Initiative de Genève - Communiqué de la GUPS

GUPS, mercredi 10 décembre 2003

Les ini­tia­tives de paix font partie de ces gouttes d’eau dans notre désert, le désert de la guerre, de l’occupation meur­trière, du désespoir, qui s’est étalé trop long­temps, et ces quelques gouttes d’eau, sont tou­jours les bien­venues. Mais pour que la paix soit juste et durable, elle doit être conforme au droit international.

L’initiative de Genève a été célébrée tandis qu’en Palestine l’occupation meur­trière se poursuit. Ce plan non officiel veut constituer une solution défi­nitive au conflit israélo-​​palestinien. Cette volonté de paix est la nôtre, mais pour construire une paix qui ne soit pas illu­soire ou tem­po­raire il faut se mettre d’accord sur une base commune, et la seule pos­sible est le droit international.

Ce plan s’attaque aux vrais pro­blèmes mais propose les mau­vaises solu­tions. Nous vous exposons ici les avan­tages qu’il convient de recon­naître à ce texte et nos cri­tiques qui démontrent que l’initiative ne constitue pas une réponse adé­quate au conflit. Mais c’est surtout l’occasion pour nous de rap­peler notre vision de la paix, une paix qui per­met­trait de mettre fin à l’occupation et qui assurera aux deux peuples la vie et la sécurité. Cette paix demande plus que de beaux dis­cours, elle demande de la volonté et surtout de l’action car en ce moment même notre peuple ne cesse d’attendre, de souffrir et de mourir.

L’initiative de Genève prévoit la libé­ration des pri­son­niers pales­ti­niens, ce qui s’est révélé pendant la trêve de l’été comme une condition à toute pro­gression dans le pro­cessus de paix. Il répond aussi à une des condi­tions essen­tielles à la paix, la création d’un Etat pales­tinien avec une cer­taine conti­nuité géo­gra­phique ce qui est un élément indis­pen­sable à sa via­bilité et sa sou­ve­raineté. Tou­tefois, pour que cette sou­ve­raineté soit effective, il faudra nous assurer le contrôle sur notre espace ter­restre, aérien et maritime, et surtout sur nos fron­tières. Aucune pré­sence mili­taire israé­lienne ne peut-​​être acceptée. De plus le cor­ridor qui lie la Cis­jor­danie et Gaza doit être sous contrôle pales­tinien afin qu’Israël ne puisse pas rompre, quand elle le sou­haite, cette conti­nuité géo­gra­phique. Ces points que nous exposons ne sont que les attributs de toute sou­ve­raineté. Ce plan prévoit aussi l’annexion à Israël de nom­breuses colonies ins­tallées en Cis­jor­danie et notamment Jérusalem-​​Est, or cela revient à demander aux occupés de légi­timer ce que le droit inter­na­tional condamne.

Mais ce qui demeure le point le plus cho­quant dans cette ini­tiative c’est la négation de fait du droit au retour des réfugiés. Les réfugiés consti­tuent plus de la moitié de la popu­lation pales­ti­nienne, ils ont été et demeurent au cœur de notre combat pour la libé­ration. Aucune solution qui évince leurs droits, ou revient sur nos droits nationaux reconnus par le droit inter­na­tional, ne sera à nos yeux accep­table. Pour créer une paix durable, il ne faut pas créer une nou­velle injustice surtout envers les plus démunis, nos frères qui ont passé leur vie en exil dont 2 640 000 vivent dans les camps dans des condi­tions inhu­maines, dans la pau­vreté et l’indifférence.

L’intérêt prin­cipal de cette ini­tiative de Genève c’est qu’elle s’intéresse aux détails et prévoit des méca­nismes d’application, ce qui avait cruel­lement manqué aux accords d’Oslo et aux autres ini­tia­tives de paix. Cette ini­tiative montre qu’il faut réfléchir à une solution globale au conflit. Elle est la preuve de la mau­vaise foi du gou­ver­nement israélien qui en faisant de la sécurité un préa­lable à la paix a conduit des mil­liers d’hommes et de femmes pales­ti­niens et israé­liens à la mort. Il faut com­prendre que ces accords ne sont pas offi­ciels, le gou­ver­nement israélien a mis à mort le plan de paix officiel soutenu par la com­mu­nauté inter­na­tionale, la feuille de route. Ce gou­ver­nement poursuit la construction du mur qui annexe de fait de larges parties du ter­ri­toire pales­tinien, isole une partie de notre popu­lation et empri­sonne tout un peuple. Cette poli­tique colo­niale rend impos­sible la création d’un Etat pales­tinien viable et sou­verain sur les fron­tières de 1967. Ce gou­ver­nement met ainsi en danger la pos­si­bilité de toute réso­lution du conflit et com­promet le destin des géné­ra­tions futures. Le plan de Genève veut créer une brèche dans le cycle de la vio­lence, mais pour cela il aurait fallu qu’il condamne les empri­son­ne­ments, les expro­pria­tions et les assas­sinats qui se pour­suivent contre notre peuple. Toutes les ini­tia­tives de paix n’auront pas de sens tant qu’un coup d’arrêt ne sera pas donné à la poli­tique irres­pon­sable et cri­mi­nelle du gou­ver­nement israélien.

Nous recon­naissons la nécessité de conces­sions de part et d’autre, mais il ne faut pas oublier que nous avons déjà consenti ces conces­sions. Nous ne demandons que l’application du droit inter­na­tional qui nous garantit un Etat pales­tinien sur les ter­ri­toires de 1967 avec Jérusalem-​​Est pour capitale, exige le déman­tè­lement des colonies et prévoit le droit au retour des réfugiés pales­ti­niens. Il faut qu’Israël, comme nous, se sou­mette au droit inter­na­tional et non que cet Etat puisse y choisir les dis­po­si­tions qui lui conviennent. Notre enga­gement pour la paix nous pousse à rap­peler que seule une paix fondée sur le droit inter­na­tional pourra être juste et durable. Cette paix ne peut exclure les réfugiés pales­ti­niens. Pour ne pas semer les graines d’une guerre future, il faut recon­naître la res­pon­sa­bilité d’Israël dans leur exil et leurs souf­frances et recon­naître le droit au retour en leur laissant le choix, eux qui n’en ont jamais eu, de retrouver leurs maisons et leurs terres ou de rentrer en Palestine ou rester dans leur pays d’accueil, et obtenir une com­pen­sation juste qui leur per­mettra de vivre dignement. Ce plan propose une autre voie, il amène un nouveau souffle à une paix qui sem­blait morte. Pour éviter que ce sursaut, comme d’autres, ne soit que tem­po­raire il faut s’attaquer immé­dia­tement et avec fermeté à l’occupation et faire d’une paix conforme au droit inter­na­tional un objectif commun à tous ceux qui croient à la coexis­tence de ces deux peuples. Il faut réparer les injus­tices pour pouvoir construire l’avenir sur des bases solides afin que dans ce désert nous trou­vions des oasis et non des mirages.