François Hollande et le conflit israélo-palestinien

Dominique Vidal, samedi 7 avril 2012

Sur le papier, la position du candidat socialiste à l’élection présidentielle sur le conflit israélo-palestinien tient en deux phrases. Dans le 59e de ses 60 engagements, François Hollande assure : « Je prendrai des initiatives pour favoriser, par de nouvelles négociations, la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine. Je soutiendrai la reconnaissance internationale de l’État palestinien [1]. »

Le journaliste désireux d’en savoir plus sur ces affirmations sibyllines se voit renvoyé par le service de presse aux positions « bien connues » du Parti socialiste (PS). Or celles-ci évoluent, du moins dans leur formulation officielle.

En témoigne notamment la déclaration de son Bureau national en date du 15 juin 2011 [2] ]. Appel à la reconnaissance par la France et l’Union européenne de l’État de Palestine, ce texte se prononce « conformément aux résolutions des Nations unies », pour « une paix fondée sur le droit international et la reconnaissance mutuelle de deux États ». Le PS « défend l’existence d’un État palestinien viable et souverain, aux côtés de l’État d’Israël dont le droit à l’existence et à la sécurité doit être pleinement reconnu ».

Ce document prône la convocation par la « communauté internationale » d’une « conférence de paix afin de fixer les paramètres de l’accord de paix israélo-palestinien ». « La colonisation des territoires palestiniens, précisait-il, doit cesser et la décolonisation doit être engagée. Sur la base des frontières de 1967, il appartiendra aux Israéliens et aux Palestiniens de procéder à des échanges égaux de territoires en vue d’établir les frontières définitives de l’État palestinien, de régler la question du statut de Jérusalem, qui a vocation à être la capitale des deux États, et la question des réfugiés. » Et de conclure sur l’engagement nécessaire e la France, de l’Union européenne et des Etats-Unis.

D’où vint, alors, le malaise perceptible sur cette question tout au long de la campagne électorale ? C’est que, justement, le candidat et plus encore son entourage n’ont guère mis en avant cette orientation.

On l’a vu notamment avec l’épisode troublant de la rencontre, le 25 janvier 2012, de François Hollande, entouré de Pierre Moscovici et de Manuel Valls, avec Richard Prasquier, à la tête d’une délégation du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Seul le site de ce dernier en a rendu compte… sans dire mot de l’« engagement » du candidat [3]. Selon l’articulet, il aurait simplement estimé que, « si Israël fait l’objet de tant de critiques, c’est qu’il constitue une grande démocratie ». Et de souligner que « c’est sans doute au PS qu’on trouve le plus grand nombre d’amis d’Israël et du peuple juif ». Par ailleurs, le rédacteur insistait sur son « engagement de fermeté contre les actes antisémites et – innovation terminologique – antisionistes [4] ».

La gêne s’est accentuée avec l’annonce pour février d’une délégation en Israël et en Palestine, dont le programme a provoqué un véritable tollé [5]]. Sur les trois jours, Jean-Christophe Cambadélis et ses camarades ne réservaient à la Palestine qu’un saut à Ramallah ainsi qu’une « visite de la Vieille ville de Jérusalem ». Pis, ils devaient rencontrer trois personnalités poursuivies dans divers pays pour crimes de guerre : Moshe Yaalon, Shaul Mofaz et Michaël Herzog. Ce dernier organisait même pour ses hôtes un « tour en hélicoptère » conçu comme une « approche géostratégique des frontières d’Israël ». Inutile de dire que le projet fit long feu…

Anecdotiques, ces dérapages sont-ils révélateurs d’une analyse erronée ? Tous les sociologues, en tout cas, s’accordent à le constater : les Français d’origine, de religion ou de tradition juive votent pour l’essentiel en fonction des mêmes critères que tous les autres [6]. « Arrondir », pour obtenir leur suffrage, les positions du PS, ce serait négliger les 70 % de nos compatriotes pour qui l’issue au conflit passe par l’établissement d’un État palestinien aux côtés d’Israël. C’est dire l’actualité de la question posée voici dix ans par Pascal Boniface, et qui lui valut bien des anathèmes [7]…

NOTES

1. www.parti-socialiste.fr/articles/les-60-engagements-pour-la-France-de-francois-hollande 2. www.parti-socialiste.fr/communiques/le-parti-socialiste-appelle-la-France-et-l-europe-a-reconnaître-l-etat-palestinien-pour- 3. www.crif.org/fr/lecrifenaction/françois-hollande-reçoit-le-crif 4. Que l’antisionisme affiché par certains camoufle mal leur antisémitisme ne saurait amener à criminaliser toute critique de la politique d’Israël et de l’idéologie – sioniste – dont ses dirigeants se réclament. Assimiler l’antisionisme à de l’antisémitisme constitue, de surcroît, un contre-sens historique : jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et au judéocide, les organisations sionistes étaient minoritaires dans la plupart des communautés juives à travers le monde. Plus : la majorité des Juifs – communistes, bundistes, libéraux ou orthodoxes – désapprouvaient l’idée de construire un État juif en Palestine. Et, même au sein du Yichouv, la communauté juive de Palestine, une très forte minorité prônait un fédération judéo-arabe. Qui osera les traiter d’« antisémites » ? 5. www.plateforme-paletine.org/Communique-de-presse-le-PS-caution,2408 6. Cf. « Les Juifs de France face à l’isolement d’Israël », Politis, 13 octobre 2011. 7. Cf. Pascal Boniface, Est-il permis de critiquer Israël ?, Robert Laffont, Paris, 2003.