Le Quai d’Orsay ment sciemment aujourd’hui

Jean Claude Lefort, mercredi 22 octobre 2008

A ne pas vouloir admettre, pour en tirer les conclu­sions, que la situation de Salah est le résultat d’une occu­pation mili­taire israé­lienne armée, condamnée inter­na­tio­na­lement, notre pays se place de facto en marge du droit inter­na­tional et il en vient, du même coup, à manquer de volonté vis-​​à-​​vis d’Israël.

Suite à la pré­sen­tation au Sénat, le 16 octobre dernier, du « Comité national de soutien à Salah Hamouri » et de ses retombées média­tiques, on constate que le Quai d’Orsay mul­tiplie les décla­ra­tions pour tenter de jus­tifier son posi­tion­nement dans cette affaire. Mais plus il parle et plus il confirme ce que je ne cesse de dire avec d’autres, à savoir qu’il n’a pas fait de la libé­ration de Salah Hamouri une affaire de principe, une affaire d’Etat, contrai­rement à bien d’autres situations.

Dans un com­mu­niqué en date du 20 octobre, le Quai assure qu’il saisit « chaque occasion » pour demander à Israël un « geste de clé­mence » en faveur de Salah Hamouri. Mais comme notre jeune com­pa­triote est tou­jours mal­heu­reu­sement en prison cela ne fait que sou­ligner du même coup l’inefficacité des demandes entre­prises. Et cela tient à une raison simple : les auto­rités fran­çaises estiment légitime et conforme au droit ce qui arrive à Salah. C’est cela le fond de l’affaire et tout le reste en découle, y compris le vocabulaire.

Ainsi, après avoir demandé aux auto­rités israé­liennes un « procès rapide » pour Salah, les auto­rités fran­çaises demandent-​​elles aujourd’hui un« geste de clé­mence » tout en se gardant bien d’exiger sa libé­ration pure et simple. Ainsi, encore, dans ce même com­mu­niqué, le Quai explique que Salah Hamouri « a choisi de plaider cou­pable » et qu’il « n’a pas sou­haité faire appel de sa condam­nation ni demandé une remise de peine ou une amnistie ». Ces affir­ma­tions sont très graves car tota­lement contraires à la réalité. Elles confirment en tout cas le fond des choses.

Le Quai d’Orsay sait par­fai­tement que Salah n’a pas choisi de plaider cou­pable. Il sait par­fai­tement que Salah a été l’objet d’un chantage consistant en ceci : « Ou vous plaidez cou­pable et ce sera 7 ans de prison ou si vous refusez ce sera beaucoup plus ». C’est cela la vérité. Le Quai le sait qui ment sciemment aujourd’hui.

De même le Quai sait-​​il aussi par­fai­tement qu’il n’a abso­lument pas d’appel pos­sible devant un tri­bunal mili­taire (« mili­taire » étant un qua­li­fi­catif jamais employé par le Quai qui parle uni­quement de « justice israé­lienne »). Le Quai d’Orsay sait également qu’une « remise de peine » ne peut inter­venir qu’aux deux tiers de la peine effectuée. Quant à la demande d’amnistie, nous avons demandé à la France qu’elle le fasse au titre de ce qu’elle a fait par ailleurs, en d’autres lieux, dans une affaire autrement trouble. Elle ne l’a pas fait.

Tou­jours dans le même com­mu­niqué jus­ti­fi­catif, le Quai indique qu’il est intervenu auprès de l’Autorité pales­ti­nienne pour lui demander de « relayer auprès d’Israël son souhait que M. Hamouri soit inclus dans les listes de pri­son­niers à libérer par Israël ». Mais il sait bien que l’Autorité pales­ti­nienne n’a aucun moyen concret d’imposer quelque liste que ce soit à Israël qui agit uni­la­té­ra­lement en ce domaine comme en d’autres. Par contre la France, qui est un Etat, dispose, elle, de moyens d’imposer sur ce point. Nous sommes inter­venus dans ce sens en juillet dernier et force est de constater que Salah est tou­jours en prison.

Bref, à lire le dernier com­mu­niqué du Quai d’Orsay, si Salah est en prison, c’est au moins tri­plement de sa faute, c’est aussi la faute de l’Autorité pales­ti­nienne, c’est la faute à tout le monde sauf… celle d’Israël et de la France. Les bras m’en tombent devant tant d’irresponsabilité et de mau­vaise foi.

A ne pas vouloir admettre, pour en tirer les conclu­sions, que la situation de Salah est le résultat d’une occu­pation mili­taire israé­lienne armée, condamnée inter­na­tio­na­lement, notre pays se place de facto en marge du droit inter­na­tional et il en vient, du même coup, à manquer de volonté vis-​​à-​​vis d’Israël.

Son absence de déter­mi­nation rela­ti­vement au cas de Salah en porte témoi­gnage. Car ce n’est pas tant de clé­mence qu’ a besoin Salah, c’est de justice. La France se devrait d’être exem­plaire. Elle peut être l’amie d’Israël sans être pour autant accepter le fait accompli contraire au droit inter­na­tional. Et on peut être ami d’Israël sans négliger à aucun moment d’être un défenseur résolu d’un de nos com­pa­triotes injus­tement frappé.

Le com­mu­niqué du Quai d’Orsay nous conforte dans notre décision de continuer à agir en faveur de Salah Hamouri. En agissant pour lui nous agissons pour le droit sans lequel il ne peut y avoir de justice ni pour un individu ni pour un peuple. Nous conti­nuerons donc nos efforts, jusqu’au succès, quelles que soient les mani­gances d’où qu’elles viennent.