L’usage de la torture par Israël

Mustafa Barghouthi, vendredi 18 juin 2004

l’Initiative Nationale Pales­ti­nienne , dénonce l’usage sys­té­ma­tique de la torture dans les prisons israéliennes.

Docteur Mustafa Barghouthi,secrétaire général [1]

Les images de soldats amé­ri­cains en train de tor­turer des pri­son­niers dans la prison d’Abu Ghraib en Irak ont choqué le monde. Mais pour les Pales­ti­niens, ces photos de sil­houettes nues et enca­pu­chonnées ne sont pas une sur­prise. Pour les mil­liers de Pales­ti­niens qui sont passés dans les prisons israé­liennes, ces images ne peuvent que rap­peler les sou­venirs des tor­tures qu’eux mêmes ont subies.

Dans de nom­breux cas, le trai­tement infligé aux Ira­kiens à Abu Ghraib pré­sente des simi­li­tudes frap­pantes avec les méthodes de torture israé­liennes. Des accu­sa­tions cir­culent main­tenant dans le monde de la presse inter­na­tionale que des offi­ciers de sécurité israé­liens ont effec­ti­vement par­ticipé à l’entraînement des entre­prises de sécurité amé­ri­caines privées envoyées en Irak.

Que ces allé­ga­tions soient véri­diques ou pas, le monde doit savoir que la torture est une pra­tique cou­rante en Israël. Il ne suffit pas de condamner l’action de ces soldats amé­ri­cains et en même temps d’ignorer les vio­la­tions sys­té­ma­tiques des droits humains imposées au peuple palestinien.

Comme les Etats-​​Unis, Israël reven­dique une moralité à toute épreuve. Il est pourtant clair qu’il y a des éléments dans les forces armées israé­liennes et aussi dans le gou­ver­nement pour qui la torture est une arme néces­saire et acceptable.

Le refus de ces deux nations d’accepter les termes de la Cour Cri­mi­nelle Inter­na­tionale ne peut qu’intensifier les soupçons que ces deux nations veulent rendre la torture légitime sans devoir jamais en rendre compte à ceux qu’elles torturent.

Le 6 sep­tembre 1999, un jugement de la Haute Cour israé­lienne a interdit un certain nombre de tech­niques de torture. Mais ces méthodes n’ont pas tota­lement disparu. Au contraire, le jugement de la Cour continue à auto­riser la Knesset à passer des lois qui don­ne­raient autorité aux offi­ciers des ser­vices de ren­sei­gnement pour uti­liser ces méthodes. La Cour a jugé que les pro­blèmes de sécurité ren­contrés par Israël sont suf­fi­samment graves pour donner aux ser­vices de ren­sei­gnement le pouvoir de torturer.

Sous le pré­texte de « la bombe à retar­dement », les forces de sécurité israé­liennes ont main­tenant carte blanche pour mal­traiter tout pri­sonnier entre leurs mains, y compris les enfants. Des mou­ve­ments de défense des droits humains affirment que depuis mars 2002 l’utilisation de la torture dans les prisons israé­liennes a aug­menté et est devenue sys­té­ma­tique. Les vio­la­tions de la Convention contre la Torture sont main­tenant monnaie cou­rante, depuis que la main-​​mise mili­taire sur les Ter­ri­toires Occupés s’est resserrée.

L’armée et la police israé­liennes ont aussi reçu le soutien incon­di­tionnel du système judi­ciaire du pays, per­pé­tuant ainsi l’impunité dans les prisons israé­liennes. D’après le Comité Public Contre la Torture en Israël (CPCTI), l’attorney général israélien a approuvé tous les cas de torture comme une mesure de sécurité néces­saire. La Haute Cour a rejeté chacun des 124 appels soumis par le CPCTI pour que les pri­son­niers ne soient plus privés de l’accès au soutien juridique.

Les mil­liers de décla­ra­tions faites par d’anciens pri­son­niers pales­ti­niens témoignent du plaisir que leurs bour­reaux israé­liens pre­naient à leur tâche. Comme en Irak, toute humi­liation, tout mauvais trai­tement est permis s’il est commis sous le pré­texte fal­la­cieux de la sécurité. Le manque de respect constant pour le droit inter­na­tional et la dignité humaine dans la police et l’armée israé­liennes est impres­sionnant autant qu’ il est méprisable.

Malgré toutes les preuves du contraire, dont la mort ou la muti­lation de nom­breux pri­son­niers pales­ti­niens, Israël continue à nier l’utilisation de la torture dans ses prisons. Plus de 7000 pri­son­niers pales­ti­niens sont actuel­lement dans les prisons israé­liennes, dont beaucoup sont détenus sans accu­sation ou procès. La plupart auront avant leur libé­ration subi la torture.

Il est cho­quant de réa­liser qu’environ 650 000 Pales­ti­niens - la plupart d’entre eux des hommes adultes-​​ ont été empri­sonnés par Israël depuis 1967. Ceci veut dire qu’environ un Pales­tinien adulte sur deux a été emprisonné.

La torture dans la prison d’Abu Ghraib a secoué jusqu’aux fon­de­ments de l’administration Bush. Les preuves pho­to­gra­phiques sont en fait la seule chose qui manque pour révéler au grand jour et condamner le trai­tement barbare par Israël de ses pri­son­niers pales­ti­niens. C’est la seule dif­fé­rence entre les deux cas. Le poids des preuves contre Israël dans les témoi­gnages d’anciens pri­son­niers et les enquêtes menées par les défen­seurs des droits humains est incontournable.

Il ne suffit pas de condamner les actions des soldats amé­ri­cains dans les prisons ira­kiennes alors que des mil­liers de Pales­ti­niens conti­nuent à souffrir. Il faut aussi révéler au grand jour l’utilisation de la torture par Israël.

[1] l’Initiative Nationale Pales­ti­nienne est un mou­vement qui regoupe de nom­breux mili­tants pales­ti­niens pour la démo­cratie. Cher­chant une troi­sième voie, ils ne se recon­naissent pas dans l’Autorite Pales­ti­nienne ou les groupes islamistes.