Les mots de la force occupante

Denise Hamouri,, vendredi 10 avril 2009

Denise Hamouri mère du Franco-​​Palestinien Salah Hamouri, empri­sonné illé­ga­lement en Israël, est l’invitée de l’Humanité.

Qui­conque est de bonne foi et admet ce fait qui est reconnu inter­na­tio­na­lement selon lequel l’État d’Israël est une « force occu­pante » ne peut reprendre à son compte les mots qu’il utilise, sauf à s’en faire com­plice, volon­tai­rement ou non.

Pourtant que n’ai-je lu ou entendu !

Le tri­bunal mili­taire qui a condamné Salah est situé à Ofer, prenez une carte et vous le consta­terez : Ofer se trouve à quelques kilo­mètres de Ramallah, en plein coeur de la Cis­jor­danie. Un tri­bunal mili­taire israélien ins­tallé en pleine Cis­jor­danie, cela devrait être un fait suf­fisant pour qu’il soit admis que c’est bien un tri­bunal d’occupation qui ne peut en aucun cas pro­céder d’un État de droit. On ne peut à la fois occuper le ter­ri­toire d’un peuple et juger ce peuple ! Ce tri­bunal est donc illé­gitime en son principe. Pourtant j’ai lu, sous des plumes qui n’étaient pas des moindres, qu’on ne pouvait inter­férer dans le pro­cessus qui s’est abattu sur mon fils au titre « du respect de l’indépendance » de la justice israélienne…

Le tri­bunal mili­taire israélien ins­tallé à Ofer porte ce titre officiel : « tri­bunal de Judée ». Et, en France, des per­son­na­lités impor­tantes, eu égard à leur titre, ont repris ce terme : tri­bunal de Judée. La Judée, c’est le nom donné et le voca­bu­laire utilisé par l’occupant israélien, preuve for­melle qu’il n’admet pas l’existence d’un État pales­tinien, de cette partie de la Palestine his­to­rique qui ne lui appar­tient pas et qui s’appelle la Cis­jor­danie et non pas la Judée, qui n’existe plus depuis des mil­liers d’années.

Nous habitons Jérusalem-​​Est. Et Salah, notre fils, est franco-​​palestinien. Je suis fran­çaise. Mon mari est pales­tinien. Mais quand on habite Jérusalem-​​Est et qu’on est pales­tinien, on n’existe pas en tant que tel. Puisque Jéru­salem est annexée par la force occu­pante. Tout Pales­tinien vivant à Jéru­salem ne possède pas de papiers d’identité portant mention de sa natio­nalité, il possède une carte de résident de Jéru­salem, il n’est ni israélien ni pales­tinien. Il n’est « rien ». C’est pourquoi, bien que l’annexion de Jérusalem-​​Est par Israël soit condamnée par l’ONU, il n’y a jamais de libérés pales­ti­niens hié­ro­so­ly­mites (habi­tants de Jéru­salem) quand il y a des libé­ra­tions sur décision poli­tique, et non judi­ciaire, des auto­rités israéliennes.

De sorte que Salah, à qui on dénie une partie de sa per­son­nalité et la dimension pales­ti­nienne de sa double natio­nalité est, en droit, uni­quement français. Être hié­ro­so­lymite est donc un mot qui cache bien des maux, ceux pro­voqués par l’occupation. Tout le monde sait cela ici. Pas à Paris ? Les mots de la force occu­pante se répandent dans bien des esprits…