Les pays arabes iront à Annapolis

Alexandre Buccianti et Talal al-​​Atrache, RFI, dimanche 25 novembre 2007

Réunis au Caire pour déter­miner leur position, les pays arabes long­temps réti­cents ont fina­lement annoncé ce ven­dredi qu’ils par­ti­ci­pe­raient bien à la confé­rence sur le Proche-​​Orient orga­nisée mardi 27 novembre par les Etats-​​Unis à Anna­polis. Seule la Syrie laisse encore planer le doute.

Les Arabes se ren­dront bien à Anna­polis, mais pas pour faire de la figu­ration, a affirmé le Prince Saoud al-​​Fayçal. Le ministre saoudien des Affaires étran­gères a précisé que le royaume avait hésité avant d’accepter de se rendre aux Etats-​​Unis, confor­mément au consensus des autres pays arabes.  [1] Il a tou­tefois précisé qu’il ne se rendait pas à Anna­polis « pour assister à une repré­sen­tation théâ­trale ni pour serrer les mains d’officiels israé­liens ». De son côté, le Secré­taire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a indiqué que l’objectif de la par­ti­ci­pation arabe était de chercher une solution globale aux conflits du Proche-​​Orient, et non de sim­plement aborder la question palestinienne.

Reste l’inconnue syrienne. Damas a exigé que la question du Golan occupé par Israel fasse partie d’Annapolis. Son chef de la diplo­matie a indiqué que la Syrie avait reçu deux réponses posi­tives, mais Damas n’a tou­jours pas donné son accord. La Syrie veut voir quelle place sera donnée à cette question du Golan par la confé­rence patronnée par les Etats-Unis. [2]

L’inconnue syrienne

Damas estime fina­lement avoir eu gain de cause. Le plateau du Golan fera bien partie des dis­cus­sions à Anna­polis, mais la Syrie main­tient tou­jours le suspens sur son éven­tuelle par­ti­ci­pation. Le chef de la diplo­matie, Wallid al-​​Moallem, a déclaré que son pays pren­drait sa décision après avoir reçu et examiné le pro­gramme en détail.

La presse syrienne a jusqu’ici adopté un ton farou­chement hostile à la confé­rence qua­lifiée d’opération de rela­tions publiques israélo-​​américaines. La Syrie pourrait donc en der­nière minute accepter de se rendre à Anna­polis, sans tou­tefois se faire d’illusions car elle se can­tonne depuis le début de l’automne dans son scep­ti­cisme vis-​​à-​​vis d’une réunion qui selon Damas ne s’attaquera pas aux pro­blèmes de fond.

Sa par­ti­ci­pation viserait donc à ménager les sus­cep­ti­bi­lités amé­ri­caines car la Syrie cherche à gagner du temps, dans l’attente du départ des néo­con­ser­va­teurs et de l’arrivée des démo­crates à la Maison Blanche.

[1] voir aussi l-​​​​Watan : La réunion d’Annapolis :Désaccord entre Pales­ti­niens et Israéliens

La journée de ven­dredi a été riche en évène­ments dans le monde arabe, avec le vide ins­ti­tu­tionnel au Liban et la réunion minis­té­rielle arabe en vue de la confé­rence d’Annapolis qui suscite de grandes interrogations.

Cela étant, rien de tout cela n’a été retenu, même pas le désaccord entre Israé­liens et Pales­ti­niens, mais tout juste le principe d’une par­ti­ci­pation arabe. Pourtant, il n’y a pas que cela dans le document final de la confé­rence arabe qui avait appelé à un ordre du jour ouvert, en relation avec l’intitulé même de la réunion qui se tient cette semaine à l’initiative des Etats-​​​​Unis.

C’est devant les ministres arabes que le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas a annoncé que les pour­parlers israélo-​​​​palestiniens sur la rédaction d’un document conjoint avant la réunion d’Annapolis avaient échoué. « Nous vou­lions à travers nos négo­cia­tions par­venir à un document conjoint, mais mal­heu­reu­sement nous n’avons pu nous accorder sur la for­mu­lation car chaque partie a son point de vue », a déclaré M. Abbas à la réunion du Caire.

Négo­cia­teurs pales­ti­niens et israé­liens tentent depuis des semaines de par­venir à une pla­te­forme commune avant la réunion inter­na­tionale du 27 novembre d’Annapolis, près de Washington, mais de pro­fondes diver­gences sub­sistent entre les parties, y compris sur le libellé du texte. Si les Pales­ti­niens parlent d’un « document commun », les Israé­liens pré­fèrent la for­mu­lation « décla­ration commune ». A ce stade des dis­cus­sions, et au regard de l’enjeu, chaque mot compte. Alors qu’une décla­ration ne vaut que par son caractère solennel, un document est par défi­nition plus élaboré, et com­porte des enga­ge­ments précis. Ce que jus­tement refuse Israël, signi­fiant d’ores et déjà l’échec de cette confé­rence, ce qui est grave pour le pré­sident George W. Bush qui aurait cer­tai­nement aimé être celui qui a aidé au règlement du plus vieux conflit.

Alors que le doute n’a pas été tota­lement dissipé, un porte-​​​​parole du dépar­tement d’Etat amé­ricain, Karl Duck­worth, a salué la décision des pays arabes, y voyant « le signe qu’ils croient qu’il s’agira d’une réunion impor­tante et sérieuse ». Le ministre saoudien des Affaires étran­gères, le prince Saoud Al Fayçal, a sou­ligné que « nous n’y allons pas dans le but de serrer des mains ou pour une débauche d’émotion (…). Nous sommes là uni­quement pour obtenir une paix qui pré­serve les intérêts arabes et pré­serve les terres pales­ti­niennes, syriennes et liba­naises ». Quant au ministre syrien des Affaires étran­gères qui avait déclaré que Damas ne par­ti­ci­perait à cette réunion que si Washington inté­grait la question du Golan au menu des dis­cus­sions, il a annoncé en soirée que les Etats-​​​​Unis avaient accédé à cette requête. Il a tou­tefois sou­ligné que la Syrie ne déci­derait de son éven­tuelle par­ti­ci­pation qu’après avoir reçu l’ordre du jour de la réunion. Les Etats-​​​​Unis ont impli­ci­tement reconnu l’inclusion de la question du Golan au pro­gramme d’Annapolis. « Tous les par­ti­ci­pants pourront faire valoir leur point de vue et sou­lever des ques­tions d’intérêt national comme ils l’entendent », a déclaré, à Washington, M. Duck­worth, interrogé sur la question. En ce qui les concerne, les Arabes viennent de réitérer leur approche pour la paix. Qu’en sera-​​​​t-​​​​il dans peu de jours ? T. H. http://​www​.elwatan​.com/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​p​a​g​e​=​a​r​t​i​c​l​e​&​a​m​p​ ;​i​d​_​​a​r​t​i​c​l​e​=​81298

[2] voir également l’Orient le Jour :

Israé­liens et Pales­ti­niens échouent à s’entendre sur une plate-​​​​forme commune Les pays arabes annoncent leur par­ti­ci­pation au niveau minis­tériel à la réunion d’Annapolis

L’Arabie saoudite, tenante d’une ligne dure contre Israël, et les autres pays arabes réunis hier au Caire ont annoncé leur par­ti­ci­pation au niveau minis­tériel à la réunion d’Annapolis du 27 novembre des­tinée à relancer le pro­cessus de paix au Proche-​​​​Orient. Le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas a par contre confirmé au Caire que Pales­ti­niens et Israé­liens avaient échoué à s’entendre au préa­lable sur une plate-​​​​forme commune à pré­senter à Annapolis.

Le secré­taire général de la Ligue arabe Amr Moussa a indiqué que l’Arabie saoudite, qui, comme d’autres pays arabes, s’interrogeait sur sa par­ti­ci­pation de peur que la réunion n’ait aucun résultat tan­gible, serait bien pré­sente, comme les autres pays arabes. Cette par­ti­ci­pation repré­sente une vic­toire diplo­ma­tique pour Washington : Ryad n’a jamais reconnu Israël et aucun haut res­pon­sable saoudien n’a jamais discuté en public avec des res­pon­sables du gou­ver­nement israélien, même si Saou­diens et Israé­liens siègent ensemble à l’ONU. Le ministre saoudien des Affaires étran­gères, le prince Saoud al-​​​​Fayçal, a reconnu lui-​​​​même au Caire que son pays était réticent à l’idée de se rendre à Anna­polis et avait uni­quement accepté pour ne pas rompre le consensus arabe. « Nous n’y allons pas dans le but de serrer des mains ou pour une débauche d’émotions (…). Nous sommes là uni­quement pour obtenir une paix qui pré­serve les intérêts arabes, et les terres pales­ti­niennes, syriennes et liba­naises », a prévenu le ministre saoudien. Les pays arabes « ont accepté l’invitation à par­ti­ciper au niveau minis­tériel à la confé­rence d’Annapolis », indique le com­mu­niqué final de la réunion, sans men­tionner les pays qui seront pré­sents comme la Syrie.

La Syrie réserve sa réponse

Damas, adver­saire de longue date de l’État hébreu, a annoncé hier que les États-​​​​Unis avaient accepté d’inscrire la question du Golan à l’ordre du jour d’Annapolis, mais en ajoutant qu’il déci­derait de sa par­ti­ci­pation éven­tuelle lorsqu’il rece­vrait le pro­gramme des dis­cus­sions. « Les États-​​​​Unis ont confirmé que le dossier syro-​​​​israélien serait intégré », a déclaré le ministre des Affaires étran­gères Walid Moallem, cité par l’agence syrienne de presse. « La Syrie décidera de par­ti­ciper ou non (à la réunion) à la lumière du pro­gramme qu’elle recevra. » Le gou­ver­nement de Damas a indiqué à plu­sieurs reprises qu’il ne pren­drait part aux dis­cus­sions du Maryland que si le plateau du Golan, occupé depuis 1967 et annexé à Israël en 1981, figurait à l’ordre du jour. La porte-​​​​parole du Premier ministre israélien Ehud Olmert s’est félicité pour sa part de « cette large par­ti­ci­pation » qui montre « le soutien des pays du Proche-​​​​Orient au pro­cessus de paix israélo-​​​​palestinien ». Israé­liens et Pales­ti­niens, qui négo­ciaient depuis des semaines, ont en revanche échoué à élaborer un « document conjoint » préa­lable, a indiqué aux pays arabes M. Abbas. « Mal­heu­reu­sement, nous n’avons pu nous accorder sur la for­mu­lation car chaque partie a son point de vue », a expliqué M. Abbas. Rien que sur le libellé du texte, les Pales­ti­niens parlent de « document commun », alors qu’Israël préfère la for­mu­lation « décla­ration commune ». « Nous sommes devant une occasion his­to­rique. (…) Nous espérons nous retrouver ensemble à la confé­rence pour étudier tous les dos­siers, le dossier israélo-​​​​palestinien, le dossier syro-​​​​israélien et le dossier libanais », a tou­tefois déclaré M. Abbas. Enfin, le dépar­tement d’État amé­ricain a salué hier la décision des pays arabes, pré­cisant que toutes les parties repré­sentées à la réunion d’Annapolis pourront faire valoir des ques­tions d’« intérêt national. http://​www​.lorient​lejour​.com/​p​a​g​e​.​a​s​p​x​?​p​a​g​e​=​a​r​t​i​c​l​e​&​a​m​p​ ;​i​d​=​358332