Dima, 12 ans, ex-détenue en Israël

Arrêtée en possession d’un couteau, la jeune Palestinienne de 12 ans avait été emprisonnée pendant deux mois et a été libérée dimanche.
Depuis octobre et les attaques au couteau contre les Israéliens, Israël a arrêté 1 500 mineurs palestiniens, dont environ 450 étaient encore en prison fin février.

Mélinée Le Priol, La Croix, jeudi 28 avril 2016

Dima Al Wawi, une Palestinienne de 12 ans, retrouve sa famille après deux mois et demi de détention en Israël. Nasser Shiyoukhi / AP

Dima Al Wawi, enfant de 12 ans, originaire de Halhoul, près de Hébron, a été libérée dimanche après deux mois et demi de détention en Israël. Ce qui fait d’elle la plus jeune Palestinienne jamais emprisonnée par ce pays. Elle a été ensuite transportée à un check-point menant à la ville de Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie occupée, où l’attendaient ses parents anxieux.

La jeune fille avait été arrêtée le 9 février au moment où les attaques au couteau menées par des Palestiniens, souvent très jeunes, étaient quasi quotidiennes. Une vidéo prise au moment des faits la montre, vêtue de son uniforme d’écolière, interpellée à l’entrée d’une colonie israélienne en Cisjordanie en possession d’un couteau qu’elle portait sur elle. Maintenue au sol jusqu’à son arrestation, elle avait été présentée devant un tribunal militaire, et interrogée, selon l’ONG israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem, en l’absence de ses parents ou de son avocat. À la suite de ses « aveux », elle avait été inculpée pour « tentative d’homicide avec préméditation et possession d’un couteau » et condamnée à quatre mois et demi de prison ferme, assortis d’un mois et demi de sursis, et à une amende de 8 000 shekels (environ 1 900 €).

« Israël a arrêté 1 500 mineurs depuis octobre, dont environ 450 étaient encore en prison à la fin février », précise Qadura Fares, du « Club des prisonniers palestiniens ». De tels niveaux n’avaient pas été atteints depuis la seconde Intifada. « En temps normal, à un instant T, les prisons israéliennes abritent entre 180 et 220 Palestiniens de moins de 18 ans », poursuit Qadura Fares.

Autre changement récent : le rétablissement en octobre de la détention administrative pour les mineurs. Cela faisait cinq ans que ces derniers n’avaient plus été concernés par ce régime, qui permet d’incarcérer un individu sans charge retenue contre lui.

Quand ils ne sont pas arrêtés sur les lieux d’une attaque ou d’une manifestation, ces adolescents peuvent l’être sur le chemin de l’école, au niveau d’un check- point, ou encore au domicile de leurs parents, parfois en pleine nuit. Israël disposerait de listes de jeunes recherchés car jugés capables de faits de terrorisme ou d’« incitation à la violence ». Les réseaux sociaux sont aussi surveillés de près.

La prise en charge de ces mineurs détenus par Israël fait bondir les défenseurs de droits de l’homme. Car les Palestiniens de Cisjordanie ne sont pas jugés par des tribunaux civils mais par des tribunaux militaires, et cette juridiction autorise à juger les enfants à partir de 12 ans : un cas unique au monde, s’alarme l’Unicef. Considérés comme responsables pénalement, ils sont la plupart du temps interrogés sans leurs parents, avant d’être incarcérés dans des prisons pour adultes.

Selon le rapport de l’ONG suisse Défense des enfants International, les trois quarts des mineurs palestiniens emprisonnés entre 2012 et 2015 disent avoir subi des violences physiques au cours de leur arrestation. Ces traitements peuvent aboutir à des aveux forcés tandis que certains soldats israéliens, profitant de la vulnérabilité de leurs jeunes interlocuteurs, essaient parfois d’en recruter comme collaborateurs de l’État hébreu.

Nader Abu Amsha dirige le programme de réhabilitation du YMCA (Union chrétienne de jeunes gens) en Cisjordanie. Selon lui, l’armée israélienne entend « casser tout sentiment de fierté nationaliste ou d’esprit de résistance » chez les jeunes qu’elle arrête.

La mission de Nader Abu Amsha est de s’occuper d’eux après leur sortie de prison, alors que beaucoup ont interrompu leur scolarité. « Nous devons les empêcher de rester inactifs, pour qu’ils ne développent pas un sentiment de revanche et ne se tournent pas vers l’extrémisme. » Une enquête publiée en février par l’association Droits civils en Israël montre en effet que, plus un individu est emprisonné jeune, plus il a de chance de se tourner par la suite vers la violence : selon ce rapport, 75 % de ceux qui avaient fait de la prison quand ils étaient mineurs y sont retournés une fois adultes…

L’État hébreu, qui a ratifié en 1991 la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, refuse de l’appliquer en Cisjordanie, ne s’estimant pas tenu de le faire hors des frontières d’Israël.