Il est temps de changer

Miftah, mardi 8 juillet 2003

Tandis que les Pales­ti­niens conti­nuent à mettre en oeuvre, de façon uni­la­térale, les étapes déter­minées par les Amé­ri­cains dans leur "feuille de route" vers la paix, les Israé­liens doivent recon­naître le droit des Pales­ti­niens d’exister, et mettre fin à leurs pro­vo­ca­tions détes­tables comme exigé par le plan de paix.

Selon la phase I de la "feuille de route" : "Les diri­geants Israé­liens émettent une décla­ration sans équi­voque affirmant leur enga­gement quant à la conception de deux états en vue d’un état Pales­tinien indé­pendant, viable et sou­verain". Plus important encore, la "feuille de route" traite de la question de l’incitation (à la vio­lence), appelant les "Pales­ti­niens et Israé­liens (à) reprendre leur coopé­ration en matière de sécurité (…), à mettre fin à la vio­lence, au ter­ro­risme et à l’incitation (à de tels actes)". La "feuille de route" devient encore plus claire lorsqu’elle insiste sur le fait que " toutes les ins­ti­tu­tions offi­cielles Israé­liennes mettent fin à toute pro­vo­cation contre les Palestiniens".

En tout état de cause, la carte d’un Israël encore plus grand continue à être mise en avant à la TV israé­lienne, sans aucune recon­nais­sance des ter­ri­toires Pales­ti­niens qui sont occupés par Israël. Israël n’a pas lancé de cam­pagne de com­mu­ni­cation par laquelle elle infor­merait ses citoyens, qui sont majo­ri­tai­rement des immi­grants, sur l’histoire et le droit inter­na­tional ou sur le droit des Pales­ti­niens de vivre librement dans les ter­ri­toires occupés. Comme la "feuille de route" le reconnaît expres­sément, sans la recon­nais­sance par Israël des droits des Pales­ti­niens, reconnus inter­na­tio­na­lement et trop long­temps ignorés, il n’y aura pas de pro­cessus de récon­ci­liation et toute ini­tiative de paix sera vouée à l’échec.

Peu à peu, Israël trans­forme la "feuille de route" amé­ri­caine en un document de nature israé­lienne, demandant à l’occupé d’agir de façon uni­la­térale en vue de sécu­riser Israël dans son exis­tence et dans son occu­pation de Gaza et de la Cis­jor­danie y compris de Jérusalem-​​Est. Le nombre d’implantations illé­gales est main­tenant supé­rieur à celui au jour où Israël s’est engagé à les déman­teler et à geler toute activité des colonies, alors que cela a été une condition de toutes les ini­tia­tives de paix pro­posées. Chacun sait que les colonies consti­tuent un obs­tacle à la paix, et Sharon et sa coa­lition gou­ver­ne­mentale com­posée de colons conti­nuent leur acti­vités illégales.

En sus, Avigdor Lie­berman, Ministre israélien des trans­ports et diri­geant du parti de l’Union Nationale repré­sentant l’extrême-droite de la com­mu­nauté immigrée de Russie, a émis quelques remarques racistes qu’il a répétées en trois occa­sions en moins de 24 heures. Alors qu’il lui était demandé s’il sou­haitait faire partie du comité relatif à la libé­ration des pri­son­niers Pales­ti­niens lors de la réunion du Conseil des ministres, Lie­berman a répondu : "La seule chose que je suis prêt à faire c’est… Je sou­haite faire venir des autobus qui empor­teront ces pri­son­niers dans un endroit dont ils ne revien­dront jamais. Je préfère les noyer dans la Mer Morte". "Il serait pré­fé­rable de noyer ces pri­son­niers, dans la Mer Morte si pos­sible, puisque c’est le point le plus bas du globe" a dit Lie­berman un peu plus tard à la radio nationale.

Ces remarques ont été émises le jour où des ministres Israé­liens et Pales­ti­niens se ren­con­traient pour dis­cuter des moyens de limiter l’incitation (à la vio­lence, …), avec à nouveau des enga­ge­ments uni­la­téraux de la part des Palestiniens.

Les Pales­ti­niens ont fait un grand sacrifice en acceptant 22 % de la Palestine his­to­rique comme leur futur état Pales­tinien et choisi comme tel. Les Pales­ti­niens ont aussi reconnu le droit à l’existence d’Israël et ont reconnu les épreuves que le peuple Juif a subi aux mains des Euro­péens durant la 2ème Guerre Mon­diale. Le temps est venu pour Israël de montrer sa volonté de paix et d’accorder sa liberté à un peuple depuis long­temps occupé et privé de ses droits élémen­taires. Le temps est venu de mettre fin à l’incitation (à la vio­lence,…) et d’éduquer le public israélien, pas seulement pour le bien de la Palestine, mais pour le bien d’Israël ainsi que de son avenir au milieu de ses voisins.