Inquiétudes du CICR après la suspension des visites familiales aux prisonniers

Irin, vendredi 25 avril 2008

Pour les familles de la bande de Gaza dont les fils ou les filles sont incar­cérés dans les prisons israé­liennes, les 11 der­niers mois ont été par­ti­cu­liè­rement pénibles : les visites fami­liales ayant été sus­pendues, leur seul contact avec leurs parents détenus se fait désormais à travers de brefs mes­sages écrits.

« Cette situation pose un pro­blème huma­ni­taire pour nous, pour les familles et pour les détenus », a expliqué à IRIN Katharina Ritz, la res­pon­sable du Comité inter­na­tional de la Croix-​​Rouge (CICR) à Jérusalem.

« Il est très important que les familles aient des contacts avec les per­sonnes empri­sonnées ; et psy­cho­lo­gi­quement, pour les détenus, c’est important d’avoir des contacts avec la famille », a-​​t-​​elle pour­suivi, sou­li­gnant que ces contacts per­met­taient aux familles de leur apporter des livres et des vêtements.

Selon B’tselem, une orga­ni­sation israé­lienne de défense des droits humains, plus de 760 Gazaouis, dont quatre femmes, sont incar­cérés dans les prisons israé­liennes. Ils y sont tous pour diverses infrac­tions de « sécurité », de l’appartenance pré­sumée à un « mou­vement interdit » jusqu’aux actes de mili­tan­tisme avérés.

Le pro­gramme des visites fami­liales de Gaza, en place depuis 1968, a été inter­rompu peu avant la prise de contrôle de l’enclave par le Hamas, en juin 2007, pendant une période d’intense vio­lence. Depuis lors, Israël a refusé de reprendre ce pro­gramme, dans lequel le CICR coor­donnait et faci­litait les visites des proches parents des pri­son­niers gazaouis.

« Le gou­ver­nement a pris la décision de ne laisser sortir per­sonne de la bande de Gaza, à l’exception des cas huma­ni­taires », a indiqué Shlomo Dror du ministère israélien de la Défense, en allusion aux patients néces­sitant des soins médicaux. Les auto­rités israé­liennes ont également fait remarquer que Gilad Shalit, le soldat capturé en 2006 par les mili­tants pales­ti­niens, n’avait pas été autorisé à contacter sa famille.

« Il ne s’agit pas de savoir qui a le plus besoin des visites ; des deux côtés, le contact avec la famille est important », a fait observer un repré­sentant du CICR.

Près d’un an sans visite

« La der­nière fois que j’ai vu mon fils, c’était le 17 mai 2007 », a affirmé Abou Rami, à Gaza City. Rami, son fils, a été arrêté il y a près de cinq ans et condamné à 15 années d’emprisonnement.

« Avant, j’allais le voir tous les 15 jours », a confié Abou Rami à IRIN.

Lorsqu’il pouvait lui rendre visite, il quittait sa maison vers quatre heures du matin et ne ren­trait qu’après minuit le jour suivant, à cause des longs contrôles de sécurité et de la durée du trajet jusqu’à la prison, située à l’intérieur du ter­ri­toire israélien.

« Mais cela en valait la peine, parce qu’au moins je pouvais le voir ; c’est mon fils unique », a affirmé le père, ajoutant que Rami n’avait pu toucher son fils de quatre ans qu’une seule fois depuis son arres­tation, et qu’ils n’avaient eu aucun contact au cours des 12 der­niers mois.

Pour les détenus, le contact avec la famille se limite désormais aux lettres, qui mettent six semaines pour arriver à Gaza.

Malgré cela, Abou Rami et des cen­taines d’autres parents conti­nuent d’envoyer chaque semaine des demandes de visite.

« Pour moi, cela indique clai­rement que le contact humain que permet le pro­gramme des visites fami­liales est vital pour les familles », a affirmé Mme Ritz.

Si, jusqu’au mois de juin dernier, le CICR ne trans­mettait qu’une dizaine de mes­sages par mois environ entre les pri­son­niers et leurs familles, il en dis­tribue actuel­lement jusqu’à 300, ont indiqué ses repré­sen­tants. Ces brefs cour­riers, a sou­ligné l’organisation, sont soumis à la censure mili­taire et ne sont pas vraiment une solution idéale.