Israël et les échanges de prisonniers

Christiane Gillmann, Pour la Palestine n°51, vendredi 1er décembre 2006

Retour sur l’histoire /

A plu­sieurs reprises, la libé­ration de pri­son­niers poli­tiques de dif­fé­rentes natio­na­lités n’a été en fait que le fruit d’échanges avec des soldats israé­liens détenus en par­ti­culier par le Liban. Petit rappel historique.

Ils étaient nom­breux à mani­fester fin juin dans les rues des villes des ter­ri­toires pales­ti­niens occupés pour la libé­ration des mil­liers de pri­son­niers poli­tiques pales­ti­niens détenus par Israël. Le 25, des com­bat­tants pales­ti­niens étaient par­venus à sur­prendre une unité de tanks israé­liens basée au sud-​​est de la bande de Gaza et à s’emparer d’un de ses membres lors d’une opé­ration auda­cieuse, avec notamment en jeu l’hypothèse d’un échange. De quoi s’agit-il ?

Après avoir vai­nement espéré du pro­cessus d’Oslo la libé­ration des pri­son­niers pales­ti­niens, leurs familles se met­taient ainsi à rêver d’un échange sem­blable à celui qui s’était déroulé en janvier 2004.

On se sou­vient qu’après vingt-​​deux ans d’occupation du Liban-​​sud, l’armée israé­lienne s’en était uni­la­té­ra­lement retirée en mai 2000, emmenant dans ses bagages les mili­ciens de l’ALS qui avaient col­laboré avec elle ; du coup les portes du bagne de Khiam s’étaient ouvertes sur les 250 Libanais, hommes et femmes, qui s’y trou­vaient détenus sans procès, depuis de nom­breuses années pour cer­tains d’entre eux. Mais vingt-​​cinq Libanais conti­nuaient à croupir dans les geôles israé­liennes, après avoir été condamnés à de lourdes peines par des tri­bunaux israé­liens, les­quels s’étaient arrogé le droit de juger ces pri­son­niers de guerre, en infraction aux dis­po­si­tions de la troi­sième Convention de Genève.

Il fallut attendre près de quatre ans pour que vingt-​​et-​​un d’entre eux retrouvent la liberté. Cela s’est produit dans le cadre d’un échange entre eux et 429 pri­son­niers d’autres natio­na­lités, dont 400 Pales­ti­niens, 3 Syriens, 3 Maro­cains, 3 Sou­danais, un Lybien et un Allemand, ainsi que 59 dépouilles de com­bat­tants libanais d’une part, et de l’autre le colonel de réserve Ten­nenbaum qui avait été enlevé dans une rue de Bey­routh ainsi que les dépouilles de trois soldats israé­liens. Cet échange avait été négocié par un tiers, les auto­rités alle­mandes. D’autres échanges avaient eu lieu aupa­ravant, qui n’avaient pas nécessité d’intermédiaires. Ce fut le cas au len­demain des inva­sions israé­liennes de 1978 et de 1982, après les heurts ayant opposé les mili­taires israé­liens aux com­bat­tants pales­ti­niens et libanais (à l’époque natio­na­listes et com­mu­nistes). Au fil des ans, les échanges étaient devenus de plus en plus dis­pro­por­tionnés et macabres, les Libanais ne détenant plus de pri­son­niers israé­liens mais seulement des dépouilles trouvées sur les champs de bataille. Ce sont effec­ti­vement des dépouilles qui ont été échangées en 1996 : celles de deux soldats israé­liens contre celles de 123 Libanais. En 1998, le Hez­bollah a obtenu, contre le cadavre d’un officier israélien, ceux de qua­rante com­bat­tants libanais ainsi que la libé­ration de soixante pri­son­niers dont cin­quante se trou­vaient à Khiam.

Au-​​delà de la question de la néces­saire libé­ration des pri­son­niers poli­tiques, la poli­tique israé­lienne en matière d’échanges de pri­son­niers semble appar­tenir au passé. D’un côté les diri­geants israé­liens actuels ne paraissent pas aussi inté­ressés que leurs pré­dé­ces­seurs à récu­pérer leurs conci­toyens por­teurs d’uniforme, morts ou vifs ; ils semblent jusqu’à présent écarter l’idée d’échanger des pri­son­niers pales­ti­niens ou libanais aussi bien avec le tan­kiste capturé le 25 juin par des com­bat­tants pales­ti­niens qu’avec les deux soldats arrêtés par le Hez­bollah le 12 juillet sur la fron­tière libanaise.

Par ailleurs, pourquoi Israël détient-​​il tou­jours quatre Libanais « oubliés » lors de l’échange de 2004 et aussi trente-​​cinq Jor­da­niens dont les auto­rités n’arrivent pas à obtenir l’élargissement, en dépit du traité de paix en bonne et dûe forme qui lie les deux pays ?

Quant aux pri­son­niers pales­ti­niens, leur nombre avoisine aujourd’hui dix mille, après les arres­ta­tions répétées aux­quelles procède ces der­niers mois encore l’armée israé­lienne en Cis­jor­danie, où elle aide les colons à s’approprier tou­jours plus de terres pales­ti­niennes tout en pro­té­geant la construction du mur qui vise à les annexer au ter­ri­toire israélien. En raison du nombre effrayant de ces pri­son­niers par rapport à la popu­lation totale des Ter­ri­toires occupés, la poli­tique israé­lienne d’incarcération des Pales­ti­niens res­semble de plus en plus à une des formes du « sociocide » - selon l’analyse de l’historien pales­tinien qui dirige le dépar­tement d’histoire moderne de l’université de Bir-​​Zeit, Saleh Abdeljawad-​​ dont sont vic­times les Pales­ti­niens cou­pables d’être demeurés sur leur terres après 1948 et 1967.

Christiane Gillmann,

2 septembre 2006