est resté lettre morte, et cela en raison de l’obstination d’Israël.

L’extrémisme religieux en Israël.

Dans un rapport publié par le quo­tidien Haaretz, le général israélien, Avi Zamir, s’inquiète de la montée de l’extrémisme reli­gieux au sein de l’armée. Pointant dans ce rapport «  la montée d’un extré­misme reli­gieux  », il dénonce la ten­dance de l’armée à céder aux exi­gences des rabbins ultraor­tho­doxes qui s’opposent à la mixité. Les plaintes déposées par des sol­dates et des femmes offi­ciers s’accumulent. Des femmes-​​soldats se voient refuser de servir dans cer­taines unités mili­taires. Des soldats se sont plaints d’un «  bourrage de crâne reli­gieux et ultra­na­tio­na­liste  ». Cet officier propose de retirer au rab­binat le rôle du ren­for­cement de la «  conscience juive  » dans l’armée. Question  : sera-​​t-​​il entendu ?