Annapolis, un an après : où est la paix ?

Mustafa Barghouthi, dimanche 30 novembre 2008

“Depuis Anna­polis, les attaques israé­liennes ont aug­menté de 300%, l’expansion des colonies en Cis­jor­danie a été mul­ti­pliée par 20 et par 38 à Jéru­salem ; les check­points sont passés de 521 à 699 et la construction du Mur continue. Il n’y a pas eu de négociations.”

1. Un an après, Annapolis a-​​t-​​il amené la paix ?

Le Dr. Mustafa Bar­ghouthi, député, Secré­taire général de l’Initiative nationale pales­ti­nienne, a tenu le 26 novembre une confé­rence de presse à l’occasion du premier anni­ver­saire du « pro­cessus de paix d’ Annapolis ».

Lors de la confé­rence, le Dr. Bar­ghouthi a pré­senté la réalité des faits sur le terrain afin de démontrer qu’Annapolis n’a eu aucun impact sur l’établissement d’un pro­cessus de paix réel et de long terme. Malgré de nom­breuses réunions et le fait que toutes les parties ses soient engagées pour une solution à deux Etats, on n’a constaté aucun progrès ou presque. Il n’y avait eu aucun pro­cessus de paix d’aucune sorte pendant les sept années pré­cédant la confé­rence d’Annapolis et quand elle a fina­lement eu lieu, les condi­tions sur le terrain étaient défavorables.

« La confé­rence d’ Anna­polis n’a servi à rien, et l’année écoulée le prouve » a déclaré le député.

Pour le Dr. Bar­ghouthi, Anna­polis a appro­fondi le fossé entre la recherche d’un accord de paix et la construction de l’Etat pales­tinien. « C’était une négo­ciation à sens unique, les efforts n’étant faits que par la partie pales­ti­nienne. Les Israé­liens n’ont pas négocié, ils ont imposé leur réalité sur le terrain », a-​​t-​​il ajouté.

« Un pays sans capitale, où se sont infil­trées des colonies, com­prenant la plus grande prison à ciel ouvert -Gaza-​​, soumis à des crimes de guerre quo­ti­diens et où les réfugiés n’ont pas le droit de retourner : voilà ce qu’ils essaient de nous vendre », a affirmé Mustafa Bar­ghouthi. Il a aussi sou­ligné le danger d’accepter le fossé qui se creuse entre Jéru­salem, la Cis­jor­danie et Gaza et qu’Israël essaie d’agrandir.« « Si nous n’y prêtons pas attention et si nous acceptons les dif­fé­rences entre Gaza et la Cis­jor­danie, cela ne fera que servir les intérêts d’Israël ».

Le député a appelé à un plan d’ action urgent qui com­prendra :
- 1. La fin des négo­cia­tions en cours avec Israël et la sus­pension de toutes les acti­vités de colo­ni­sation
- 2. L’établissement d’une direction pales­ti­nienne unifiée
- 3. La fin immé­diate des luttes internes entre Pales­ti­niens
- 4. Un retour à l’initiative de paix arabe et la convo­cation d’une confé­rence de paix internationale.

« Assez de conflit et de ségré­gation, nous devons revenir à l’unité, dans tous les sens du mot. Sinon, Israël va atteindre son objectif de trans­former l’Autorité pales­ti­nienne en un sous-​​agent de sécurité et en un gou­ver­nement de ban­toustan », a-​​t-​​il affirmé.

Concernant la question actuelle de l’élection annoncée, Bar­ghouthi a confirmé que les élec­tions sont un droit fon­da­mental du peuple pales­tinien mais que ces élec­tions doivent se tenir dans l’unité. « Nous ne devons pas per­mettre davantage de ségré­gation entre Gaza, la Cis­jor­danie et Jéru­salem, en consé­quence ces élec­tions doivent se tenir partout en Palestine, pas seulement en Cisjordanie ».

Parmi les faits qu’il a exposés, le Dr. Bar­ghouthi a pré­senté les vio­la­tions par Israël de son enga­gement dans le pro­cessus de paix :

2. Les faits sur le terrain. Pourquoi Annapolis n’a pas apporté la paix :

1. Un an après Anna­polis : les attaques israé­liennes, le nombre de Pales­ti­niens tués, blessés ou empri­sonnés augmente

Depuis Anna­polis :
- 3,063 attaques ont été menées en Palestine (1,700 en Cis­jor­danie et 1,363 à Gaza)
- 543 Pales­ti­niens ont été tués (65 en Cis­jor­danie et 478 à Gaza. Au moins 71 étaient des enfants)
- 2,362 Pales­ti­niens ont été blessés (1,125 et 1,23. Au moins 138 sont des enfants.)
- 770 pri­son­niers pales­ti­niens ont été relâchés tandis qu’Israël en empri­sonnait 4,945 de plus. (4,351 en Cis­jor­danie ; 574 de Gaza, dont 351enfants.) On estime qu’il y a actuel­lement 10,500 pri­son­niers pales­ti­niens dans les geôles israéliennes.

2. Un an après Annapolis : Gaza assiégée

Depuis le début du Siège en 2006, au moins 260 patients sont morts car les hôpitaux manquent de matériel médical et qu’il est interdit de sortir pour des soins à l’extérieur. 160 types de médi­ca­ments sont déjà introu­vables à Gaza à cause du blocus. 130 autres vont bientôt manquer et 90 appa­reils médicaux, dont 31 machines à dialyse, sont hors d’état.

En cette 23ème journée consé­cutive du siège de Gaza, Bar­ghouthi a sou­ligné l’imminence du désastre du débor­dement des eaux usées et des égouts dans le nord de la bande de Gaza. « Si l’on ne prend pas très rapi­dement des mesures, nous allons vers une énorme crise sanitaire ».

3. Un an après Annapolis : les restrictions de mouvement augmentent

Depuis Anna­polis : les check­points sont passés de 521 à 699. Au moins 30 per­sonnes, dont des enfants, sont mortes aux check­points, en Cis­jor­danie ou à Gaza.

74% des routes prin­ci­pales de Cis­jor­danie sont contrôlées par des check­points ou tota­lement blo­quées. En sep­tembre 2008, on notait une moyenne heb­do­ma­daire d’environ 89checkpoints mobiles.

4. Un an après Annapolis : l’activité de colonisation s’intensifie

2,600 maisons pour colons sont actuel­lement en construction. 55% sont du côté oriental du Mur .

En 2008, les offres de construction de colonies ont aug­menté de 550%. Aujourd’hui il existe 121 colonies israé­liennes et 102 avant-​​postes en Cis­jor­danie, où vivent 462,000 colons.

Les colonies sont construites sur moins de 5% de la terre des Ter­ri­toires Occupés, mais, à cause des infra­struc­tures très étendues, elles occupent plus de 40% du territoire.

Après Anna­polis, le gou­ver­nement israélien a donné en août le feu vert pré­li­mi­naire pour la construction d’une nou­velle colonie illégale à Maskiot dans la vallée du Jourdain.

5. Un an après Annapolis : les évictions sont en cours à Jérusalem

La famille Al Kurd qui vivait depuis 50 ans dans sa maison de Sheikh Jarrah en a été vio­lemment chassée le 9 novembre par les forces d’occupation israé­liennes. Pendant deux semaines ils ont vécu dans une tente, sans eau, chauffage ni électricité.

Le week-​​end dernier,le père de 5 enfants, Abu Kamal, est mort. Il souf­frait de diabète, et sa santé s’est dété­riorée à cause du stress du à l’éviction.

6. Un an après Annapolis : la politique israélienne d’apartheid demeure

La quantité d’eau acces­sible aux Pales­ti­niens est de 132 mcm alors que les Israé­liens dis­posent de 800 mcm. La consom­mation domes­tique d’eau par les Pales­ti­niens est de 60 litres par per­sonne par jour (alors que l’OMS recom­mande un minimum de 100 litres par jour) tandis que les Israé­liens en consomment quo­ti­dien­nement 220 litres.

Les Pales­ti­niens paient 5 shekels par unité d’eau et 13 shekels pour l’électricité alors que les Israé­liens paient 2.4 shekels pour l’eau et 6.3 pour l’électricité [[un euro fait environ 5 shekels).

7. Un an après Annapolis : La construction du Mur se poursuit

409 km (57%) du Mur d’ apar­theid a été construit et 66km (9%) sont actuel­lement en construction. Quand il sera fini, le Mur fera 723km de long– deux fois plus que la Ligne verte. 14% du Mur se trou­verait alors sur la Ligne verte et serait 86% à l’intérieur de la Cisjordanie .