L’arrestation de Salah

Denise Hamouri, mercredi 8 avril 2009

Denise Hamouri mère du Franco-​​Palestinien Salah Hamouri, empri­sonné illé­ga­lement en Israël, est l’invitée de l’Humanité.

« Aujourd’hui, 3 avril 2009, mon fils, Salah Hamouri, est en prison en Israël depuis 1 485 jours. Tout a com­mencé le 13 mars 2005.

Salah a été kid­nappé par les forces d’occupation israé­liennes (FO), en plein après-​​midi, alors qu’il se rendait à Ramallah. J’ai été pré­venue par le coup de fil d’un ami qui avait vu Salah menotté, les yeux bandés, monter dans une voiture de l’armée. Avec mon mari, nous avons pensé de suite : "Ils vont l’emmener au Mos­kobieh", la vieille prison sinistre de Jéru­salem où se déroulent les inter­ro­ga­toires. C’est là qu’il avait déjà passé deux mois, en iso­lement, alors qu’il avait à peine dix-​​sept ans, parce qu’il avait collé des affiches.

Deux heures après son arres­tation, le quartier où nous habitons, à Jérusalem-​​Est, a été bouclé et notre appar­tement fouillé de fond en comble, jusqu’aux toi­lettes, sans oublier le disque dur de l’ordinateur. Malgré cette mise à sac de notre appar­tement par des soldats israé­liens, ceux-​​ci n’ont rien trouvé. Et moins ils trou­vaient, plus ils s’énervaient… Mais il est vrai que nous avions affaire à l’armée "la plus morale du monde"… Ils sont partis, fina­lement, en emportant des posters du Che !

La période la plus dif­ficile de cette détention, qui dure depuis plus de quatre ans, a com­mencé. Pendant les pre­mières semaines, per­sonne ne pouvait voir le pri­sonnier, ni sa famille ni l’avocat. Il était au secret, on ne savait pas ce qu’il se passait… on n’osait pas ima­giner… les jours sont comme des années et les nuits sont blanches. Salah a tou­jours été très discret sur les inter­ro­ga­toires subis lors de sa pre­mière détention.

Beaucoup d’anciens pri­son­niers pales­ti­niens n’aiment pas parler de ces moments insup­por­tables, de mauvais et humi­liants trai­te­ments. Une fois ou deux, un repré­sentant du consulat a pu rentrer le voir très vite et me donner quelques nou­velles. Puis, inter­diction d’y aller… par mesure de sécurité. Nous avons réussi à le voir une fois, pendant une audience, quinze jours après sa détention. Je n’oublierai jamais cette image de Salah, pieds et poings liés, hirsute, la mine défaite, entouré de soldats prêts à lui sauter dessus au moindre geste. Nous avons eu la per­mission de le voir de loin, une seule minute, sans parler, ni faire de signes. Puis, nous avons dû sortir, avec l’avocate, en le laissant là.

Le 17 avril 2005, nous avons appris, par la presse israé­lienne, que Salah était accusé d’avoir com­ploté contre le rabbin Ovadia Yossef, avec deux autres com­plices soi-​​disant membres du FPLP. À partir de ce jour, nous avons dû faire des allers-​​retours au tri­bunal mili­taire israélien d’Ofer, où Salah a été condamné, le 17 avril 2008, à sept ans de prison. Ofer, qui se trouve en plein coeur de la Cis­jor­danie… Il était aux mains d’un tri­bunal mili­taire israélien, on ne peut plus clai­rement d’occupation. »