Italie-​​Israël : la fin de la lune de miel

Bernard Ravenel, Pour la Palestine N°50, lundi 30 octobre 2006

Italie /

A peine connue la nou­velle de la nomi­nation de Massimo d’Alema (ancien diri­geant du parti com­mu­niste italien, est aujourd’hui le pré­sident du parti des « Démo­crates de gauche » (membre de l’Internationale socia­liste).) au poste de ministre des Affaires étran­gères du gou­ver­nement Prodi, après la défaite élec­torale de Silvio Ber­lusconi, le journal israélien Yedioth Ahronoth a défini l’arrivée du nouveau titu­laire de la Far­nesina (le Quai d’Orsay italien) comme « la fin de la lune de miel entre l’Italie et Israël ».

« D’Alema est un pro­pa­les­tinien connu », insiste le quo­tidien israélien Yedioth Ahronoth, « il a dans le passé défini Israël comme un Etat ter­ro­riste ». Et le quo­tidien le plus diffusé en Israël ajoute qu’après la vic­toire élec­torale du Hamas, Massimo d’Alema aurait dit que « les actions ter­ro­ristes du Hamas sont des opé­ra­tions de résis­tance à l’occupation israé­lienne  » [1]. Polé­mique infondée, répond briè­vement l’intéressé. Le ton est donné. Au-​​delà de cette polé­mique un fait demeure : le pouvoir israélien est désormais pré­occupé par le chan­gement de gou­ver­nement en Italie ; avec Ber­lusconi, il perd effec­ti­vement un allié pré­cieux avec qui il avait atteint des niveaux de col­la­bo­ration et d’intimité jamais réa­lisés en Europe…

Quelques heures seulement après la sortie du journal israélien, la diplo­matie israé­lienne a émis un message formel de soli­darité à Massimo d’Alema. Mais il s’apparente à une véri­table mise en garde. En effet, contrai­rement aux cou­tumes diplo­ma­tiques, l’ambassadeur Ehud Gol n’a pas pris lui-​​même la parole ; il a confié à un col­la­bo­rateur subal­terne la tâche de dire que « l’article du Yedioth Ahronoth est l’opinion du journal, laquelle ne reflète pas l’opinion du gou­ver­nement ni celle de l’ambassade d’Israël » [2]. Puis un porte-​​parole du gou­ver­nement israélien déclare à Jéru­salem qu’« avec le gou­ver­nement de Romano Prodi, nous nous attendons au maintien des mêmes bonnes rela­tions entre les gou­ver­ne­ments et les peuples » [3]. En clair, désormais, Massimo d’Alema est « sous sur­veillance  ». En réalité, ce qui inquiète au plus haut point le gou­ver­nement israélien, c’est que l’Italie puisse rompre le front européen du gel de tout contact avec le gou­ver­nement Hamas, comme l’a laissé entendre Romano Prodi. Sur ce thème, pré­senté comme très sen­sible, les diri­geants israé­liens sui­vront pas à pas le travail de M. d’Alema. Vingt-​​quatre heures après avoir perdu « le meilleur ami d’Israël » - et des Etats-​​Unis - en Europe conti­nentale, le pouvoir israélien, dépité, a fixé le climat et le cadre de ses rela­tions avec le nouveau gou­ver­nement italien.

Héritage géostratégique lourd

Pour mieux saisir les enjeux, il convient de rap­peler briè­vement ce qui a carac­térisé la poli­tique israé­lienne de Silvio Ber­lusconi et plus glo­ba­lement sa contri­bution à la stra­tégie américano-​​israélienne. Ce gou­ver­nement avait épousé sans réserve la poli­tique israé­lienne des faits accomplis visant à annexer à Israël « le maximum de ter­ri­toires avec le minimum d’Arabes », et donc le refus de Tel Aviv de se retirer sur les fron­tières de 1967, ce qui aurait dû per­mettre aux Pales­ti­niens de se construire un Etat sou­verain avec comme capitale Jérusalem-​​Est dans les 22% de la Palestine his­to­rique. En fait, selon Silvio Ber­lusconi, le pro­blème prin­cipal a tou­jours été « l’absence d’un inter­lo­cuteur avec lequel négocier ». D’abord, il niait que Yasser Arafat fût cet inter­lo­cuteur, ensuite il eut la même attitude avec Mahmoud Abbas, il poursuit aujourd’hui avec le Hamas… Cet ali­gnement complet s’est concrétisé par la signature avec Israël d’un traité de coopé­ration scien­ti­fique et mili­taire qui rend l’Italie partie prenant directe de l’occupation mili­taire des ter­ri­toires pales­ti­niens. Ce traité permet aussi une coopé­ration dans la recherche scien­ti­fique à buts mili­taires avec un pays qui n’a pas signé le traité de non-​​prolifération nucléaire… [4]

Ce dernier accord italo-​​israélien se situe dans le cadre général du soutien de Silvio Ber­lusconi au projet de l’administration Bush de res­serrer les liens entre l’OTAN, l’Union euro­péenne et Israël. L’objectif est l’entrée d’Israël dans l’Alliance atlan­tique pour orga­niser ensemble « la guerre per­ma­nente contre le ter­ro­risme  » et s’opposer à toute forme de résis­tance des peuples du Moyen-​​Orient à la « pax israe­loa­me­ricana  ». C’est pré­ci­sément de cela qu’a parlé le secré­taire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Sheffer, avec Silvio Ber­lusconi et son très pro-​​américain ministre de la Défense, Antonio Martino, le 21 février dernier à Rome. Il s’agit d’enclencher un pro­cessus qui subor­don­nerait encore plus l’Union euro­péenne aux volontés de Washington, qui ren­for­cerait le gou­ver­nement israélien dans son refus de négocier avec les repré­sen­tants pales­ti­niens et qui posi­tion­nerait auto­ma­ti­quement l’Alliance avec les aven­tures mili­taires israé­liennes en Palestine et dans la région (Syrie, Liban, Iran…). L’avenir per­mettra de cerner ce que pense le nouveau gou­ver­nement italien de cette stra­tégie de « guerre de civi­li­sa­tions  » portée par son pré­dé­cesseur : Silvio Ber­lusconi a été le leader du « parti amé­ricain » en Europe pour relayer les choix stra­té­giques amé­ri­cains au Moyen-​​Orient. L’héritage laissé est pour le moins com­pro­mettant et encombrant [5].

Une campagne électorale « provinciale »

Au cours de la cam­pagne élec­torale, il a été très peu question de poli­tique inter­na­tionale. Le dossier irakien, c’est-àdire l’engagement du retrait des troupes ita­liennes, a été le seul thème mis en avant. Dans le volu­mineux pro­gramme de l’Union de centre-​​gauche, la question pales­ti­nienne a été traitée en quelques lignes géné­riques. Il y est sou­haité une ini­tiative euro­péenne avec une « vigueur rénovée » (sic) pour la solution du conflit israélo-​​palestinien sur la base du principe « deux peuples, deux Etats ». Certes. Mais il aurait été utile de spé­cifier, que si l’Etat d’Israël existe déjà, l’Etat pales­tinien, lui, devra s’édifier sur l’ensemble des ter­ri­toires occupés depuis 1967 avec Jérusalem-​​Est comme capitale, avec sa conti­nuité ter­ri­to­riale et ses débouchés vers les pays voisins. En outre, on aurait pu ima­giner que l’Union reprenne à son compte les modestes pro­po­si­tions du document sur Jéru­salem élaboré par les diplo­mates euro­péens en poste à Jéru­salem et écarté sur l’instigation directe du ministre italien pré­cédent des Affaires étran­gères, l’ex. néo-​​fasciste Gian­franco Fini cf. [6]. Pas un mot sur ce point central et hau­tement sym­bo­lique dans le programme…

Vers un nouveau cours ?

Dès sa vic­toire élec­torale, Romano Prodi annonce à la foule ras­semblée à Bologne que la pre­mière réunion du nouveau Conseil des ministres décidera du retrait des troupes ita­liennes de l’Irak. Le même jour, bien que n’ayant pas abordé le conflit israélo-​​palestinien pendant toute la cam­pagne élec­torale, il inter­vient direc­tement sur Al Jazeera. Et la polé­mique com­mence. Après avoir affirmé selon la chaîne que « la question pales­ti­nienne est la mère de tous les pro­blèmes  » au Moyen-​​Orient et qu’il faut accepter les résultats des élec­tions pales­ti­niennes, il aurait ajouté : « Je m’engagerai au niveau européen pour définir une nou­velle position (sou­ligné par nous) vis-​​à-​​vis du nouveau gou­ver­nement pales­tinien. J’observe avec beaucoup d’attention les signaux d’ouverture exprimés par le Hamas ». Immé­dia­tement, ces paroles pro­voquent une réaction de Washington, ce qui prouve une fois de plus son respect de l’autonomie des Euro­péens sur le Moyen-​​Orient… Quelques heures plus tard, Romano Prodi, s’adressant à la presse étrangère, atténue ses propos : « Le gou­ver­nement entend agir en suivant la position euro­péenne. Nous recon­naissons les gou­ver­ne­ments mais il y a quelques pro­blèmes liés à la recon­nais­sance de l’Etat d’Israël et au ter­ro­risme qui sont des condi­tions impor­tantes pour un dia­logue fort et constant », précise-​​t-​​il alors, selon Il Mani­festo. Romano Prodi « oublie » alors la pro­messe d’intervenir pour modifier la position de l’Europe sur le Hamas. Le bureau de presse précise ensuite que « la tra­duction en arabe a été erronée et propose la tra­duction lit­térale : « Les élec­tions sont tou­jours des élec­tions. Je m’en tiens aux déci­sions de la Com­mission euro­péenne à ce qu’en dit Solana : avoir une dis­cussion avec le Hamas sur quelques pro­blèmes fon­da­mentaux comme la vio­lence et l’acceptation des accords passés. J’entrerai en jeu de manière active en Europe et nous verrons. D’autre part il y a eu des ouver­tures du Hamas qui sont très inté­res­santes. » Ce n’est pas for­cément ce qu’a dit le tra­ducteur mais cette position elle-​​même n’aura cer­tai­nement plu ni à Washington ni à Tel Aviv.

Au moment où ces lignes sont écrites, la seule décision offi­ciel­lement prise par Romano Prodi en matière de poli­tique inter­na­tionale est le retrait des soldats ita­liens d’Irak. Cette annonce s’accompagne d’une cri­tique directe de la poli­tique amé­ri­caine, en par­ti­culier de sa conception de la sécurité et de la lutte contre le ter­ro­risme : « Nous consi­dérons la guerre en Irak et l’occupation du pays comme une grave erreur. Elle n’a pas résolu, mais plutôt com­pliqué, le pro­blème de la sécurité. Le ter­ro­risme a trouvé en Irak une nou­velle base et de nou­veaux prétextes ». [7]

Pour la poli­tique vis-​​à-​​vis du conflit israélo-​​palestinien, le gou­ver­nement qui vient de s’installer n’a pas encore défini de position. On doit noter cependant une décla­ration de la vice-​​ministre des Affaires étran­gères, Patricia Sen­ti­nelli, répondant à la question : « Approuvez-​​vous le choix des sanc­tions contre le gou­ver­nement du Hamas de Palestine ? » « J’estime, a-​​t-​​elle dit, qu’il s’agit d’un choix erroné. La poli­tique devra avoir un sursaut face au blocage des aides qui frappe la popu­lation civile, femmes et enfants qui meurent de faim. Le premier pas de la Russie contre les sanc­tions est un début, mais je crois que les inter­ven­tions finan­cières devraient arriver par l’ONU et être gérées par l’ANP. » [8]

S’il veut montrer qu’il change de poli­tique par rapport au gou­ver­nement sortant, Romano Prodi aura à se pro­noncer vite sur la question de l’aide aux ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes, sur celle du dia­logue avec le gou­ver­nement que dirige le Hamas. Sur le fond, quelle sera sa contri­bution à un pro­cessus poli­tique au cours duquel le Hamas pourra recon­naître Israël (sans que ce soit comme aujourd’hui une condition préa­lable)  ; ce qui suppose, simul­ta­nément qu’Israël recon­naisse le droit pales­tinien à un Etat dans les fron­tières de 1967 avec comme capitale Jérusalem-​​Est ?

Pour le moment, Romano Prodi a télé­phoné au Premier ministre du gou­ver­nement pales­tinien Ismail Haniyeh et au Premier ministre israélien, Ehud Olmert. Il s’est limité à poser à Ismail Haniyeh les condi­tions du quar­tette, sans demander à son homo­logue israélien quelque enga­gement pour arrêter la colo­ni­sation. Une pre­mière occasion manquée. Glo­ba­lement, le dur­cis­sement des conflits dans tout le Moyen-​​Orient, l’impasse amé­ri­caine en Irak, israé­lienne en Palestine, la tension avec l’Iran et avec la Syrie obligent le nouveau pouvoir italien à repenser en pro­fondeur la situation du Moyen-​​Orient et les inter­ven­tions mili­taires ita­liennes. Après avoir été la meilleure alliée des Etats-​​Unis en Europe, l’Italie est amenée à revoir son posi­tion­nement géos­tra­té­gique et géo­po­li­tique sur l’échiquier euro-​​méditérranéen dans le cadre de l’Alliance atlan­tique. C’est ce que Romano Prodi a esquissé dans un article du Monde [9] où, à travers une cri­tique à peine voilée de l’unilatéralisme amé­ricain, il a plaidé pour le mul­ti­la­té­ra­lisme et « pour une col­la­bo­ration entre l’Europe, l’Alliance trans­at­lan­tique, mais aussi les Nations unies et les ins­ti­tu­tions finan­cières de Bretton Woods », une façon de réin­tro­duire l’ONU dans le jeu inter­na­tional. Aujourd’hui, cela suppose des alliances nou­velles avec ses voisins (Espagne, France, Grèce…) et une bataille résolue contre le « parti amé­ricain » à la fois en Italie même (dont Ber­lusconi restera le chef) et à l’extérieur.

Romano Prodi, on le sent bien, est déjà soumis à des pres­sions internes et externes excep­tion­nelles pour condi­tionner sa poli­tique. A com­mencer par « l’amicale pression » des Etats-​​Unis et d’Israël.

L’« amicale » pression des Etats-​​Unis et d’Israël

Pré­voyant la fin de Ber­lusconi, les Etats-​​Unis s’étaient pré­parés à exercer sur le nouveau pouvoir italien des pres­sions « ami­cales » pour éviter autant que pos­sible une remise en cause des « acquis » de Silvio Ber­lusconi. D’où la réunion de l’OTAN de février dernier. D’où, également, des manoeuvres mili­taires de l’OTAN, avec la pré­sence d’Israël, main­tenues au large de la Sar­daigne en juin. Dès le 9 mai, après une froide et tardive réaction de George W.Bush une fois le résultat élec­toral confirmé, Romano Prodi a été reçu à l’ambassade amé­ri­caine de Rome par le vice-​​secrétaire d’Etat amé­ricain, Kurt Volker. A l’issue de cette ren­contre, celuici a tenu une confé­rence de presse, déclarant que Romano Prodi avait garanti la conti­nuité dans les rap­ports entre l’Italie et les Etats-​​Unis et que l’administration Bush « sera heu­reuse de tra­vailler avec le gou­ver­nement entrant ». Du côté israélien, lors de la réception le 3 mai, à l’ambassade d’Israël, à l’occasion du 58 e anni­ver­saire de la création de l’Etat d’Israël, où étaient invités Silvio Ber­lusconi et Romano Prodi, les obser­va­teurs ont noté combien le premier a été de beaucoup le plus applaudi. Tout le monde poli­tique, majorité et oppo­sition, était là. L’ambassadeur d’Israël Ehud Gal a com­pli­menté le gou­ver­nement… sortant : « Durant les cinq der­nières années, entre Israël et l’Italie, il y a eu des rela­tions extra­or­di­naires  » a-​​t-​​il affirmé pour ajouter ensuite : « Aujourd’hui, droite et gauche n’existent pas (sic). Ce qui nous unit n’est pas seulement une amitié entre gou­ver­ne­ments mais entre pays et entre peuples et c’est pour cela que vous êtes venus si nom­breux… Je dirais le double de tous ceux que nous avons invités », a ironisé l’ambassadeur.

Le mou­vement paci­fiste frappe à la porte du palais Chigi [10]

Dès la vic­toire de Romano Prodi assurée, la société civile, dans ses dif­fé­rentes formes orga­nisées (asso­cia­tions, col­lec­ti­vités locales, syn­dicats…), s’est d’abord mobi­lisée pour la fin de l’occupation de l’Irak et aussi sur l’Afghanistan, où opère aussi une mission mili­taire ita­lienne. Mais pour tous, l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan, la Palestine et Israël - sans oublier l’Iran - font partie d’un même ensemble géo­po­li­tique dont l’Italie, puis­sance euro­péenne médi­ter­ra­néenne, est une com­po­sante impor­tante mais qui a manqué d’initiative poli­tique [11]. C’est le sens de la démarche de la « Tavola per la Pace », qui regroupe six cents ONG et col­lec­ti­vités locales repré­sentant plu­sieurs mil­lions de citoyens, qui a décidé de demander au nouveau gou­ver­nement un enga­gement précis : établir un lien stable de dia­logue auprès de la pré­si­dence du Conseil qui per­mettra à la société civile de dis­poser d’un siège per­manent de com­mu­ni­cation et de travail avec le pouvoir poli­tique. Dans l’espoir d’une élabo­ration concertée (entre gou­ver­nement et mou­vement de soli­darité) de poli­tiques et de déci­sions plus avancées. Et puis, d’ici le 30 juin, dans le cadre d’une mobi­li­sation anti-​​guerre, une grande mani­fes­tation est prévue au moment du vote au Par­lement sur le refi­nan­cement des mis­sions mili­taires à l’extérieur. La soli­darité avec la Palestine y sera très pré­sente. La plus puis­sante ONG du mou­vement, l’ARCI (« asso­cia­zione di pro­mo­zione sociale », un million d’adhérents), par la voix de son pré­sident Paolo Beni, a pris position dans le même sens. Le secré­taire général de la CGIL, Guglielmo Epifani, a déclaré, le 27 avril, que « le gou­ver­nement Prodi doit activer des poli­tiques pour inter­venir dans une situation qui est en train d’échapper à tout contrôle. Je pense à l’Irak mais je pense aussi et surtout au conflit israélo-​​palestinien. Et je pense à l’Iran. C’est-à-dire à une partie stra­té­gique du monde en ébul­lition. Il faut une grande ini­tiative diplo­ma­tique  » [12]. Pour leur part, les « Femmes en noir » ita­liennes, très actives, ont écrit à Romano Prodi pour lui demander « de s’engager pour le dia­logue, pour des condi­tions de dignité égale et pour que les aides inter­na­tio­nales aux ter­ri­toires pales­ti­niens ne restent pas blo­quées… La paix a déjà trop tardé. Les dégâts risquent d’être irré­mé­diables pour d’autres décennies ou siècles. Nous ne pouvons nous taire ». Aujourd’hui, la gauche de l’Union (com­mu­nistes, Verts, minorité des démo­crates de gauche) insiste pour qu’on n’oublie pas la Palestine. Tout le pro­blème est de savoir si, par sa capacité d’initiative et de confrontation-​​interpellation avec le gou­ver­nement, le mou­vement de soli­darité réussira à créer au niveau des lieux de décision un consensus poli­tique important en faveur d’une nou­velle poli­tique pour la Palestine.

On peut espérer que le mou­vement aura « inté­riorisé », au moins en partie, la leçon de la mobi­li­sation contre la guerre en Irak et que, concernant la Palestine, il ne tolèrera pas trop long­temps, après le retour des troupes d’Irak, une poli­tique passive, médiocre et fina­lement en conti­nuité avec la pré­cé­dente… Il s’agit en effet que s’impose enfin une poli­tique euro­péenne au Moyen-​​Orient. De ce point de vue, l’attitude du nouveau gou­ver­nement sur le traité mili­taire avec Israël donnera une indi­cation pré­cieuse de sa volonté politique…

Bernard Ravenel

[1] Yossi Bar et Itamar Eci­neril - Yediot Ahronoth, 18 mai 2006.

[2] La Repub­blica, 19 mai 2006.

[3] ibid

[4] La coopé­ration militaro-​​​​industrielle entre l’Italie et Israël

[5] En réalité, le ren­for­cement des liens entre Israël et l’OTAN, dimension cen­trale du pro­gramme du secré­taire général de l’Alliance atlan­tique, est déjà dans les faits. Les étapes d’un tel pro­cessus au cours des quinze der­niers mois ont été les sui­vantes : le mémo­randum pré­senté en février 2005 par Israël à l’OTAN, suivi d’un voyage à Tel Aviv de Jaap de Hoop Sheffer (le premier en Israël d’un secré­taire général de l’Alliance atlan­tique) qui a parlé de ces pro­cessus comme d’un « impé­ratif stra­té­gique » ; la par­ti­ci­pation de l’armée israé­lienne à des manoeuvres de sous-​​​​marins à potentiel nucléaire au large des côtes ita­liennes en juin 2005 et l’arrivée prévue d’un officier de liaison israélien au QG de l’OTAN à Naples. En juin 2006, de nou­velles manoeuvres aéro­na­vales conjointes devaient encore se dérouler dans les parages de la Sardaigne.

[6] PLP49 « Extraits du rapport sur Jérusalem-​​​​Est de l’Union européenne ».

[7] La Repub­blica, 19 mai 2006.

[8] Il Mani­festo, 19 mai 2006.

[9] Le Monde, 13 avril 2006.

[10] Rési­dence du pré­sident du Conseil.

[11] « L’Italie est une puis­sance euro­péenne de moyenne envergure dans la zone médi­ter­ra­néenne, située sur un axe d’instabilité allant de l’Afrique du Nord au Moyen-​​​​Orient et à l’Asie cen­trale en passant par les Balkans. » - Le Monde, 13 avril 2006.

[12] Il Mani­festo, 28 avril 2006.