Lettre ouverte aux marcheurs de la Gaza Freedom March

Haidar Eid et d’Omar Barghouthi, samedi 2 janvier 2010

Sur inter­vention de la femme du pré­sident égyptien les auto­rités égyp­tiennes ont autorisé une délé­gation pré­ten­dument repré­sen­tative de la Marche à se rendre à Gaza dans une démarche huma­ni­taire le 30. Les 1300 autres mar­cheurs res­taient confinés au Caire. Les coor­do­na­teurs pales­ti­niens s’adressent aux Marcheurs.

Communiqué

« Chers organisateurs et participants à la Marche de la Liberté à Gaza,

Après beaucoup d’hésitation et de dis­cus­sions, nous vous écrivons pour vous demander de refuser le « marché » auquel vous êtes par­venus avec la direction égyp­tienne (par Mme Mubarak). Cet accord est mauvais pour nous et, nous le pensons pro­fon­dément, ter­rible pour le mou­vement de solidarité.

Nous pen­sions ini­tia­lement que si des repré­sen­tants de la qua­ran­taine de pays pou­vaient aller à Gaza et par­ti­ciper à une marche sym­bo­lique avec les Pales­ti­niens, cela trans­met­trait le message à l’opinion publique mon­diale, notre cible principale.

Cependant, après avoir écouté la confé­rence de presse du Ministre des Affaires Etran­gères égyptien la nuit der­nière sur Alja­zeera, et la manière dont il a décrit l’accord en détail, nous pensons sans aucune ambigüité que ce com­promis est trop lourd, trop créateur de divi­sions et trop des­tructif pour notre travail et nos contacts en réseau à venir avec les divers mou­ve­ments de soli­darité à travers le monde.

M. Abu Al-​​Gheit a décrit les 100 délégués qui étaient gra­cieu­sement auto­risés à entrer à Gaza comme faisant partie d’organisations que l’Egypte considère comme « bonnes et sin­cères dans leur position de soli­darité avec Gaza de la même manière que nous [le régime] le faisons. ». Il a décrit les autres comme venant « d’organisations qui ne sont inté­ressées que par la sub­version et l’action contre les intérêts égyp­tiens, pour semer le désordre dans les rues d’Egypte, et non pas par la soli­darité avec les Pales­ti­niens. » Il a aussi dit que le public égyptien était suf­fi­samment sage pour voir que ceux-​​ci étaient des hoo­ligans et il s’en était tenu à l’écart.

Outre la division évidente que cau­serait l’acceptation de ce marché, voici ce qui est faux dans cette pré­sen­tation des faits :

1 ) Le régime égyptien, dans sa confé­rence de presse, décrit la grande majorité des inter­na­tionaux par­ti­cipant à la Gaza Freedom March comme des hoo­ligans et des agents pro­vo­ca­teurs, pas comme des vrais groupes de soli­darité. C’est une grave insulte à nous tous, à tous nos par­te­naires et à la GFM toute entière, puisque cela dépeint nous tous comme tra­vaillant en par­te­nariat avec des forces « fana­tiques », « des­truc­trices », et non avec des forces unies pour mettre fin au siège et pour la règle de la pri­mauté du droit.

2) La direction égyp­tienne uti­lisera notre accord pour dire que sa position et sa « façon d’être soli­daire avec Gaza » ont tou­jours été les bonnes, et que ceux qui ont été d’accord avec cette manière sage ont été auto­risés à entrer.

3) La pression publique arabe et inter­na­tionale sur le gou­ver­nement égyptien croît énor­mément grâce aux actions que vous tous avez entre­prises et les excel­lents mes­sages aux médias que vous avez envoyés. Le gou­ver­nement égyptien veut uti­liser cet accord pour sou­lager la pression et redonner l’impression qu’il est pré­occupé par les Pales­ti­niens à Gaza. Tout ça pour détourner l’attention du Mur d’Acier qu’il est en train de construire et des appels récents l’interpellant au sujet de sa com­plicité avec le siège israélien criminel.

Notre intérêt à long terme en tant que Pales­ti­niens n’est pas de per­mettre au régime de se tirer d’affaire aussi faci­lement. Ou bien celui-​​ci autorise les 1.400 par­ti­ci­pants à aller à Gaza (si ce sont des "hoo­ligans", autant en débar­rasser l’Egypte et les expédier à Gaza, non ?), ou sinon, nous vous exhortons de toutes nos forces à refuser ce marché trop petit, trop tardif et trop mal conçu [1].

Nous ne pouvons décider à votre place à ce sujet, puisqu’en tout état de cause, la décision vous revient a vous TOUS. Si une majorité CLAIRE parmi vous se dégage pour accepter cet accord, nous vous accueillerons à Gaza et appré­cierons for­tement votre solidarité.

Mais nous pensons que votre soli­darité, sans venir à Gaza, en dénonçant le siège contre vous et nous, peut être plus fruc­tueuse pour nous et pour la fin du siège, du moins de la part du côté égyptien.

Nous vous saluons tous et vous remer­cions, du fond de nos cœurs, pour le travail indes­crip­tible que vous avez tous fait pour Gaza !

Respectueusement,

Haidar Eid, Gaza Omar Barghouti, Jerusalem

[1] Parmi les délé­ga­tions, l’AFPS, l’ABP et le Comité luxem­bour­geois, des Ita­liens et d’autres encore ont refusé de tomber dans le piège qui était tendu à la Marche