Le scandale Salah Hammouri

Alain Gresh, lundi 20 octobre 2008

N’oublions pas que la Palestine occupée compte sans doute le plus grand nombre de pri­son­niers poli­tiques du monde …" Ce qui est scan­daleux dans cette affaire, c’est le silence assour­dissant des auto­rités françaises".

Salah Ham­mouri est ce jeune franco-​​palestinien, empri­sonné durant plus de trois ans, condamné par un tri­bunal miliaire israélien sans preuves à sept ans de prison à l’issue d’un procès où l’utilisation des « aveux » rap­pelle de sinistres sou­venirs. Ham­mouri reste inconnu pour de nom­breux français. Alors que la mairie de Paris et le gou­ver­nement français se mobi­lisent pour les « otages », et en premier lieu pour le soldat franco-​​israélien Gilad Shalit, le silence autour du cas de Ham­mouri a quelque chose d’exemplaire, comme l’explique dans un article d’une page de Libé­ration Chris­tophe Ayad, « Israël : un Français aux oubliettes » (1819 octobre 2008).

« Salah Ham­mouri a été arrêté le 13 mars 2005 sur la route de Ramallah. Deux heures plus tard, la police israé­lienne retournait l’appartement de ses parents, à Jérusalem-​​Est, à la recherche de preuves. Ils ont tout retourné, saisi le disque dur de son ordi­nateur. Ils sont allés jusqu’à démonter les lavabos, se souvent Denis Ham­mouri, la mère de l’étudiant en socio­logie de l’université de Beth­léeem. Pendant que son fils est détenu pendant trois mois à la prison de la Mos­kobieh, à Jéru­salem, elle apprend dans la presse qu’il est censé avoir par­ticipé à un complot visant à assas­siner le rabbi Ovadia Yossfe, chef spi­rituel du parti Shas (ultra-​​orthodoxe séfarade). Il est aussi accusé d’appartenir au FPLP. Pendant les trois années qui suivent, Salah Hamouri est maintenu en détention admi­nis­trative, comme la grande majorité des 11 600 pri­son­niers pales­ti­niens, c’est-à-dire sans super­vision de la justice civile. La routine en Israël. »

Pourquoi a-​​t-​​il avoué ?

C’est que le pro­cureur lui a proposé un marché. « Si Salah reconnaît les faits, il prendra sept ans de prison : sinon ce sera qua­torze. Le dossier est pourtant mince : aucune preuve maté­rielle, ni armes, ni mails, ni plan, ni écoutes. Les seules “preuves” sont les témoi­gnages, aus­sitôt rétractés, de détenus pales­ti­niens et l’aveu de Salah, qui a reconnu être passé devant la maison du rabbin avec un ami, accusé lui aussi. L’avocate conseille à la famille d’accepter, car les juges mili­taires suivent tou­jours les réqui­si­tions. En tant que Pales­tinien de Jéru­salem, Salah n’a droit à aucune remise de peine. Il ne peut faire appel. »

Jusque-​​là, il faut le dire, rien que de très banal pour un Pales­tinien. N’oublions pas que la Palestine occupée compte sans doute le plus grand nombre de pri­son­niers poli­tiques du monde ; que la torture est d’usage courant ; que les déten­tions sans jugement le sont aussi ; que la majorité des jeunes hommes, à un moment ou à un autre, passe par les prisons israé­liennes ; que ces cen­taines de mineurs et de femmes sont aussi emprisonnés.

« Ce qui est scan­daleux dans cette affaire, c’est le silence assour­dissant des auto­rités fran­çaises. Dès la condam­nation, sou­ligne Chris­tophe Ayad, les auto­rités fran­çaises se retran­cheront sys­té­ma­ti­quement der­rière la décision de justice et der­rière cet aveu de culpa­bilité. Dans un courrier, Rama Yade va jusqu’à reprocher à Salah Ham­mouri de ne pas avoir exprimé de “regrets”. Lors de sa ren­contre avec Denise Ham­mouri, fin mai, la secré­taire d’Etat aux droits de l’homme semble découvrir l’affaire. L’ambassadeur spécial des droits de l’homme, François Zim­meray est aux abonnés absents. Tout comme l’Elysée. »

Un mot sur François Zim­meray. Cet ancien député européen socia­liste s’est tel­lement aligné sur les posi­tions israé­liennes au début des années 2000 que le Parti socia­liste, peu suspect pourtant de pencher en faveur des Pales­ti­niens, a fina­lement décidé de ne pas le repré­senter aux élec­tions de 2004. Mais Nicolas Sarkozy l’a récupéré. (une recherche rapide sur Google permet de trouver les décla­ra­tions de ce personnage).

En conclusion, Chris­tophe Ayad sou­ligne que l’Elysée, qui a trouvé le temps de recevoir les parents de Gilad Shalit, n’a pas trouvé le temps pour recevoir Denise Ham­mouri. « Une tiédeur qui contraste avec les mots de réconfort du père de Gilad Shalit, qui avait su trouver les mots pour répondre à la lettre que lui avait envoyé Denise Ham­mouri en sou­haitant la libé­ration de leurs deux enfants. »

Notons que l’ancien député com­mu­niste Jean-​​Claude Lefort vient de créer un comité de soutien à Salah Ham­mouri.


Note :

voir une vidéo de la confé­rence de presse lors de laquelle le comité de soutien a été offi­ciel­lement annoncé :


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