L’imprudence de Rama Yade dans l’affaire Salah Hamouri

Jacques-​​Marie Bourget, mardi 21 octobre 2008

Jamais cette dame, la pré­ser­va­trice de nos Droits de l’homme, ne remarque que le tri­bunal qui a condamné Hamouri est un tri­bunal « mili­taire ». Et qu’il siège en ter­ri­toire « occupé ». Deux choses que les défen­seurs des droits de l’homme détestent.

La déli­cieuse Rama Yade, que Nicolas Sarkozy envisage de dégager vers un job de député européen et on se demande bien pourquoi, vient d’ajouter une bourde à sa col­lection. Ques­tionnée par Jean-​​Claude Lefort, un ancien député du PCF, sur le sort de Salah Hamouri, un jeune français empri­sonné en Israël depuis trois ans, Rama répond avec pleins, déliés et autorité :

« …Lors de l’audience le 10 avril dernier, Mon­sieur Hamouri a reconnu avoir été en com­pagnie de Mon­sieur Moussa Darwish, accusé d’avoir voulu assas­siner le rabbin Obadia Yossef et condamné pour cette ten­tative d’assassinat à 12 ans de prison. Mon­sieur Hamouri a reconnu qu’il avait essayé d’expliquer à son camarade qu’il valait mieux reporter cette ten­tative par manque d’armes et de muni­tions. Le juge a alors accusé le prévenu de ten­tative d’assassinat avec pré­mé­di­tation. Mon­sieur Hamouri a déclaré être en accord avec l’énoncé des faits et n’avoir rien à ajouter. Le 17 avril dernier, le juge a relevé que Mon­sieur Salah Hamouri n’a exprimé aucun regret et l’a condamné à une peine de réclusion assortie d’une peine pro­ba­toire de 3 ans à sa libération… »

Cir­culez député Lefort, il n’y a plus rien à voir. Le manque de chance, pour Rama, c’est de trop faire confiance à ses conseillers qui, en la matière, l’ont expédiée dans les gra­villons de l’échappatoire.

Revenons au début de l’histoire. Denise Hamouri, une pro­fes­seure ori­gi­naire de Bourg-​​en-​​Bresse à un fils avec un pales­tinien, Salah. Une affaire, donc, qui com­mence bien mal. A Jéru­salem, c’est en tant que français que Salah grandit puisque « l’identité » pales­ti­nienne n’existe pas. Le gamin parle, lit, écrit et dit des gros mots en langue de Bresse comme un gosse hexa­gonal. A 16 ans il est arrêté pour avoir mani­festé contre l’occupation de ce qui est aussi son pays. Celui qui a ordonné la lecture de la lettre de Guy Mocquet dans les écoles nous dira sûrement ce qu’il en pense. A 20 ans, au pré­texte qu’avec un pote il est passé en voiture, trois mois plus tôt, devant la maison du rabbin d’extrême droite Yossef Ovadia, chef du parti Shas, Hamouri est arrêté avec son coéquipier Moussa Darwich. Bien fait.

Dans ce ter­ri­toire occupé, Hamouri est maintenu en prison. Pendant plus de deux ans, un tri­bunal mili­taire va se réunir 20 fois sans être capable d’étayer une accu­sation cohé­rente contre ce jeune. Ces offi­ciers oubliant que Bourg-​​en-​​Bresse est aussi connue pour ses pou­lardes que pour ses liens avec Al-​​Qaïda. Hamouri a pour avocate Léa Tsemel, une Israé­lienne qui milite pour la paix.

En avril 2008, lors d’une nou­velle audience du tri­bunal, les juges mili­taires pré­viennent Hamouri : « Cette fois, ou tu plaides cou­pable, ou tu en prends pour 14 ans… ». Il se trouve que le « député hono­raire » Lefort, alors dans la salle, a été le témoin de ce mar­chandage. Et l’avocate Tsemel conseille à son client, « pour en finir et pré­server l’avenir », de plaider « cou­pable ». Il est donc entendu qu’Hamouri et son copain ont voulu tuer le rabbin… Tarif : sept ans pour Salah, 12 ans pour Moussa. Tout est en ordre.

Dans sa lettre impru­dente, Rama Yade recopie, avec appli­cation, le contenu de ce juste jugement. Et c’est alors qu’elle loupe la marche. Rama est-​​elle trop jeune ou trop pressée pour savoir qui est Georges Clé­menceau ? Un vieux con à mous­taches qui gagné la Guerre de 14, puis fait inno­center Dreyfus. Que disait ce grin­cheux, jus­tement à propos des juges du capi­taine : « La justice mili­taire est à la justice ce que la musique mili­taire est à la musique ». Musique.

Sans être tordu, aucun amoureux du droit ne peut défendre une décision prise par une juri­diction mili­taire, c’est-à-dire, par défi­nition, d’exception. N’est-ce pas un tri­bunal du même métal qui a condamné De Gaulle à mort lors de son départ à Londres. Cir­cons­tance aggra­vante, disent en chœur les juristes debout sur la Convention de Genève, un tri­bunal d’occupants ne peut se réunir et juger sur une terre occupée. On se demande si, pour Rama Yade, le mot « Convention », fut-​​elle de Genève, n’est rien d’autre que le nom d’une station de métro. Et voilà bien la bourde qui embar­rasse les juristes. Après une lettre comme celle-​​ci, allez gueuler, par exemple, contre les acti­vités spor­tives des « juges mili­taires » de Rangoon !

Si elle a juri­di­quement tord, Rama n’a pas poli­ti­quement raison. Voilà que des mal-​​élevés, venus de son propre parti, l’UMP, signent une pétition pour la « libé­ration de Salah Hamouri » ! Et Jack Lang aussi, qui n’est pas encore UMP bien qu’il ait voté la réforme de la Consti­tution. Le casting de ceux qui défendent ce jeune auto­mo­bi­liste ayant auda­cieu­sement roulé devant l’immeuble d’un rabbin prend chaque jour de l’ampleur. Outre des députés ou séna­teurs de droite et de gauche, on y croise Henri Alleg, Rony Brauman, Albert Jaquard, Monique Chemillier-​​Gendreau, mon­sei­gneur Gaillot, Marcel-​​Francis Khan, Michèle Sibony (pré­si­dente des Juifs de France pour la Paix), Sté­phane Hessel… Autant d’énergumènes connus pour leur soutien à Ben Laden. Sur ce coup là, le show-​​ biz est frileux. Seul François Cluzet est monté au front. Il devrait télé­phoner à sa col­lègue Juliette Binoche qui, la folle, après avoir naguère mani­festé pour la liberté en Palestine l’a regretté longtemps.

Bref, ce Français en prison mili­taire n’intéresse ni le pré­sident de la Répu­blique, ni son dévoué Kouchner et, par voie de garage, sa sous ministre aux Droits de l’Homme, Rama Yade. Peut-​​ être que, dans sa taule, Salah Hamouri pourrait monter une petite « assoce » et la bap­tiser « Arche de Zoé » ? Ah ! Le nom est déjà pris…